La prise de parole en public au nom d’une organisation publique ou privée, d’un gouvernement ou d’une personnalité est un exercice particulièrement sensible. Celui ou celle qui porte cette parole doit mesurer la portée de chacun de ses propos, car sa déclaration engage non seulement sa propre responsabilité, mais également celle de l’organisation ou de la personnalité qu’il représente.
En Afrique, un adage bien connu rappelle qu’« avant de parler, il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche ». Cette sagesse invite à la prudence et à la réflexion avant toute prise de parole.
Elle prend tout son sens lorsqu’il s’agit d’un porte-parole, dont une déclaration mal formulée, une maladresse ou un écart de langage peut provoquer des incompréhensions, susciter des polémiques et contraindre parfois l’organisation ou la personnalité concernée à présenter des excuses.
Occuper une fonction importante au sein d’une organisation publique ou privée ne donne pas pour autant le droit de tout dire ou d’aborder des sujets sensibles sans discernement. La liberté de parole doit s’accompagner du respect de la hiérarchie, de la ligne de communication définie par le premier responsable et, surtout, de la maîtrise des informations dont on dispose.
Le porte-parole est souvent une personnalité incomprise au sein de la société.
Il fait régulièrement l’objet de critiques, parfois acerbes, de la part des citoyens qui peuvent lui reprocher d’abuser de son statut ou de faire preuve de zèle pour plaire au responsable dont il porte la parole et préserver ainsi sa fonction.
Pourtant, être porte-parole constitue une responsabilité particulière. C’est une fonction qui permet d’être en contact direct avec les plus hauts responsables, sans nécessairement passer par plusieurs intermédiaires. Le porte-parole est souvent au cœur de l’information et connaît les orientations de l’organisation qu’il représente.
Comme on le dit dans certaines traditions africaines, il est « dans le bois sacré ». Cette expression traduit la proximité avec le pouvoir et l’accès à des informations qui ne sont pas toujours destinées à être rendues publiques. Cette position lui confère une certaine influence, mais elle lui impose également une grande discrétion.
Le porte-parole est souvent considéré comme les yeux et les oreilles du responsable dont il défend les positions. Cette proximité peut susciter la crainte ou le respect de certaines personnalités, mais elle ne doit jamais conduire à l’excès ou à l’arrogance.
En Afrique, on dit également que « toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ».
Cette sagesse rappelle qu’il existe, dans toute organisation, une ligne rouge qu’il convient de ne pas franchir. Certains sujets sont particulièrement sensibles et nécessitent de la retenue, du discernement et parfois l’accord préalable du premier responsable avant toute communication publique.
Porter la parole d’une organisation ou d’une personnalité ne consiste donc pas simplement à parler.
C’est avant tout savoir quoi dire, quand le dire, comment le dire et, surtout, savoir ce qu’il ne faut pas dire.
La crédibilité d’un porte-parole repose ainsi sur sa capacité à conjuguer maîtrise de la communication, loyauté, responsabilité et sens de la mesure.
Car lorsqu’il prend la parole, ce n’est jamais seulement son propre nom qui est engagé, derrière lui, c’est toute une organisation ou une personnalité qu’il représente.
Adou Évariste, Journaliste, Analyste Politique
