Une salle de l’Unité de formation et de recherche en Information-Communication-Arts (UFRICA) de l’Université Félix-Houphouët-Boigny, à Cocody, a accueilli, ce lundi 12 octobre 2026, la soutenance du mémoire de Master du journaliste Gougou Kacou Firmin, connu sous le nom de plume «Tché Bi Tché». À travers une étude intitulée « Du printemps au marasme économique de la presse ivoirienne : l’impact des réseaux sociaux numériques sur la presse imprimée en Côte d’Ivoire», l’impétrant a interrogé les ressorts d’une crise qui bouleverse l’économie des médias traditionnels. Au terme des délibérations, le jury lui a décerné la mention Bien, couronnant ainsi un travail consacré à l’un des enjeux majeurs de l’avenir de la presse écrite ivoirienne.
Devant un jury présidé par le Dr Kouakou oi Kouakou Benoît, avec la Dr Gueu, née Topé Michelle Carine, en qualité d’évaluatrice, le candidat a défendu son mémoire de Master en Sciences de l’information et de la communication, option Journalisme, sous la direction du Dr Bamba Sidiki.
Au-delà de l’exercice universitaire, cette soutenance a donné lieu à une réflexion approfondie sur les mutations du paysage médiatique national, dans un contexte marqué par l’essor des plateformes numériques, la transformation des habitudes de consommation de l’information et les difficultés économiques persistantes des entreprises de presse.
Dès l’ouverture de son exposé, Gougou Kacou Firmin a tenu à exprimer sa reconnaissance aux personnalités et aux professionnels dont les contributions ont nourri sa réflexion. « J’associe à ces remerciements Monsieur Wakili Alafé, éditeur, directeur général du quotidien d’informations générales « L’Intelligent d’Abidjan » ; Monsieur Éric Bayala, éditeur, porte-parole du Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire ; et Monsieur Dosso Boubakary, responsable monitoring de l’Autorité nationale de la presse », a-t-il déclaré.
Il a également souligné l’apport des acteurs du secteur médiatique et politique, notamment du Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (GEPCI). Au cœur de cette recherche se trouve une interrogation essentielle : les réseaux sociaux numériques sont-ils à l’origine du marasme économique de la presse imprimée ivoirienne ou ont-ils plutôt accéléré des difficultés préexistantes ?
Loin de s’en tenir à une explication univoque, le journaliste a entrepris de mettre en lumière les mécanismes d’une crise dont les racines plongent également dans les fragilités structurelles du secteur. Pour étayer sa démonstration, il a mobilisé plusieurs cadres théoriques, notamment la sociohistoire des médias, la théorie de la destruction créatrice, l’approche de la mise à l’agenda (agenda-setting) ainsi que la convergence médiatique.
« Toute recherche doit s’appuyer sur des théories. Le sujet que nous avons choisi d’étudier se trouve à l’intersection de plusieurs théories », a-t-il expliqué, soulignant ainsi la nécessité d’appréhender les transformations de la presse à travers des grilles de lecture complémentaires.
Sur le plan méthodologique, l’impétrant a privilégié une approche mixte, associant questionnaires et entretiens, afin de confronter les pratiques informationnelles des publics aux réalités économiques et professionnelles du secteur.
Les résultats présentés invitent à dépasser l’idée selon laquelle les plateformes numériques seraient les seules responsables des difficultés de la presse écrite. « La crise de la presse papier en Côte d’Ivoire ne relève pas uniquement de la concurrence des réseaux sociaux numériques, mais résulte également de facteurs économiques tels que la hausse des coûts des intrants et la baisse du pouvoir d’achat », a-t-il affirmé.
À ces contraintes s’ajoutent, selon lui, les difficultés de distribution, qui compromettent l’acheminement régulier des journaux vers leurs lecteurs et fragilisent davantage les recettes des entreprises de presse.
Le diagnostic qui se dégage de son analyse est sans équivoque dans son orientation générale : la crise de la presse ivoirienne présente un caractère structurel, tandis que l’expansion des réseaux sociaux numériques en accélère certaines manifestations. Une distinction fondamentale qui invite à examiner, au-delà de la concurrence technologique, les conditions de production, de commercialisation et de diffusion de l’information.
Se réinventer pour survivre
Face à cette situation, Gougou Kacou Firmin ne s’est pas limité à dresser un état des lieux. Il a également esquissé des pistes susceptibles d’aider les entreprises de presse imprimée à retrouver des marges de manœuvre dans un environnement médiatique très concurrentiel et en pleine recomposition.
« Se réinventer en intégrant les réseaux sociaux numériques dans la gestion éditoriale, creuser son avantage sur les réseaux sociaux numériques, à savoir réaliser des articles de fond, plaider pour un financement direct étatique des entreprises de presse », a-t-il préconisé.
Cette orientation repose sur une double exigence : s’approprier les nouveaux canaux de diffusion tout en préservant la valeur ajoutée du journalisme professionnel. Dans cette perspective, soutient l’impétrant, les médias imprimés gagneraient à renforcer leurs contenus d’analyse, d’enquête et d’explication, plutôt qu’à se livrer à une course à la rapidité sur un terrain où les plateformes numériques disposent d’atouts considérables quant à la célérité informationnelle.
Ajoutant que la diversification des ressources, l’innovation éditoriale, l’adaptation des stratégies de diffusion et la réflexion sur les mécanismes de soutien public apparaissent ainsi comme autant de leviers à examiner pour consolider la viabilité économique du secteur. Pour Firmin Kacou, il ne s’agit donc pas simplement de résister à la transformation numérique, mais de l’intégrer intelligemment à une stratégie de renouvellement.
Le jury salue le travail et décerne la mention Bien
À l’issue de la présentation, le jury a salué la pertinence du sujet, l’intérêt de la problématique et les efforts déployés par l’impétrant dans la conduite de ses recherches. Des observations et des recommandations ont néanmoins été formulées afin d’améliorer certains aspects formels du mémoire et de renforcer la rigueur de la présentation scientifique.
Au terme des délibérations, Gougou Kacou Firmin a été déclaré digne du grade de Master en Sciences de l’information et de la communication, avec la mention Bien. Cette distinction vient consacrer un travail qui place au centre du débat la capacité de la presse ivoirienne à préserver son équilibre économique, à maintenir sa crédibilité et à demeurer accessible à ses publics dans un univers informationnel profondément transformé.
Autant de défis qui appellent, conclut Tché Bi Tché, à une mobilisation concertée des éditeurs, des journalistes, des pouvoirs publics et de la communauté scientifique.
Marcel Dezogno
(Thinkdevelopment.ci@gmail.com)
