L’apôtre Paul parle des « faux frères » dans ses lettres. Par exemple, dans 1 Corinthien s 11, 26. Qui sont-ils ? Où les trouve-t-on ? Et, surtout, quelle attitude faut-il adopter à leur égard ?
Les faux frères sont d’abord ceux qui vous mettent en garde contre tout le monde, sauf contre eux-mêmes. Ils vous apprennent à vous méfier de votre famille, de vos amis, de vos collègues, de vos voisins, parfois même de ceux qui vous aiment sincèrement. Leur stratégie est simple : isoler leur victime afin de devenir progressivement son seul point de référence. Une fois que tous les autres liens ont été coupés, ils peuvent plus facilement exercer leur influence et profiter de votre talent, de votre argent ou de votre vulnérabilité.
On retrouve ce mode opératoire chez certains « hommes de Dieu » qui commencent par vous convaincre que vos parents sont sorciers, que vos frères vous veulent du mal et que vos amis sont jaloux de vous. Ils prétendent être les seuls à connaître la vérité sur votre vie. Et, lorsqu’ils ont réussi à vous éloigner de ceux qui auraient pu vous protéger ou vous conseiller, ils n’ont plus qu’à récolter les fruits de votre isolement.
Les faux frères sont aussi ceux qui vous abandonnent au milieu de la tempête. Ils sont présents lorsque tout va bien, lorsque votre réussite peut leur être utile, mais disparaissent dès que surviennent les difficultés. Ils peuvent même comploter contre vous avec vos ennemis dans l’obscurité de la nuit et vous sourire le lendemain comme si de rien n’était. Leur sourire n’est alors qu’un masque.
Il y a également ceux qui vous applaudissent tant qu’ils peuvent tirer quelque chose de vous. Tant que vous avez de l’argent, des relations, une position sociale ou quelque chose à leur offrir, vous êtes pour eux un frère, un ami, voire un bienfaiteur. Mais le jour où vous n’avez plus rien à donner, les mêmes mains qui vous applaudissaient peuvent devenir celles qui vous montrent du doigt. Leur attachement n’était pas fondé sur l’affection, mais sur l’intérêt.
Les faux frères sont enfin ceux qui ne conçoivent la fraternité que dans un seul sens. Ils attendent des visites, des appels téléphoniques, des services, de l’attention et de la disponibilité, mais ne se demandent presque jamais ce qu’ils peuvent, eux aussi, apporter à la relation. Pour eux, tout leur est dû. Ils confondent fraternité et droit à être servi.
Où trouve-t-on ces faux frères ? Partout. Dans les églises comme dans les partis politiques, dans les syndicats comme dans les milieux professionnels, dans les associations comme dans les familles. Ils peuvent porter une soutane, un costume, un uniforme ou des vêtements ordinaires. Ils peuvent même partager votre nom de famille. Car avoir le même sang ne garantit pas la loyauté. Le frère sorti du même ventre que vous peut, lui aussi, vous trahir et vous poignarder dans le dos.
Face aux faux frères, faut-il nourrir la haine ou chercher la vengeance ? Non. Mais il faut savoir poser des limites. La charité chrétienne n’oblige pas à rester prisonnier de ceux qui vous détruisent. Pardonner ne signifie pas nécessairement refaire confiance aveuglément. Aimer son prochain ne signifie pas lui donner indéfiniment la possibilité de vous nuire.
Il faut donc savoir s’éloigner, parfois sans bruit, sans scandale et sans explication interminable. Avec certaines personnes, la meilleure réponse est la distance. Il faut partir tôt, avant que la fausse fraternité ne devienne une véritable prison.
Car le vrai frère ne cherche pas à vous isoler pour mieux vous posséder. Il vous rapproche des autres, se réjouit de votre réussite, reste à vos côtés dans l’épreuve et sait donner autant qu’il reçoit. La véritable fraternité libère. La fausse fraternité enferme.
JCD
