EDITO : L’Affaire Gbagbo à l’aune des codes de déontologie journalistiques

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Daniel Cornu insiste pour dire : « La presse ne jouit pas d’une liberté sans borne ». Cela pour rappeler le binôme liberté et responsabilité comme poteau indicateur. La presse française, connue pour son sens de la mesure, en ce qui concerne l’éthique et les mœurs, comparée à sa consœur anglo-saxonne, dépositaire du « sensationnel », s’est trouvé, dans le dossier Gbagbo, un talent à remuer la boue. Sa trouvaille : « la seconde épouse de Gbagbo ». « La Belgique a accepté de recevoir sur son sol Laurent Gbagbo où vivent sa seconde épouse et l’un de ses fils pour faciliter le regroupement familial ». Tel a été le refrain ressassé. Ce n’est un secret pour personne, Nady Bamba, journaliste de formation, est la seconde épouse de Laurent Gbagbo. De là à pomper l’oxygène aux gens avec « Gbagbo va retrouver sa seconde épouse » n’est pas hygiénique. D’autant que ces précisions ne sont pas nécessaires à la compréhension du corpus du message qui est qu’un pays signataire du Statut de Rome a accepté d’accueillir Laurent Gbagbo sur son sol. Qui plus est, la notion de famille est sacrée dans les sociétés occidentales. Elle l’est tout aussi chez nous. Croit-on rendre service à la famille Gbagbo dans son entièreté lorsqu’on la traine ainsi dans la boue avec des mentions tendancieuses au nom d’une certaine liberté ? Si l’information selon laquelle François Hollande, prédécesseur de Emmanuel Macron, président français, « glissait » de l’Elysée, où il vivait en couple avec Valérie Trierweiler, sur un scooter pour aller rejoindre Julie Gayet, a fait les choux gras de la presse, c’est surtout parce que cette virée de galipette faisait peser sur la République des risques sécuritaires. C’est au nom d’une certaine éthique que cette presse française a gardé longtemps le secret de polichinelle (nous insistons sur le mot Polichinelle) de l’existence de Mazarine Mitterrand, la fille longtemps cachée de l’ex-charismatique président français, François Mitterrand. À des variantes près, tous les codes de déontologie journalistiques insistent sur le respect de la vie privée de tiers. Que Gbagbo ait dix femmes, c’est sa vie privée. Elles ne regardent certainement pas les téléspectateurs, les auditeurs ou les lecteurs des medias occidentaux. Formés à la même école, ils ne sont pas sans savoir que « former, c’est savoir orienter le journaliste vers des choix éclairés et assumés, en lui insufflant le sens de la responsabilité et de la sagesse, au sens où Socrate l’entend ». Si l’activité journalistique consiste dans le recueil de l’information, ajoute l’autre, son traitement et sa communication au public, au cœur donc de celle-là, on distinguera une seule cause, rechercher la vérité, et un seul but, servir au mieux l’intérêt public. C’est en ce sens que l’un des pionniers de la presse, Théophraste Renaudot, appréhende le journaliste comme un «amoureux de la vérité» pratiquant un «journalisme de conscience», c’est-à-dire constamment conscience de sa responsabilité. La presse française qui, malheureusement, est perçue comme un miroir pour la presse sous les tropiques gagnerait à mériter ce rang. Elle est parfois trop hystérique quand il s’agit du tiers-monde, surtout de l’Afrique.
Tché Bi Tché
tbt552@yahoo.fr
NB : In Les Sentinelles d’Abidjan, Février 2019.

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