Du 23 mars au 30 avril 2021, un séjour à Zouan-Hounien, une localité située dans le grand Ouest ivoirien, dans la région du Tonkpi, a permis , au cours d’un reportage, de toucher du doigt les défis que la mairie de Zouan-Hounien peine à relever. Entre autres, l’insalubrité et le manque d’entretien de la cité font grogner la population.

A quelques encablures de Zouan-Hounien, déjà, à partir d’un collège privé de la place, les herbes, les ordures et la route se disputent l’espace. La voie se rétrécit.
L’on peut aisément se faire une idée de ce que le centre ville réserve en termes de salubrité urbaine.
Akwaba Zouan-Hounien
Direction centre ville de Zouan-Hounien.
Le grand dépotoir de Zouan-
Hounien qui fait polémique
Vives réactions du voisinage
Contre le dépotoir central
Les commerces aux alentours s’en plaignent. » Nous travaillons ici toute la journée. Nous respirons les odeurs fortes qui proviennent du dépotoir. », » Notre activité est incompatible avec la saleté et le manque d’hygiène. Nous vendons de la viande et du poisson. Ces tas d’ordures nous gênent énormément. » Voici en substance et en quelques mots, les expressions de mécontentement dû au désagrément que cause le grand dépotoir de Zouan-Hounien.
La mairie ne s’en soucie guère et s’en moque apparemment. De jour comme de nuit, les ordures ménagères se jettent au » cœur » de Zouan-Hounien ».
Tous demandent la délocalisation du grand dépotoir vers un autre site
Un élève en classe de première D, indique la présence d’un autre débarras au quartier Campus. Chemin faisant, au quartier Glileu, un tas d’ordures ménagères expose toute sa laideur. Pire, le dépotoir gagne du terrain dans la cour de l’école primaire publique du nom du même quartier. Évidemment, le personnel enseignant de l’établissement primaire en question dit ne plus savoir à quel saint se vouer. » Des actions ont été menées auprès des autorités pour que cesse le dépôt d’ordures dans l’enceinte de l’école. Mais rien n’y fit. Ni le chef du village, ni l’inspection de l’enseignement primaire, le Coges et la mairie, n’ont pu trouver de solution. Les riverains continuent d’y déverser leurs rejets. », se désolent les instituteurs du groupe scolaire Glileu. Au Lycée moderne Koui Mamadou de Zouan-Hounien, c’est le même décor de malpropreté. Une butte gigantesque d’immondices co-habite avec le cours secondaire. Les élèves et les professeurs sont vent debout : » que la mairie débarrasse ces tas d’ordures du Lycée. Mieux vaudra que cette poubelle soit délocalisée ailleurs. » Les habitants du quartier Campus abondent dans le même sens et accusent la mairie. A les entendre, ne pouvant pas garder leurs ordures dans leurs maisons, contre leur gré, ils improvisent un dépotoir. Quand la mairie met du temps à enlever les détritus, ils les brûlent. La fumée, la mauvaise odeur qui s’en dégage, le paysage, loin d’être pittoresque, dégradent leur cadre de vie.
Tirs groupés sur la mairie de Zouan-Hounien
La population de Zouan-Hounien, dans l’ensemble et en silence, ne décolère pas. D’un quartier à un autre, c’est le même cri de fin de mandat du présent conseil municipal sous la houlette du maire Roger Zrakpa. Et pour cause, » la mairie ne fait rien pour la population », » les ordures traînent par terre partout », » aucune initiative sérieuse du maire n’est visible ». Des adversaires politiques s’en mêlent. Selon eux, pour l’heure, ils laissent l’équipe de Zrakpa travailler à sa façon. Deux mandats à ne rien faire pour Zouan-Hounien, pensent-ils, » ça suffit ». Il dénote des comportements et des lapsus que les échéances à venir seront âpres. Ces chants de cygnes annoncent la mort d’un cadavre.
Des quartiers dans les broussailles
» La mairie a reçu des moyens pour
assainir la ville »
Selon une affiche lue au tableau d’affichages, à la préfecture de Zouan-Hounien, le 20 janvier 2021, une Société qui exploite la mine d’or d’Ity, au cours d’une cérémonie publique, a remis une benne et des matériels de salubrité à la mairie. Étant entendu que ces outils servent pour la propreté de la commune. Mais, qu’à cela ne tienne. Des immondices, pêle-mêle, traînent toujours dans la cité. Comme un mauvais ouvrier qui accuse ses outils, des agents de la mairie commis à la tâche, s’en prennent au manque de batterie dans le camion. » Les gens ont volé la batterie de la benne de ramassage. Elle est garée. C’est pourquoi on ne peut pas enlever les ordures. » Foutaises », scandent des administrés. » Comment la mairie peut-elle expliquer qu’une voiture qui coûte des millions de francs CFA lui soit offerte gracieusement et que pour une batterie d’à peine quelques milliers de francs CFA, la roue cesse de tourner . »
» Des centaines de millions dans la caisse de la mairie »
Selon un sachant et habitué des réunions du conseil municipal de Zouan-Hounien, les Sociétés minières qui exploitent le gisement d’or du département de Zouan-Hounien, par an, versent des centaines de millions à la mairie, au titre de leurs contributions au développement de la commune et partant du département. Si tel est le cas, des travailleurs » à la mine », filles et fils de Zouan-Hounien, se disent peinés et révoltés. Pour eux, Zouan-Hounien devait avoir fière allure d’une ville en plein essor. Cependant, vu l’état comateux dans lequel sombre la commune, ils se demandent si les élus du peuple travaillent au bénéfice du peuple.
D’une opinion à une autre, c’est le même constat. Au dire de la société civile, des leaders politiques, jeunes et adultes, commerces et fonctionnaires, Zouan-Hounien mérite mieux que de croupir dans les ordures et les broussailles qui reprennent leur droit sur la voirie abandonnée. Certains exigent un audit financier en fin de mandat et éventuellement une poursuite judiciaire si des malversations sont avérées. D’autres, plus pressés, envisagent une convocation du maire Dopeu Zrakpa à s’expliquer devant l’Assemblée nationale.
Par souci d’équilibre d’information, si les autorités administratives préfectorales ont accepté de donner leur avis, la mairie, par contre, a refusé de se prononcer sur la gestion des affaires de la commune. Pendant ce temps, Zouan-Hounien,la ville natale du ministre Toikeusse Mabri Abdallah, président du conseil régional du Tonkpi, ville minière, fait piètre mine.
Kpess Kasa Kibaru