Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, le recours des hautes personnalités politiques aux soins médicaux à l’étranger soulève de nombreuses interrogations sur l’état des systèmes de santé nationaux et sur l’égalité d’accès aux soins.
Pour de simples bilans de santé ou pour le suivi de certaines pathologies, de hauts responsables politiques africains prennent régulièrement rendez-vous avec des médecins traitants établis en Europe.
Pourtant, leurs pays disposent de médecins et de spécialistes compétents dans plusieurs domaines de la médecine, capables de prendre en charge de nombreux problèmes de santé.
Cette situation contraste fortement avec les difficultés rencontrées quotidiennement par une grande partie des populations.
Dans certains pays, des citoyens peinent encore à accéder à des soins élémentaires pour des maladies pourtant courantes, comme le paludisme.
Pour les populations les plus défavorisées, le coût des consultations, des médicaments et des examens médicaux constitue parfois un obstacle majeur.
Une telle réalité donne le sentiment que la santé est devenue un luxe réservé à une catégorie privilégiée de la population, alors qu’elle devrait être un droit fondamental accessible à tous.
Les dirigeants doivent montrer l’exemple
Dans plusieurs pays européens, mais également dans certains pays arabes, les hautes personnalités et les responsables de l’État bénéficient de structures médicales spécialisées, notamment au sein des hôpitaux militaires.
Ces établissements disposent généralement de moyens techniques importants et permettent de renforcer les équipements, la formation et les compétences des professionnels de santé.
En Afrique, une réflexion similaire mérite d’être engagée.
Les infrastructures sanitaires construites grâce aux investissements publics doivent pouvoir répondre efficacement aux besoins des populations, mais aussi inspirer confiance aux dirigeants et aux responsables publics.
Il ne suffit pas de construire des hôpitaux et des centres de santé.
Il faut également leur fournir des équipements médicaux modernes, assurer leur maintenance, renforcer la formation des professionnels et garantir des conditions de travail permettant aux médecins et aux autres personnels de santé d’exercer pleinement leurs compétences.
Les premiers responsables politiques devraient, dans cette perspective, donner l’exemple en privilégiant, lorsque cela est possible, les structures sanitaires publiques de leur propre pays.
Valoriser les compétences africaines
L’Afrique ne manque pas de médecins compétents.
De nombreux professionnels africains sont formés dans les meilleures universités et disposent de compétences reconnues. Certains exercent d’ailleurs dans des hôpitaux de référence en Afrique, en Europe, en Amérique ou ailleurs dans le monde.
Le véritable défi consiste donc à créer les conditions nécessaires pour leur permettre d’exercer dans de bonnes conditions sur le continent, équipements performants, médicaments disponibles, infrastructures adaptées, rémunération convenable, formation continue et environnement professionnel attractif.
À cet égard, la réforme engagée sous la présidence de Patrice Talon au Bénin, visant notamment à favoriser la prise en charge médicale des hauts responsables sur le territoire national, a été présentée comme une volonté de réduire les dépenses liées aux évacuations sanitaires et de renforcer la confiance dans le système de santé national.
Une telle démarche mérite d’être examinée et, surtout, accompagnée d’investissements permettant aux structures sanitaires publiques d’offrir effectivement des soins de qualité.
Faire de la santé une priorité publique
La question de la santé ne devrait pas être considérée comme une préoccupation secondaire dans la gouvernance des États africains.
Elle touche directement au développement économique et social des nations.
Lorsque les citoyens constatent que leurs dirigeants font confiance aux structures sanitaires étrangères tandis qu’eux-mêmes sont confrontés à des difficultés pour accéder aux soins dans leur propre pays, un sentiment de frustration et d’injustice peut naturellement s’installer.
Les pouvoirs publics doivent donc poursuivre leurs efforts pour rendre les soins de qualité accessibles au plus grand nombre.
Cela passe par des investissements durables dans les hôpitaux publics, la formation et la fidélisation des professionnels de santé, l’amélioration des équipements et la mise en place de mécanismes permettant aux populations les plus vulnérables d’accéder aux soins.
La santé ne doit pas être un privilège réservé aux plus riches ou aux plus puissants.
Elle doit constituer une priorité de l’action publique et un droit accessible à tous.
L’Afrique dispose des compétences nécessaires pour construire des systèmes de santé plus performants. Encore faut-il leur donner les moyens de travailler et, surtout, faire de la confiance dans les compétences nationales une véritable volonté politique.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
