À l’occasion de l’élection à la présidence de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), certains débats sur des plateformes de Journalistes ont révélé une controverse préoccupante. Des Journalistes exerçant dans des rédactions estiment que les Journalistes fonctionnaires ne devraient pas être reconnus comme de « véritables » Journalistes. Selon eux, le « bon Journaliste » serait uniquement celui qui exerce dans une rédaction privée et vit exclusivement de la presse.
Une telle position mérite réflexion.
Une personne titulaire d’une licence ou d’un master obtenu à l’ISTC Polytechnique, établissement de renommée internationale formant des Journalistes depuis des décennies, devrait-elle être disqualifiée au seul motif qu’elle exerce dans la fonction publique ? Faudrait-il alors que l’État ferme cet établissement ?
Tout le monde ne peut intégrer une rédaction privée ni accéder immédiatement à un poste dans la fonction publique.
Le concours de Journaliste à la fonction publique est exigeant et sélectif.
Seuls les titulaires d’un master en Journalisme de l’ISTC Polytechnique peuvent y postuler.
Chaque année, le nombre de recrutements dépend des postes budgétaires disponibles.
En plus des Journalistes, la fonction publique recrute également des ingénieurs des médias ainsi que des diplômés en communication d’universités privées.
Il convient donc d’éviter de frustrer des confrères pour des considérations qui ne remettent nullement en cause leur compétence. Les Journalistes du service public sont tout aussi utiles que ceux des rédactions privées.
Au sein d’organes comme la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), Fraternité Matin ou encore l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), coexistent des Journalistes fonctionnaires et des contractuels. Tous exercent le même métier, participent au vote pour la présidence de l’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI) et détiennent la carte professionnelle de Journaliste.
Il serait sans doute opportun que le législateur clarifie davantage le statut du Journaliste, d’autant plus que le Journaliste fonctionnaire vit également de son travail journalistique.
Il ne dispose pas d’une autre source de revenus en dehors de cette profession.
Au-delà du Journalisme, une autre fonction mérite attention, le protocole.
Trop souvent, dès qu’une personnalité est nommée ministre, Directeur Général ou à toute autre haute fonction, elle désigne un proche neveu, protégé ou collaborateur comme chargé du protocole.
Pourtant, l’École Nationale d’Administration (ENA) dispose d’une filière spécialisée en Diplomatie et en Administration.
De nombreux diplômés compétents se retrouvent parfois en attente d’affectation, faute de postes disponibles, pendant que d’autres occupent ces fonctions sans qualification appropriée.
Peut-on exercer un métier scientifique sans formation préalable ? Personne ne s’improvise médecin, informaticien ou ingénieur agronome etc . Pourquoi en serait-il autrement pour le Journalisme ou le protocole ?
Être chargé de communication ne se résume pas à distribuer des discours et des perdiems aux Journalistes.
Ce métier implique la réalisation d’une revue de presse, l’élaboration d’un plan média, la maîtrise de l’écriture journalistique, le respect de l’éthique et du code de déontologie qui régissent la profession.
De même, le chef ou chargé du protocole doit maîtriser les règles de préséance, la mise en place lors des cérémonies officielles, le langage diplomatique, ainsi que les codes vestimentaires adaptés aux circonstances.
Il est temps de reconnaître et de respecter celles et ceux qui ont suivi une formation académique rigoureuse pour devenir Journalistes ou professionnels du protocole.
La crédibilité des Institutions de la République et la qualité de la communication publique en dépendent.
Le Journaliste fonctionnaire ou détaché dans une Institution de la République ou auprès d’une personnalité publique ne cesse pas d’exercer son métier.
Il y est justement pour pratiquer son métier à un autre niveau.
On devient Journaliste pour ne plus cesser de l’être. Il ne faut pas se faire une limite car le Journaliste conduit aussi aux chancelleries et à la présidence de la République.
C’est un beau métier et il ne faut pas se fixer de limites même pour les joutes électorales au sein de l’UNJCI.
Par Adou Évariste, Journaliste et Analyste politique
