La lutte politique ayant conduit le RDR à accéder au pouvoir d’État n’a pas été un long fleuve tranquille. Aujourd’hui intégré au RHDP, le RDR a connu, au cours de son histoire, plusieurs épisodes politiques marquants. Dans cette trajectoire, la contribution de Guillaume SORO et de son mouvement a occupé une place importante dans la dynamique ayant conduit à la candidature d’Alassane OUATARA à l’élection présidentielle d’octobre 2010.
Au fil des années de gestion du pouvoir d’État, les relations entre les deux personnalités politiques se sont progressivement détériorées. Des désaccords et des incompréhensions, notamment dans leur communication politique, ont contribué à éloigner deux hommes dont la proximité avait été particulièrement visible durant plusieurs années.
Dès lors, une question demeure, qu’est-ce qui oppose réellement Alassane OUATARA et Guillaume SORO ? Et, au regard de l’évolution de la vie politique ivoirienne, un rapprochement politique entre les deux hommes serait-il envisageable ?
En politique, les alliances peuvent évoluer au gré des circonstances et des réalités du moment. Félix Houphouët-Boigny, premier Président de la Côte d’Ivoire, rappelait d’ailleurs que « la politique est la saine appréciation des réalités du moment ». L’histoire politique ivoirienne a montré à plusieurs reprises que des rapprochements peuvent intervenir entre des acteurs ou des formations politiques qui, à certaines périodes, semblaient pourtant éloignés.
Aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts entre Alassane OUATARA et Guillaume SORO.
La question d’un éventuel dégel politique peut donc être posée, notamment dans une perspective de dialogue direct entre les deux personnalités.
Un tel dialogue, s’il devait avoir lieu, pourrait permettre d’aborder les différends accumulés au fil des années et de rechercher les voies d’une éventuelle réconciliation. Certains pourraient également considérer qu’une telle démarche contribuerait au renforcement du dialogue politique et à la préservation de la paix sociale en Côte d’Ivoire.
Cette réflexion prend une dimension particulière dans le nord du pays, région dont sont originaires les deux hommes. Leur éloignement politique est parfois perçu comme une source de malaise par une partie des populations qui suivent avec attention l’évolution de leurs relations.
Dans cette perspective, les chefs traditionnels et religieux du nord pourraient, s’ils le jugent opportun, jouer un rôle de médiation ou de facilitation du dialogue.
Dans les traditions africaines, la recherche de la paix et de la réconciliation au sein de la communauté occupe une place importante. L’idée selon laquelle les différends doivent, autant que possible, être réglés en famille demeure profondément ancrée dans les mentalités.
Les récentes prises de position de Guillaume SORO sur certaines questions liées à l’identité culturelle et au port du boubou ont également suscité des réactions et des débats sur les réseaux sociaux et dans l’espace public.
Ces déclarations ont été diversement interprétées et ont alimenté des discussions sur la cohésion nationale et les rapports entre les différentes composantes de la société ivoirienne.
Au-delà des divergences politiques, l’enjeu demeure celui du rassemblement et du dialogue. Après plusieurs décennies marquées par des crises et des conflits ayant entraîné d’importants coûts humains, matériels et financiers, la question de la consolidation de la paix reste centrale dans le débat national.
Le rapprochement entre Alassane OUATARA et Guillaume SORO relève aujourd’hui d’une hypothèse politique.
Mais dans une Côte d’Ivoire où les alliances et les rapports de force ont régulièrement évolué, le dialogue demeure une possibilité à laquelle certains acteurs peuvent choisir de donner une chance.
Si une telle démarche devait voir le jour, elle supposerait avant tout une volonté réciproque de dialogue et une capacité à dépasser les différends du passé.
La Côte d’Ivoire pourrait alors voir s’ouvrir une nouvelle séquence politique, fondée sur le dialogue, l’apaisement et la recherche de la cohésion nationale.
Adou Évariste, Journaliste et Analyste Politique
