Ce samedi 30 Mai, au matin, la sous-préfecture de Pinda-Boroko s’est parée de ses plus beaux habits. Guidées par le chef du village, Nanan Bini Kouakou, les populations se sont rassemblées pour un événement historique : la pose de la première pierre de la future cantine scolaire des écoles primaires. Un projet porté par l’ONG Le Grenier de l’École et le Rotary Club de Chelles (France), qui promet de changer le quotidien de 250 élèves.
Face à une précarité alimentaire identifiée comme un frein majeur à la réussite scolaire, cette infrastructure de 250 places veut offrir bien plus qu’un repas. Elle incarne un acte de solidarité concret, né de la rencontre entre des acteurs locaux, nationaux et internationaux déterminés à agir.
« Un ventre creux n’a point d’oreille » : le constat qui a tout déclenché
L’émotion était palpable dans la voix de Camara Fatoumata, secrétaire générale de la préfecture de Guéyo et ancienne sous-préfète de Pinda-Boroko. Principale initiatrice du projet, elle a rappelé le déclic : « Durant mon séjour à Pinda-Boroko, j’ai constaté que les parents passent beaucoup de temps aux champs. […] Les enfants arrivent alors à l’école le ventre creux. À midi, ils cherchent de quoi manger, errent d’un endroit à un autre. Dans ces conditions, comment apprendre ? »
Son engagement, simple et viscéral, se résume en une maxime : « Un ventre creux n’a point d’oreille. » « En initiant ce projet, mon objectif était simple : aider les enfants. Où que l’on soit affecté, on peut toujours apporter quelque chose à sa communauté », a-t-elle affirmé, voyant en chaque élève un petit-enfant dont il faut protéger l’avenir.
Une réponse à une urgence sociale saluée par les autorités
La sous-préfète en poste, Gannon née Gnahoré Ange Lydie, a immédiatement salué une initiative « de haute portée sociale ». « Ce projet répond à une urgence sociale dans une zone où la précarité alimentaire entrave lourdement le parcours scolaire des enfants », a-t-elle analysé. Elle y voit un levier pour réduire l’absentéisme, améliorer les performances scolaires et soulager les familles les plus vulnérables.
Elle a aussi rendu un hommage appuyé aux partenaires, rappelant que « l’action de l’État ne peut atteindre sa pleine efficacité sans le concours des forces vives locales et des partenaires au développement ».
Une première pierre, « un acte de foi en l’avenir »
Pour Blanchard Nitoumbi, président du Rotary Club de Chelles, le geste de ce 30 mai dépasse largement le symbole architectural. « Nous ne posons pas simplement une pierre, nous posons un acte de foi. Foi en l’éducation, foi en la solidarité, foi en l’avenir de nos enfants et foi en cette région », a-t-il déclaré avec conviction.
Il a fixé un cap ambitieux : « Dans le meilleur des scénarios, nous espérons voir ce bâtiment sortir de terre dans un délai maximal d’un an et demi. » Mais il a lancé un appel solennel à une mobilisation élargie : « Nous appelons les autorités, les partenaires publics et privés […] à nous rejoindre. Le projet est aujourd’hui structuré et conçu comme un modèle reproductible. »
Du souvenir personnel à un modèle durable et intégré
L’engagement de Zeby Deza, président de l’ONG Le Grenier de l’École, puise sa source dans un souvenir d’enfance. « J’ai moi-même fréquenté l’école au village et, à notre époque, le repas de midi était déjà un problème. […] Peu à peu, l’idée de créer des cantines scolaires a germé. »
Pour assurer la pérennité du projet, il plaide pour un modèle intégrant des jardins potagers scolaires, une vision partagée par Amon Koffi, vice-président de la mutuelle Kan-Bom de Pinda-Boroko. « Au-delà du bâtiment, il faut encourager sur place la production agricole destinée à alimenter régulièrement cette cantine. Ce modèle doit faire école », a-t-il insisté.
- Koffi a souligné l’impact transformateur attendu : « Ce qui va changer de manière significative, c’est l’avenir de nos enfants. […] Comment apprendre lorsqu’on ne sait pas comment se nourrir le matin ou à midi ? »
L’espoir d’un village et la promesse d’un modèle
La cérémonie s’est achevée dans une atmosphère d’espoir collectif. Pour le chef Nanan Bini Kouakou et ses notables, ce projet laissera une empreinte durable. Cette cantine scolaire est bien plus qu’un bâtiment : elle est la promesse d’une dignité retrouvée, d’une égalité des chances renforcée et d’un avenir où les enfants de Pinda-Boroko pourront apprendre le ventre plein et rêver plus grand.
Le défi est maintenant de concrétiser cette vision dans les délais, pour que Pinda-Boroko devienne un exemple pour toute une région.
Rosemonde Desouza, Correspondante régionale
