À l’heure où la Côte d’Ivoire s’apprête à engager une nouvelle réflexion sur son dispositif électoral, les divisions persistantes au sein de l’opposition interpellent.
Les militants issus de l’opposition ne devraient-ils pas demander des comptes à leurs dirigeants sur leur incapacité à parler d’une seule voix sur un sujet aussi déterminant pour l’avenir démocratique du pays ?
Après plusieurs décennies marquées par des crises politiques et électorales, la réforme de l’Institution chargée de l’organisation des élections apparaît comme une opportunité importante pour renforcer la confiance dans le processus électoral et favoriser une alternance démocratique apaisée en Côte d’Ivoire.
Dans le cadre des consultations engagées autour du futur organe électoral, le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité a reçu plusieurs formations politiques venues présenter leurs propositions concernant l’ossature, le fonctionnement ainsi que les personnalités appelées à animer cette future Institution.
Chaque formation politique semble ainsi vouloir faire entendre sa propre vision et défendre ses propositions. Mais cette multiplicité de positions au sein de l’opposition soulève une question essentielle, l’opposition est-elle réellement en mesure de peser collectivement sur la réforme de l’Institution électorale ?
L’opposition face à ses propres contradictions
L’opposition ivoirienne doit peut-être se rendre à l’évidence, ses divisions, ses désaccords et la multiplication des propositions pourraient considérablement réduire sa capacité de négociation face au pouvoir.
Or, lorsqu’une opposition peine à parler d’une seule voix sur une question aussi stratégique que l’organisation des élections, elle risque de laisser davantage de marge de manœuvre au pouvoir en place.
Le RHDP, qui exerce actuellement le pouvoir d’État, pourrait ainsi tirer avantage de cette situation pour défendre ses intérêts politiques et préparer les prochaines échéances électorales. 2028 et 2030 se profilent déjà à l’horizon, et les rapports de force qui se dessinent aujourd’hui pourraient avoir des conséquences importantes sur les futures compétitions électorales.
Cette situation devrait interpeller les militants, sympathisants et responsables des différentes formations de l’opposition. Ceux-ci sont en droit de s’interroger sur la stratégie de leurs dirigeants et sur leur capacité à dépasser les intérêts partisans pour privilégier une démarche collective.
Une occasion historique à ne pas manquer
La réforme de l’Institution électorale constitue pourtant une occasion de tirer les leçons des crises électorales et politiques qui ont marqué l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.
L’objectif devrait être de parvenir à une Institution crédible, indépendante, impartiale et suffisamment consensuelle, capable de garantir la transparence du processus électoral et de renforcer la confiance de l’ensemble des acteurs politiques.
Une telle réforme ne peut cependant être portée efficacement que si les principales forces politiques parviennent à dégager un minimum de consensus sur les principes fondamentaux devant guider la nouvelle Institution.
Les partenaires techniques et financiers, les chancelleries diplomatiques ainsi que les observateurs de la vie politique ivoirienne pourraient, eux aussi, s’interroger sur les divisions persistantes de la classe politique issue de l’opposition, alors que se présente une occasion de faire évoluer durablement le système électoral.
Parler d’une seule voix pour peser
Face au gouvernement, l’opposition dispose-t-elle d’un réel rapport de force si elle avance en ordre dispersé ?
La question mérite d’être posée.
Pour peser dans les discussions, elle gagnerait à harmoniser ses propositions, à définir des revendications communes et à présenter une position concertée sur les principes devant régir la future Institution électorale.
L’enjeu dépasse largement les intérêts des partis politiques.
Il concerne l’ensemble des citoyens ivoiriens, qui aspirent à vivre dans un environnement marqué par la paix, la stabilité politique et la confiance dans les Institutions.
La Côte d’Ivoire ne peut pas se permettre de manquer une nouvelle fois l’occasion de renforcer son système électoral.
La mise en place d’une Institution électorale véritablement crédible, indépendante et acceptée par l’ensemble des acteurs pourrait contribuer à prévenir les contestations, à réduire les tensions et à consolider durablement la démocratie.
À l’opposition désormais de savoir si elle saura transformer ses divisions en une dynamique collective et faire de la réforme électorale non pas un nouveau sujet de confrontation, mais une opportunité historique pour consolider la paix et la stabilité en Côte d’Ivoire.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
