Sous un soleil généreux qui dore les toits de terre de Bondoukou, une atmosphère vibrante et joyeuse enveloppe la cité des « mille mosquées ». Les rues, habituellement paisibles, bruissent d’une polyphonie de langues et résonnent des percussions entraînantes du Kroubi. La 10ᵉ édition du Festival International du Kroubi (FIK) vient de tirer son rideau, laissant derrière elle non seulement l’écho des tam-tams, mais aussi l’empreinte profonde d’un événement devenu, en une décennie, le puissant cœur battant du développement du Gontougo.
Un Anniversaire sous le Signe de l’Unité et du Patrimoine
Ouverte officiellement le 11 juin au musée de Bondoukou, cette édition anniversaire, placée sous le thème « La richesse de nos traditions, moteur d’unité et de projets partagés », a été bien plus qu’une simple célébration. Elle a constitué une véritable agora où se sont croisés, dans une harmonie remarquable, les costumes chatoyants des chefs traditionnels, les tenues sobres des autorités administratives, et les regards émerveillés des visiteurs venus des quatre coins de la Côte d’Ivoire et au-delà. Loan Constant, secrétaire général de la préfecture, représentant le préfet, a salué avec émotion le parcours « remarquable » de ce festival, métamorphosé d’une initiative locale en un symbole international de valorisation culturelle.
Au centre de cette réussite, la figure d’Issoufou Ouattara, commissaire général du FIK, a été portée aux nues. « Il aurait pu rester spectateur du déclin progressif de nos traditions. Il a choisi d’agir », a lancé M. Constant, dépeignant l’homme comme l’architecte infatigable d’un rêve devenu réalité. Un rêve qui a su transformer le Kroubi – cette danse initiatique et gracieuse marquant le passage à l’âge adulte des jeunes filles Nafana, Koulango, Malinké et Sénoufo – en un véritable levier de développement aux multiples facettes.
La Portée Sociale : Tisser la Toile du « Vivre-Ensemble »
Le FIK s’affirme d’abord comme un ciment social. Dans une région riche de sa diversité ethnique, le festival agit comme un catalyseur de cohésion. « Valoriser nos traditions, c’est préserver notre identité collective. Les partager, c’est construire des ponts entre les peuples », a souligné Loan Constant. Cette année, l’accent a été mis sur l’hospitalité avec les communautés Gouro et Togolaise invitées d’honneur, poursuivant une tradition inaugurée avec les Sénoufo, Baoulé, Wê et Burkinabè. Ces rencontres, au-delà des spectacles, sont des moments de dialogue, de reconnaissance mutuelle et de consolidation de la paix sociale. Le festival devient ainsi une école informelle du vivre-ensemble, où les différences s’estompent au rythme des mêmes pas de danse.
L’Impact Économique : Bondoukou, Vitrine et Pôle d’Attraction
L’effervescence du FIK a des répercussions palpables sur l’économie locale. Bondoukou, le temps du festival, se transforme en une ruche prospère. Les hôtels affichent complet, les restaurants et maquis regorgent de clients, et les artisans locaux voient leurs étals de poteries, tissus et sculptures en bois se vider rapidement. « Bondoukou devient chaque année une vitrine qui attire visiteurs, investisseurs et passionnés de culture », a affirmé Didier Yeboua, président du comité d’organisation.
Cette 10ᵉ édition marque un tournant structurel avec la transformation du commissariat général en Organisation Non Gouvernementale (ONG), promettant une gestion plus pérenne et professionnelle. La présence de personnalités comme Mme Borges Philo, présidente de la Chambre de commerce ivoiro-portugaise, témoigne de l’intérêt économique grandissant que suscite l’événement. Le festival n’est plus seulement une dépense culturelle, mais un investissement qui génère des retombées directes pour les commerçants, les transporteurs et les familles d’accueil, injectant un sang neuf dans les veines économiques de la région.
Le Rayonnement Culturel : Sauvegarder pour Transmettre
Sur le plan culturel, le FIK est une forteresse contre l’oubli. À travers des expositions, des conférences et des prestations artistiques d’une authenticité saisissante, il redonne de la fierté et de la visibilité à un patrimoine immatériel précieux. Le professeur Élise Tombiama Fon, ancienne ministre burkinabè, venue en voisine et en amie, en est un témoin éloquent de son rayonnement transfrontalier.
Lors de la cérémonie de clôture, samedi 13 juin, le représentant du préfet, André Flégbo, a résumé cette mission : les traditions sont « un levier puissant pour bâtir un avenir fondé sur la paix, la solidarité, le dialogue entre les cultures et le développement durable ». Le maire Ouattara Anzoumana a réaffirmé le soutien indéfectible de la municipalité à cette dynamique, conscient que la culture est l’âme et le visage d’un territoire.
Une Décennie de Graines Fertiles
Alors que les dernières notes de musique se sont évanouies dans la nuit bondoukouse, le Festival International du Kroubi laisse un héritage bien tangible. Il a démontré, pendant dix ans, qu’une tradition dansée pouvait être le point de départ d’une formidable aventure humaine, sociale et économique. Sous l’impulsion visionnaire d’Issoufou Ouattara et la mobilisation de toute une communauté, le FIK a planté des graines de fierté, d’unité et de prospérité. Il n’est plus simplement un événement dans le calendrier ; il est devenu un pilier sur lequel Bondoukou et le Gontougo bâtissent, avec confiance et enracinement, leur avenir. La décennie célébrée n’est qu’une promesse pour celles à venir, où le rythme du Kroubi continuera de battre au cœur du développement régional.
Rosemonde Desouza
Correspondante régionale
