À l’occasion des différents scrutins organisés dans notre pays qu’il s’agisse de l’élection présidentielle ou des élections locales, notamment législatives, municipales et régionales l’on constate une multiplication des candidatures indépendantes. Celles-ci concernent principalement les scrutins locaux et proviennent, pour la plupart, de militants issus de formations politiques.
À cela s’ajoute une minorité de candidats issus de la société civile ou de cadres de partis dont les candidatures ont été rejetées par les états-majors des formations politiques.
À chaque scrutin, le nombre de candidatures indépendantes est en nette augmentation, une situation qui suscite l’inquiétude de nombreux leaders politiques au niveau national.
Le manque de démocratie interne au sein des partis politiques apparaît comme l’un des principaux facteurs favorisant cette prolifération. L’absence de mécanismes transparents de désignation des candidats pousse de nombreux militants à se présenter en dehors des structures officielles.
À cet effet, il serait souhaitable que les présidents des partis politiques intègrent, comme mode de sélection des candidats, l’organisation de primaires internes. Celles-ci permettraient à la base militante de choisir les personnalités les plus aptes à représenter le parti lors des différents scrutins.
Une telle pratique contribuerait à réduire le nombre de candidatures indépendantes. En effet, la forte concentration de cadres au sein d’un même parti rend souvent difficile la gestion des ambitions.
Les leaders politiques gagneraient également à instaurer une politique de non-cumul des fonctions politiques et administratives afin d’éviter les frustrations internes, lesquelles constituent une source majeure de candidatures indépendantes.
La mise en place d’un code d’éthique et de probité morale, limitant le nombre de mandats à un ou deux par cadre, permettrait aussi de satisfaire un plus grand nombre de militants.
Dans un parti politique au pouvoir, les postes politiques, administratifs et diplomatiques sont nombreux et pourraient servir à valoriser les compétences des cadres, y compris celles des nouvelles adhésions.
Par ailleurs, certains « dinosaures politiques » cherchent à monopoliser les fonctions électives ou à positionner leurs proches. D’autres vont jusqu’à soutenir, parfois en sous-main, des candidatures indépendantes afin de perturber les adversaires politiques, tout en demeurant membres de leur parti.
Ces stratégies visent souvent à renforcer leur influence et leur leadership local afin de peser sur les décisions importantes au sein de leurs régions respectives. Ces pratiques expliquent en partie la montée des candidatures indépendantes.
Lors des scrutins législatifs, municipaux ou régionaux, plusieurs autres facteurs expliquent également cette tendance.
La proximité des candidats avec les populations joue un rôle déterminant.
Il n’est pas rare de voir un candidat officiel, pourtant soutenu par son parti et disposant de moyens financiers importants, perdre face à un candidat indépendant issu du même bord politique ou sans affiliation politique.
Certains candidats indépendants, dépourvus de moyens financiers conséquents ou de fonctions importantes dans la société, parviennent ainsi à battre de hautes personnalités politiques. Leur force réside souvent dans des actions concrètes, visibles et durables menées pendant plusieurs années auprès des populations. Ces dernières, reconnaissantes des gestes d’humanisme, de générosité et des initiatives de développement local, savent exprimer leur choix dans les urnes lorsqu’elles sont déterminées.
Comme le rappelait le père de la Côte d’Ivoire moderne, Félix Houphouët-Boigny :
« La politique, c’est la saine appréciation des réalités du moment. »
Ne dit-on pas également que « qui veut aller loin ménage sa monture » ?
Adou Évariste Journaliste et Analyste politique
