La ville aux mille mosquées a accueilli dans l’émotion et les larmes la dépouille de son fils illustre. L’ancien ministre d’Houphouët-Boigny, 2ème Maire de Bondoukou, Yaya Ouattara, a été inhumé ce vendredi 4 septembre 2026 dans la stricte intimité familiale.
Bondoukou, 4 septembre 2026 – Il est rentré chez lui. Pour ne plus jamais repartir.
Ce vendredi 4 septembre 2026, Bondoukou a refermé la terre sur l’un de ses plus grands fils. Yaya Ouattara (1938-2026) repose désormais dans le sol qui l’a vu naître, il y a 87 ans. La République perd un baobab. Le Zanzan perd sa mémoire.
Décédé le lundi 25 août à Abidjan, l’ancien ministre, ancien député, ancien Maire et vice-président du PDCI-RDA a eu droit aux honneurs de la Nation avant l’ultime et poignant retour vers sa terre natale.
Aux nombreux amis, compagnons de lutte et cadres venus lui dire adieu, l’émotion était à son comble. On notait les présences très distinguées du ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani, du Maire Ouattara Anzoumana, de sénateurs, d’élus, de chefs traditionnels, de guides religieux et de cadres du district du Zanzan. Tous en pleurs.
Abidjan s’est incliné. La Nation a salué le serviteur.
Avant Bondoukou, il y a eu Abidjan. Et la reconnaissance de la Nation.
A la morgue d’Abidjan, lors de la levée de corps, c’est le Premier ministre Robert Beugré Mambé lui-même qui a conduit la délégation gouvernementale, au nom du Président de la République, pour saluer la mémoire de l’ancien ministre.
Quelques heures plus tard, sa famille politique lui rendait un hommage déchirant. Dans une salle comble, le PDCI-RDA, orphelin, s’est incliné. Anciens ministres, députés, maires, militants : tous sont venus s’incliner devant le dernier témoin d’une époque où servir l’Etat primait sur tout. Le parti, déjà éprouvé par les disparitions d’Émile Constant Bombet et du Pr Alphonse Djédjé Mady, vient de perdre un autre pan de son histoire.
Itinéraire d’un enfant de Bondoukou devenu homme d’Etat
Né le 17 octobre 1938 à Bondoukou, Yaya Ouattara est de cette race d’hommes que l’école d’Houphouët-Boigny a façonnée.
Militant du PDCI-RDA dès l’heure du parti unique, il se distingue par sa rigueur, sa discrétion et un sens aigu du social. Des qualités qui le propulsent au gouvernement. En 1981, il succède à Jeanne Gervais comme ministre des Affaires sociales. Il est reconduit le 18 novembre 1983, puis promu en 1989 ministre de la Jeunesse, des Sports et des Affaires sociales.
Mais le ministre n’oublie jamais le Maire. Le 24 novembre 1985, il est élu 2ème Maire de l’histoire de la commune de Bondoukou. Jusqu’au 30 décembre 1990, il va imprimer sa marque : bâtisseur, rassembleur, défenseur infatigable des intérêts du Gontougo.
Jeudi, Bondoukou a retenu son souffle
C’est jeudi 03 septembre que tout a basculé dans l’émotion.
Sous un ciel lourd et silencieux, le corbillard franchit l’entrée de la ville. Bondoukou s’arrête. Des femmes en pleurs, des vieux compagnons la tête baissée, des jeunes qui découvrent l’histoire. La dépouille de l’ancien Maire est de retour.
A l’accueil, le ministre d’Etat Kobenan Kouassi Adjoumani, premier à faire le déplacement. A ses côtés, Mme Anzoua Rosalie, 2ème adjointe au Maire, représentant le Maire Ouattara Anzoumana, prononce au nom du Conseil municipal les mots justes :
« M. Yaya Ouattara fut le 2ème Maire de la commune de Bondoukou, de 1985 à 1990, et reste une figure marquante de son histoire. »
Le lendemain, vendredi, le Maire Ouattara Anzoumana lui-même sera là, aux côtés du ministre d’Etat Adjoumani, des élus, des cadres et d’une marée humaine.
« Aujourd’hui, Bondoukou ne dit pas simplement adieu à un ancien Maire. Bondoukou s’incline devant la mémoire d’un bâtisseur, d’un serviteur de la République et d’un grand homme d’État. A ses côtés, nous avons partagé la douleur d’une famille, mais aussi la fierté d’une ville qui perd l’un de ses fils éminents. Repose en paix, Monsieur le Ministre. Bondoukou ne vous oubliera pas »,
a ensuite déclarer le premier magistrat de la commune.
Peu après, dans une intimité voulue par la famille, sans protocole, sans discours, l’ancien ministre a été mis en terre. Dans le silence. Dans la dignité des grands hommes.
Ainsi s’en va Yaya Ouattara. Le baobab est tombé, mais ses racines restent profondément ancrées dans la terre de Bondoukou.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
