Bien-être des femmes/Georgette Zamblé (Fondatrice ONG Leadafricaines) : « les violences psychologiques et verbales sont les plus destructrices »
Psychologue de formation, Georgette Zamblé a décidé de se mettre au service des femmes par la création d’une ONG baptisée Leadafricaines qui œuvre pour le bien-être des femmes. C’était au lendemain de la grave crise politique qu’a connue la côte d’ivoire. 10 ans après, nous l’avons rencontrée pour faire avec elle le bilan. Interview !
Présentez-nous votre ONG Leadafricaines…
LEADAFRICAINES est une ONG qui a pour vision « Une Afrique de l’ouest francophone juste et équitable où les femmes en milieu rural et urbain, osent entreprendre des initiatives avec dignité et ambition, sont durablement autonomes, exercent un leadership efficace et participent à la gouvernance sans discrimination de genre et sans Violence basée sur le genre. ».
Sa mission est donc d’apporter aux femmes et aux jeunes filles les plus défavorisées, les ressources et les opportunités pour qu’elles soient autonomes, qu’elles investissent les sphères de décision, s’y réalisent et y demeurent, en vue d’une égalité de genre.
Pour la réalisation de cette mission, LEADAFRICAINES travaille suivant 2 axes principaux: Agir et Faire agir.
– Agir à travers: l’accompagnement à l’autonomisation et au leadership, la valorisation des compétences féminines, la formation / le Coaching, la capitalisation de bonnes pratiques, l’information et l’orientation
– Faire agir par : ses fonctions d’Observatoire d’Egalité de Genre, des évènements de promotion du genre, des études, de l’édition, des campagnes d’interpellation, de plaidoyer, de lobbying et de sensibilisation
S’appuyant sur les principes suivants :
Ø Rendre visibles les inégalités et contribuer à les réduire,
Ø Détecter et valoriser les potentiels,
Ø Fournir aux parties prenantes un accompagnement approprié,
Ø Rendre disponibles les expertises,
Ø Agir différemment pour obtenir des choses différentes,
Ø Exercer un leadership transformationnel de qualité,
Ø Enseigner par l’exemple et la démonstration,
Ø Rester dans une démarche d’équité et d’innovation,
Ø Partager les connaissances,
Ø Avancer en capitalisant les bonnes pratiques,
Ø Viser les impacts sur le long terme,
LEADAFRICAINES se positionne en Côte d’Ivoire parmi les organisations spécialisées dans la promotion de l’égalité de genre et a réalisé depuis sa création en 2011 :
- Des activités d’appui au leadership et à l’autonomisation des femmes
- Des campagnes de plaidoyeret de promotion de l’approche genre
- Des programmes de renforcement de capacités
- Le monitoring de l’égalité/inégalités de genrepar des études, de l’édition
- Les activités de réseautage, d’échanges et d’apport d’expertises
Agir pour apporter aux femmes et aux jeunes filles les plus défavorisées, les ressources et opportunités pour qu’elles soient autonomes. Tel est votre mission. Pour ce que l’on sait votre ONG est née en 2011. 10 ans après quel bilan succinct pouvez-vous faire. Avez-vous réussi à rendre des femmes autonomes ?
LEADAFRICAINES peut après 10 ans d’existence et sans ambiguïté, affirmer avoir réussi sa mission d’autonomisation des femmes. Aujourd’hui c’est plus de 2000 femmes qui ont bénéficié avec succès des services offerts par LEADAFRICAINES. Mais allons au-delà de la guerre des chiffres, pour dire que ce qui est important pour nous c’est la qualité des résultats. Oui, LEADAFRICAINES peut se vanter d’être une des organisations sur le terrain qui travaille en se basant sur les critères d’autonomisation des femmes dont le premier est « le sens de la dignité ». C’est pour nous la base. Et nous nous activons en plus à accompagner les femmes dans l’accès et l’acquisition de certains droits et enfin nous les accompagnons à contribuer au changement social à travers le coaching, le développement personnel et la formation en communication et en leadership. LEADAFRICAINES demeure à cet effet pionnière dans le coaching des femmes aux élections, en leadership et dans les activités économiques.
Vous opérez également dans les violences faites aux femmes. De quelles statistiques disposez-vous sur ce phénomène en côte d’ivoire ?
La question des statistiques et des données désagrégées en général, reste encore une gageure en Côte d’ Ivoire. Les statistiques existent cependant mais elles ne reflètent pas la réalité. Pour nous, il convient d’abord de modifier dans la perception commune, ce qu’il faut admettre comme violences. Trop de types de violences psychologiques, verbales sont passés sous silence au profit des violences physiques et sont les plus destructrices. Nous avons alors décidé de ne pas les présenter en l’état actuel, au risque de réduire, la gravité de la situation et l’ampleur de la lutte. Elle est d’ailleurs longue et âpre. Elle est surtout marquée par de nombreux stéréotypes de genre et par un regard social qui continue de banaliser les violences faites aux femmes. Nous plaidons pour une réévaluation des violences, pour une veille stratégique des violences et un suivi plus rigoureux permettant d’évaluer plus sainement la situation.
Quels genres d’assistance apportez-vous aux victimes ?
Le premier niveau d’assistance que nous apportons aux victimes est la prise en charge psychoaffective. Ensuite, notre organisation associée à d’autres a déjà initié et poursuivi des plaintes au nom des victimes. Nous contribuons également à payer les frais médicaux des victimes ou à assurer la réintégration socio-économique. Et nous nous positionnons dans le plaidoyer pour renforcer et améliorer le dispositif légal et juridique. Il nous est cependant arrivé de descendre dans la rue en faveur des victimes.
A combien estimez-vous la prise en charge des victimes de violences domestiques ?
Si vous parlez du coût financier, j’aimerais dire que cela varie selon les cas. Il n’y a pas de montant figé et cela dépend de ce dont nous disposons parce qu’il faut signaler que nous faisons tout sur fonds propres. Les appuis peuvent aller du simple coût du transport de la survivante à des frais médicaux ou à l’appui dans une activité économique ou à un hébergement. Cela dit , il ne faudrait pas réduire la prise en charge à des billets de banque. En réalité, il n’y a pas de prix fixé. Nous parlons là d’êtres humains donc le coût est émotionnel, il est psychologique. La prise en charge d’une victime coûte de l’engagement, de l’énergie physique, psychique et spirituelle.
Diriez-vous que la promotion du genre est une réalité en Côte d’ivoire ?
La promotion du genre est réelle en Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs ce qui justifie que nous soyons en train d’échanger avec vous. Plusieurs autres organisations comme nous se battent dans ce sens et en font chaque jour la promotion. Cependant, la traduction de la dimension Genre en Côte d’Ivoire en réalités concrètes sur le terrain est encore un vrai défi. Tant que nos représentations sociales sur les femmes n’ont pas changé dans les faits, nous sommes encore loin du compte. Il y a quelques avancées timides mais beaucoup reste encore à faire face aux nombreuses résistances du système patriarcal. C’est d’abord un travail sur les mentalités qui peut s’avérer de longue haleine mais nous ne perdons pas patience. De toutes les façons, le processus pour le changement est irréversible.
Vous avez des représentations dans beaucoup de régions du pays. Cela a forcement un coût. D’où tirez-vous vos financements ?
Nous avons des délégations-pays dans plusieurs pays de l’Afrique de l’ouest francophone. Évidemment qu’il faut des ressources pour y arriver. Nous comptons en premier sur nos cotisations. C’est cela la force de l’engagement. Ensuite, nous soumettons des projets à des partenaires et nous répondons aussi à des appels à projets. Cela est quelquefois épuisant, il faut le reconnaître.
Recevez-vous un appui de l’Etat ? De quelle nature et de quel ordre ?
Si les autres questions nécessitent un minimum de réflexion avant de répondre, pour celle-là, la réponse est claire et sans ambages. Non nous ne recevons aucun appui financier de l’Etat. Il arrive cependant que notre organisation soit associée à des réflexions ou des initiatives ponctuelles. Cela confirme notre crédibilité.
Si vous êtes en face d’un mécène que lui diriez-vous ?
LEADAFRICAINES est aujourd’hui dans une logique de devenir une organisation autonome financièrement pour avoir plus d’arguments face aux femmes et aux filles que nous encourageons sur la voie de l’autonomisation. Notre plus grand défi aujourd’hui est de mettre en place un mécanisme et un fonds de base pour démarrer ce processus, avec un modèle économique permettant un retour sur investissement Nous ambitionnons la création d’un institut régional spécialisé en leadership et en autonomisation des femmes. Et nous recherchons un financement pour le réaliser.
Interview réalisée par Tché Bi Tché