Le président du RHDP avait ordonné : tous les députés sortants reconduits. A Bondoukou, son coordonnateur régional a fait l’inverse. Résultat : le sortant qui a respecté l’ordre est sanctionné, celui qui l’a bafoué reste intouchable. Bienvenue dans le RHDP du Gontougo.
Bondoukou – C’est l’histoire d’un ordre du chef qui n’a pas été respecté. Et d’une sanction qui n’est pas tombée sur la bonne tête.
L’ordre vient du sommet. Il est signé Alassane Ouattara, président du RHDP. Il est formel : pour les législatives, consigne est donnée de reconduire systématiquement tous les députés sortants comme candidats du parti. Pas de débat. Pas d’exception.
A Laoudi-Ba, dans le département de Bondoukou, le député sortant s’appelle Ouattara Siaka. Deux mandats consécutifs dans la circonscription 074, ancien secrétaire d’Etat chargé du Service civique, président du MFA, l’un des cinq signataires de l’acte de naissance du RHDP à Paris en 2005. Sur le papier, le cas le plus simple.
Il ne sera pas reconduit.
*Le verrou de la coordination*
Pourquoi ? La mécanique du RHDP est implacable et Siaka Ouattara la connait par cœur : aucune candidature ne remonte à la Rue Lepic, siège du parti à Abidjan, sans le visa du coordonnateur régional.
Dans le Gontougo, le coordonnateur régional, c’est le ministre d’Etat Kobenan Kouassi Adjoumani.
« Jusqu’à ce jour, je ne connais pas les motifs réels qui ont motivé le ministre Adjoumani à prendre une telle décision, puisque c’est lui qui devait valider les candidatures avant de les envoyer à la direction », lâche Siaka Ouattara. Traduction : l’ordre d’Alassane Ouattara a été bloqué à Bondoukou.
Mis au pied du mur, le sortant n’a qu’une issue : partir en indépendant. Il perd. Le parti dégaine alors son règlement intérieur et le sanctionne pour indiscipline.
C’est le tour de passe-passe parfait. On désobéit au président à Bondoukou, et c’est la victime de la désobéissance qui est punie à Abidjan.
*Rue Lepic aux abonnés absents*
Depuis, Siaka Ouattara frappe à toutes les portes. Toutes restent fermées.
« Jusqu’à ce jour, ma demande d’audience auprès du secrétaire exécutif Cissé Bacongo est en attente. Et dire que je suis celui-là même qui a conduit le MFA dans l’acte unifié du RHDP, cela laisse à désirer », confie-t-il, amer.
Le 7 septembre 2026, le couperet tombe : il est démis de son poste de secrétaire départemental RHDP de Bondoukou-Laoudi-Ba, remplacé par Kouman Ouattara Abou. Officiellement, un simple « réaménagement » des secrétaires défaillants.
Le 13 septembre, il sort de sa réserve et dénonce « des dysfonctionnements au sein de la coordination régionale ».
Il ne conteste pas la sanction sur la forme : « Une sanction que je ne conteste pas car allant dans l’ordre normal du fonctionnement du parti. »
Il conteste le fond. Et il pose la question qui tue, celle que tout le Gontougo se pose à voix basse :
« Entre celui qui désobéit aux ordres du président du parti et celui qui est victime des conséquences directes de cette désobéissance, qui doit-on sanctionner ? »
*On prend les mêmes et on recommence*
Ce n’est pas un simple incident. C’est la suite d’une guerre de dix ans entre « le lion du Gontougo », Siaka Ouattara, et « l’éléphant blanc du Zanzan », Kobenan Kouassi Adjoumani.
Deux fois, ils se sont affrontés aux régionales comme adversaires issus du même parti. Deux fois, Adjoumani l’a emporté. Il a fallu que Gilbert Kafana Koné, président du Directoire du RHDP, descende lui-même sceller la réconciliation historique des deux frères à la veille de la présidentielle. Une réconciliation célébrée comme une victoire pour le RHDP. Siaka avait été nommé vice-président de campagne et secrétaire départemental. Il avait fait le job.
En refusant de reconduire Siaka malgré l’ordre d’Alassane Ouattara, Adjoumani vient de dynamiter cette paix.
Aujourd’hui, la direction a pourvu à son remplacement comme si de rien n’était. Mais dans le Gontougo, une réalité demeure : à Laoudi-Ba, toute la circonscription ne jure que par Siaka Ouattara.
A l’heure où les prochaines régionales se préparent déjà, le RHDP vient de s’offrir un luxe dangereux : punir celui qui a obéi au président, et primer celui qui a dit non.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
