Tanda tourne la page de la précarité commerciale. Inauguré le dimanche 11 octobre 2026, en présence du ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani, le nouveau marché de la commune se veut bien plus qu’un lieu de vente : un levier de relance économique et de dignité pour les commerçants.
Érigée sur un ancien dépotoir, cette infrastructure sera renforcée par la construction annoncée de 40 magasins supplémentaires. Au-delà de sa fonction commerciale, elle représente une opportunité pour les commerçants de disposer d’un cadre plus adapté, tout en contribuant à l’animation économique de la ville. « Parce que le marché, c’est ce qui soutient la vie », a résumé le ministre d’État, soulignant que sa construction illustre la reconversion d’un espace insalubre en un lieu consacré aux échanges.
Le projet s’inscrit dans une longue résilience. Tanda porte encore la cicatrice du 30 septembre 2015, lorsqu’un vaste incendie avait ravagé tout le marché de la ville, qui a eu du mal à se remettre sur pied. Des incendies partiels ont par la suite continué de fragiliser les étals, jusqu’à un magasin parti en fumée, circonscrit par les riverains aux environs de 20h15.
C’est aussi une réponse à une urgence sanitaire. Le maire Amadou Koné a expliqué que le projet répondait à un problème d’insalubrité vécu par les riverains de l’ancien dépotoir. Il a rendu hommage à Kouman Kouassi Martin, ancien conseiller municipal décédé, qui l’avait alerté sur les nuisances provoquées par les odeurs provenant du site. Plutôt qu’un simple aménagement, l’idée de construire un marché à cet endroit s’est imposée.
*« Souffrez qu’on vous critique » : le franc-parler du maire*
Prenant la parole en premier, le maire Koné Amadou a donné le ton de la cérémonie. Après avoir salué la présence du ministre d’État comme un signe de bénédiction pour Tanda – « votre présence seule suffit pour rendre gloire à Dieu » – il a tenu à rappeler les contributions, visibles et discrètes, d’Adjoumani au développement local.
Puis, le propos est devenu plus politique. S’adressant directement à son aîné, le maire a lancé : « Souffrez qu’on vous critique. Avec moi-même en premier. Quand vous êtes devant, on doit vous critiquer, et on va continuer de vous critiquer, Monsieur le ministre d’État. Acceptez cela ». Une interpellation assumée, qui a transformé l’inauguration commerciale en tribune sur la gouvernance locale.
*Adjoumani : « Je ne m’opposerai jamais à l’ascension d’un des miens »*
En réponse, Kobenan Kouassi Adjoumani a livré un message en trois temps, axé sur l’acceptation de la critique, la solidarité entre cadres et la préservation de l’unité au-delà des échéances électorales.
Sur la critique, il a été sans détour : « C’est parce que j’accepte que vous me critiquiez que je suis encore vivant. Parce que quelqu’un qui refuse les critiques, il ne vit pas longtemps ». Citant le président Alassane Ouattara comme modèle de résilience face aux attaques, il a estimé que savoir encaisser fait partie de la responsabilité publique.
Il a ensuite pris un engagement solennel devant les populations de Tanda. « Je demande à Dieu de me donner toujours cette force. Que jamais je ne m’oppose à l’ascension d’un des miens, de mes frères et de mes sœurs ». Et d’insister : « Si on demande mon avis, le président est là, je ne suis jamais allé lui dire : président, un tel, il est mauvais, il ne faut pas faire cela. Ce n’est pas le rôle que je dois faire. Et jamais je ne le ferai ».
Enfin, le ministre d’État a mis en garde contre les divisions post-électorales, une constante qu’il déplore dans la vie politique locale. « Nous sommes tous ici par la seule volonté du maire qui a décidé de construire ce joyau pour nos parents. […] C’est main dans la main que nous allons développer Tanda », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Il ne faudrait pas qu’à l’occasion des élections, on soit divisés. On aime être ensemble au moment des élections. Et quand les élections finissent, chacun prend sa voie ».
Entre reconversion d’une décharge en pôle commercial et leçon de cohésion politique, Tanda a voulu faire de son marché plus qu’un bâtiment. Un symbole.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
