Le Conseil national de sécurité (CNS) s’est récemment réuni pour examiner la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire. Au centre des échanges figurait notamment la lutte contre l’orpaillage illégal, une pratique qui continue de susciter de nombreuses préoccupations sur les plans environnemental, économique, sanitaire et sécuritaire.
En amont de cette réunion, le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité avait réuni le corps préfectoral afin de l’impliquer davantage dans la lutte contre l’orpaillage illégal et de contribuer à mettre un terme à cette activité sur l’ensemble du territoire national.
Au-delà de la question sécuritaire, l’orpaillage illégal constitue également une préoccupation environnementale et de santé publique.
La dégradation des terres, la pollution des cours d’eau et les risques liés à la contamination de certaines ressources utilisées par les populations peuvent avoir des conséquences importantes sur l’agriculture, la qualité de l’eau et, plus largement, sur la santé des populations.
Un délai de six mois aurait ainsi été fixé au corps préfectoral pour intensifier les actions visant à lutter contre l’orpaillage clandestin sur l’ensemble du territoire national.
La question de la prise en charge des personnes interpellées
Selon certaines informations, des ressortissants de plusieurs pays de la CEDEAO seraient impliqués dans des activités d’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire. Dans le respect des procédures légales et des accords en vigueur, les personnes en situation irrégulière pourraient, le cas échéant, être prises en charge par les autorités compétentes et orientées vers leurs représentations diplomatiques afin de faciliter leur retour dans leur pays d’origine.
Cette approche devrait toutefois s’inscrire dans un cadre légal, tout en permettant de prévenir les risques de marginalisation et de récidive.
La lutte contre l’orpaillage illégal ne saurait en effet se limiter aux opérations de déguerpissement ou d’interpellation. Elle doit également intégrer des mesures de prévention et d’accompagnement.
Miser sur la formation et la réinsertion des jeunes
Pour les citoyens ivoiriens concernés par l’orpaillage illégal, la question de la réinsertion socio-professionnelle apparaît également essentielle.
Les ministères en charge de la Jeunesse, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, à travers leurs structures compétentes, pourraient mettre en place ou renforcer des programmes de formation professionnelle destinés aux personnes sorties de cette activité.
L’objectif serait de leur permettre d’acquérir des compétences et d’accéder à des activités génératrices de revenus légales et durables. Une telle politique contribuerait à réduire les risques de retour vers l’orpaillage illégal et à favoriser une meilleure intégration économique et sociale.
Recenser pour mieux prévenir
Le gouvernement pourrait également envisager un dispositif de recensement et d’identification des personnes concernées par la fin de l’orpaillage clandestin, dans le respect des règles applicables en matière de données personnelles.
Le corps préfectoral, en collaboration avec les collectivités territoriales et les services compétents, pourrait jouer un rôle important dans cette démarche.
Des données fiables permettraient notamment aux autorités d’évaluer les besoins en matière de formation, d’emploi et d’accompagnement social, puis d’adapter les politiques publiques.
Cette anticipation apparaît d’autant plus importante à l’approche des périodes de forte mobilité et d’activité économique, notamment à l’occasion des fêtes de fin d’année.
Agir avant que le problème ne se déplace
La lutte contre l’orpaillage illégal ne doit pas seulement consister à déplacer les sites d’exploitation. Si les causes économiques et sociales qui poussent certaines personnes vers cette activité ne sont pas suffisamment prises en compte, le phénomène pourrait se déplacer vers d’autres zones ou prendre de nouvelles formes.
L’enjeu est donc de prévenir ce que l’on pourrait qualifier d’« orpaillage urbain », c’est-à-dire une éventuelle reconversion vers d’autres activités illégales dans les centres urbains.
La réponse doit ainsi être globale, renforcer la sécurité, protéger l’environnement, préserver la qualité de l’eau et des terres, mais aussi offrir des perspectives de formation et d’insertion aux personnes concernées.
L’urgence est désormais d’anticiper les conséquences sociales de la lutte contre l’orpaillage clandestin afin que la sortie de cette activité constitue une véritable opportunité de réinsertion plutôt qu’un facteur supplémentaire de vulnérabilité sociale et sécuritaire.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
