EDITO : Côte d’Ivoire : l’hypocrisie collective, en attendant 2020

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L’Eburnie politique se recompose. « A l’avantage du « Rhdp unifié » », se convainc l’un de ses porte-voix, Touré Mamadou, ministre d’Alassane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien. Mais alors, pourquoi s’obstine-t-on à garder une main ferme sur le moule de la nouvelle Commission électorale en gestation ? Point n’est besoin de faire un dessin. Prosaïquement, « on ne change pas une équipe qui gagne ». Parallèlement, « on ne change pas une méthode qui marche ». Laurent Gbagbo, ex-numéro 1 ivoirien, continue de se mordre les doigts pour avoir laissé ses adversaires contrôler la Commission électorale dite indépendante, celle qui a organisé la présidentielle de 2010. C’est un secret mal gardé. La CEI de Youssouf Bakayoko porte une importante part de responsabilité dans la crise post-électorale. Car, contre le règlement interne de ladite institution, qui veut que le président soit entouré de ses conseillers, Youssouf Bakayoko  a proclamé, de façon solitaire, des résultats sortis tout droit des cuisses de Jupiter, de surcroit à l’hôtel du Golf, connu pour être le QG de campagne de l’un des candidats, en l’occurrence Alassane Ouattara, donné vainqueur de cette élection. Il s’ensuit la cogestion du pouvoir par les deux alliés, Ouattara et Bédié. Avant que leur idylle ne tourne au vinaigre. Le second estimant avoir été floué par le premier qui refuse une alternance au profit de son parti, le PDCI-RDA, au sommet de l’Etat, en 2020. Alternance dont les termes auraient été « paraphés » dans le plus grand secret. Une chose est cependant certaine. Le divorce finit par intervenir après la guerre des mots. Depuis, Henri Konan Bédié se démène pour mettre en place une plateforme politique autour d’un « nouveau projet», assis sur la paix et la réconciliation des Ivoiriens. A dire vrai, les violences qui ont émaillé les dernières élections locales, avec à la clé, des pertes en vies humaines, pour une joute électorale entre ex-alliés, sont symptomatiques de ce que la racine du mal est ailleurs. Nous sommes de ceux qui pensent qu’elle ne se trouve pas dans les alliances. Fut-elle, entre le PDCI et le FPI. Une telle entente a déjà existé entre Gbagbo et Bédié dans les années 1998/1999. Et avait eu pour résultats, après des négociations, le vote à 18 ans, l’instauration du bulletin unique, des procès-verbaux multiples, etc. Mais n’a pas réussi à sauver la Côte d’Ivoire des démons. Le 24 décembre 1999, le régime Bédié chutait lourdement, obligeant Nzuéba à claudiquer vers un hélico, au 43e Bima, base militaire française, dans la commune de Port-Bouet, qui devait l’exfiltrer vers le Togo, pour l’exil. Les cadres du PDCI-RDA, notamment Achi Patrick, Ahoussou Jeannot, qui estiment, pince-sans-rire, avoir rejoint le RHDP unifié, pour éviter à la Côte d’Ivoire des troubles, ou pour ne pas être contraints à l’exil par la situation qu’ils imaginent déjà chaotique, font preuve d’une mauvaise foi au carré. Posons-nous la bonne question. Les violences qui ont eu lieu à Lakota, à Grand-Bassam, les assassinats ciblés à Abobo, lors desdites élections, ont-ils été l’œuvre de qui ? Une enquête sérieuse aurait pu identifier les auteurs. Et les trainer devant la justice. Cela n’a pas été le cas. Comme à Nahibly, camp de refugiés rayé de la carte de l’Ouest, le 20 Juillet 2012. Comme à Ficgayo, le 21 janvier 2012, à la rentrée politique du FPI (parti-Opposition). Il se fait jour la nécessité de s’interroger. À qui profitent les crimes ? Le fait est que des militants fanatisés, l’archétype des sofas, agissant pour le compte du clan Ouattara, ont pris depuis longtemps la Côte d’Ivoire en otage. Avec comme logiciel politique : la violence, le passage en force. Impunément. Les atermoiements du gouvernement Gon autour de la mise en place d’une nouvelle commission électorale signent un horizon brumeux. Au lieu de s’adonner à des déclarations patelines, ceux qui quittent les navires (PDCI, FPI, Camp Soro…) pour rejoindre le camp présidentiel, ne devraient-ils pas mettre dans la balance de leur « désertion », un peu de reflexes démocratiques chez le suzerain et ses ouailles ? Peut-être n’en ont-ils pas le coffre. Les yeux sont donc tournés vers l’extérieur. L’ancienne puissance tutélaire s’est murée dans un silence. Avec elle, toute l’Union européenne. Les récentes charges de Bruxelles contre le régime d’Abidjan, pour déficit criard de démocratie, de bonne gouvernance, de respect des droits humains…, dans un rapport qui a fuité, ont eu l’effet d’un météore. Qu’attendre par ailleurs de l’Onu qui condamne mollement le massacre de civils au Soudan, parlant « d’usage excessif de la force », comme si elle s’attendait à ce que l’usage de la force, que dis-je, le massacre, soit moins excessif. Ou d’une Union africaine qui a échoué, une fois de plus, dans sa mission de médiation, pour faire entendre raison à Amadou Soumahoro, président de l’hémicycle ivoirien, qui piétine les textes, en s’accaparant tous les postes au bureau de l’Assemblée nationale, au détriment de l’opposition parlementaire. La réponse coule de source : absolument rien.  A cette allure, sans être météorologue, sans être Sybille, ni Cassandre, sans être encore « Kouglizia », cet oiseau annonciateur de malheur en pays Dida (Centre-ouest), nous pouvons prédire une « tempête tropicale » sur la Côte d’Ivoire politique, en 2020. Le pire est donc à redouter avec ces calculs politiques mesquins et égoïstes. En somme, dans cette transe de l’hypocrisie.

Tché Bi Tché                  

tbt552@yahoo.fr

(Avec www.lessentinelles.info)

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