Village Ebrié d’Adjamé Bingerville : un affrontement entre la population et les forces de l’ordre fait un mort et plusieurs blessés
Le village d’Adjamé-Bingerville a été le jeudi 31 mars 2022, le théâtre d’affrontements entre les forces de sécurité et les populations qui ont occasionné le décès de Dame Danho Yvette et fait plusieurs blessés. Cet affrontement fait suite à l’inhumation contesté par les villageois de dame Anouma Anouma Yvonne, génitrice du colonel Bénié Agbo Gérard natif dudit village. Une situation qui apparait paradoxale dans l’entendement du commun des mortels. Dans la mesure où les obsèques d’un défunt est un moment de recueillement en Afrique. Des pierres et des bois gisent les rues. Le village reste désert, des maisons et des magasins fermés, à des endroits, des groupuscules de jeunes et adultes devisent, certainement sur ce qui vient de se passer. Des cargos de la gendarmerie, et de police sont stationnés ça et là dans les points stratégiques du village. On remarque des hommes en tenue positionnés, arme au point.
Que s’est-il réellement passé à Adjamé Bingerville ? voici les faits
« Le jeudi, le village a connu une situation sans précédent depuis qu’on est ici. Des gendarmes avec un détachement de 12 cargos ont mené la vie dure à la population en tirant partout des gaz lacrymogènes. Même dans les domiciles », racontent des jeunes trouvés sur place dans un recoin du village. Cet affrontement a occasionné le décès de Dame Danho Yvette qui n’a pas pu supporter les gaz lacrymogènes déversés sur le village puis a fait plusieurs blessés. Selon les informations recueillies dans le village c’est Bouedjé Abé Albert et le colonel Bénié Agbo Gérard qui ont fait appel aux forces militaires, à travers une décision de justice, pour l’enterrement de Dame Danho Yvette au cimetière du village. En effet selon les villageois, c’est le jeudi 31 mars 2022, aux environs de 16 heures qu’un détachement de gendarmes et militaires lourdement armés a pris d’assaut le village d’Adjamé-Bingerville afin de sécuriser la construction de la tombe de dame Anouma Anouma Yvonne. « Au mépris des lois traditionnelles en vigueur en pareille situation. Toute chose qui a suscité la colère des populations », confie un adulte qui a voulu garder l’anonymat. Les affrontements ont fait, selon les témoignages, 1 mort, celle de Dame Danho Yvette et plusieurs blessés. Pour revenir aux raisons, il nous a été rapporté qu’il est de coutume chez les Atchans que lorsqu’il y a décès, le village se réunit sur la place publique pour tenir une réunion liée aux obsèques. Ce moment funéraire est aussi l’occasion pour les villageois de faire payer des amendes à des personnes qui ont enfreint aux lois du village. Ces amendes amicales et symboliques sont parfois négociables jusqu’à leurs réductions. C’est ainsi qu’à l’occasion des obsèques de dame Anouma Anouma Yvonne, les gardiens de la tradition ont exigé, comme amende, la présence de l’ancien Chef Agbo Honoré sur la place publique afin qu’il puisse répondre des actes qui lui sont reprochés. Alors que des démarches sont en train d’être menées auprès des gardiens de la tradition pour trouver une solution au problème coutumier, selon les témoignages, les sieurs Bouedjé Abé Albert et Bénié Agbo Gérard saisissent le tribunal pour convoquer le Chef du village Mobio Aboussou Guy Georges, l’accusant d’avoir refusé le cimetière au corps. Il est ressorti de ce procès en référé, l’enterrement manu-militari de la dépouille de dame Anouma Anouma Yvonne au cimetière du village.
La réaction du colonel Bénié Agbo Gérard
Il faut noter qu’il y a un conflit de chefferie dont l’issue n’est pas encore dénoué qui oppose deux tendances dans le village. Il s’agit de la tendance Mobio Aboussou soutenue par la tradition et par ricochet la grande majorité des villageois et la tendance Awaka Germain détenteur d’un arrêté préfectoral. Cela dit, selon Bénié Agbo Gérard, rencontré, devant une telle situation, il fallait faire un choix. C’est ainsi qu’il a choisi d’être du côté d’Awaka Germain en tant que corps habillé pour soutenir l’Etat. « Ils m’ont demandé d’écrire que je reconnais comme le chef, le chef d’Adjamé Bingerville, un chef dissident, Mobio Aboussou. J’ai répondu que je ne peux pas le faire et que si je le fais dès le lendemain je serai remercié de mon poste (…). Des sages ont dit de faire profil bas, d’envoyer les gardiens de la tradition pour demander pardon puisque c’est ainsi que ça se passe afin de réduire l’amende de 5 millions à payer pour permettre que ma maman soit enterrée dignement. Nous avons envoyé des gens auprès d’eux, des personnes respectables, un prédicateur de l’Eglise Haris et un autre doyen. Quand ceux-ci sont allés les voir, ils leur ont dit qu’ils avaient une audience au tribunal et donc il fallait attendre d’abord l’issue de ce procès avant de trancher pour mon cas. Mais malheureusement pour eux, le procès a été renvoyé au 8 avril 2022 prochain. Donc le problème n’est pas réglé. J’ai donc pris ma responsabilité militaire. Parce qu’à la fin il faut que je rende compte à ma hiérarchie et c’est ce que j’ai fait », a -t-il soutenu . Cette grave crise de chefferie qui a cours à Adjamé Bingerville depuis plus d’un an et qui vient de faire sa première victime avec la résidence du l’ancien chef Agbo Honoré brulée, risque de s’aggraver si les autorités politiques ne s’impliquent pas pour la résorber.
Renaud Djatchi