Faut-il juger un Directeur Général à la manière dont il a été choisi ou aux résultats qu’il obtient ?
La question mérite d’être posée, tant le débat autour de la désignation des dirigeants des sociétés d’État se focalise souvent sur la procédure, au détriment de l’essentiel, la capacité à exercer efficacement la mission confiée.
L’appel à candidature est présenté comme un mécanisme permettant d’identifier les meilleurs profils à partir de critères définis par l’employeur. Dans certains cas, un cabinet spécialisé, voire international, peut être associé au processus afin de présélectionner des candidats.
Mais une sélection rigoureuse sur le papier ne constitue pas nécessairement une garantie de réussite dans l’exercice des responsabilités.
Car entre un curriculum vitae, un entretien de recrutement et la réalité de la gestion d’une entreprise publique, il existe parfois un écart considérable.
Le véritable examen commence le jour de la prise de fonction
Qu’il soit issu d’un appel à candidature ou qu’il soit nommé par l’autorité compétente, le Directeur Général se retrouve, dès sa prise de fonction, face aux mêmes exigences.
Il doit conduire l’entreprise, mettre en œuvre sa feuille de route, atteindre les objectifs fixés et répondre aux attentes de son Conseil d’Administration ainsi qu’à celles des usagers et des populations.
C’est là que se situe le véritable enjeu.
La nomination ouvre la porte du bureau du Directeur Général.
Les résultats déterminent ce qu’il en fait.
Une personne peut présenter un parcours remarquable, remplir tous les critères d’un processus de sélection et pourtant éprouver des difficultés à transformer les orientations qui lui sont confiées en résultats concrets.
À l’inverse, la pertinence d’une nomination ne peut être appréciée uniquement à travers la procédure qui l’a précédée. Elle doit également être mise à l’épreuve de l’action.
Un Directeur Général n’est pas un homme-orchestre
La performance d’une entreprise publique ne repose pas sur le seul Directeur Général.
Un bon dirigeant doit savoir qu’il ne peut pas tout faire seul.
Il doit être capable de mobiliser ses équipes, de déléguer, de responsabiliser et surtout de s’entourer de collaborateurs compétents.
Le leadership ne consiste pas à concentrer toutes les responsabilités entre ses mains.
Il consiste aussi à savoir mettre la bonne personne à la bonne place, fixer des objectifs clairs et demander à chacun de rendre compte de sa mission.
Le Directeur Général est ainsi celui qui donne l’impulsion, coordonne l’action managériale et veille à la cohérence de l’ensemble.
Son talent se mesure également à sa capacité à faire travailler efficacement les compétences qui l’entourent.
Et si l’on jugeait enfin sur les résultats ?
Le débat sur les modes de désignation ne disparaîtra probablement jamais. Nomination directe, appel à candidature, présélection par un cabinet, chacune de ces procédures peut susciter des interrogations.
Mais une fois la décision prise, une autre exigence doit prendre le relais, l’évaluation des résultats.
Le Directeur Général dispose-t-il des compétences nécessaires ? A-t-il compris sa feuille de route ?
A-t-il su constituer une équipe performante ? Les objectifs fixés ont-ils été atteints ? Le service rendu aux populations s’est-il amélioré ?
Voilà les questions qui devraient occuper une place centrale dans l’appréciation de son action.
Parce qu’au bout du compte, une procédure de recrutement ne dirige pas une entreprise. Un curriculum vitae ne produit pas, à lui seul, des résultats.
C’est un homme ou une femme, avec son expérience, son leadership, son équipe et sa capacité d’action, qui doit transformer une mission en performance.
Le débat sur la nomination est donc légitime.
Mais il ne devrait pas masquer l’essentiel.
Le véritable jugement sur un Directeur Général commence non pas au moment où son nom est annoncé, mais au moment où il commence à produire des résultats.
Dans une société d’État, la question fondamentale devrait rester la même, quelle mission lui a-t-on confiée et qu’en a-t-il fait ?
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
