Cette question mérite d’être posée au regard de la faible visibilité de cette organisation ces dernières années, alors même qu’elle a été créée pour permettre aux enfants de participer à la vie citoyenne et de faire entendre leur voix auprès des décideurs.
Présenté comme un cadre d’expression et de représentation des enfants de Côte d’Ivoire, le PECI semble aujourd’hui avoir perdu une partie de sa visibilité dans les activités officielles nationales et dans celles du ministère en charge de la Famille, de la Femme et de l’Enfant.
Pourtant, les enjeux liés à la protection, à l’éducation civique et à la participation des enfants demeurent importants. Dès lors, la question de la relance du Parlement des Enfants mérite d’être inscrite parmi les préoccupations des pouvoirs publics.
Une organisation qui ne devrait pas être réduite au silence
Au fil des années, le Parlement des Enfants a permis à de nombreux jeunes de prendre la parole, de découvrir le fonctionnement des Institutions et de porter les préoccupations de leurs pairs.
Certains anciens membres de cette structure ont d’ailleurs poursuivi leur parcours dans différents secteurs de la société.
Cette expérience montre que le PECI peut constituer un véritable cadre d’apprentissage de la citoyenneté.
La formule attribuée au Président Félix Houphouët-Boigny selon laquelle « il existe une école où l’on ne délivre aucun diplôme, c’est l’école de la vie » prend ici tout son sens.
Le Parlement des Enfants peut être considéré comme l’une de ces écoles de la vie, une école où l’enfant apprend à dialoguer, à écouter, à argumenter, à respecter les différences et à comprendre progressivement les responsabilités liées à la vie en société.
Où sont passées les sections régionales ?
L’autre interrogation concerne la représentation territoriale du PECI.
Une organisation nationale consacrée aux enfants ne peut véritablement remplir sa mission si ses structures déconcentrées restent peu actives ou essentiellement nominales.
Il apparaît donc nécessaire de faire un état des lieux du fonctionnement des différentes sections, d’identifier les difficultés rencontrées et de mettre en place, lorsque cela est nécessaire, un mécanisme permettant leur redynamisation.
Cette démarche pourrait notamment passer par un programme annuel d’activités, des sessions de formation, des rencontres régionales et une meilleure coordination entre le Bureau national et les représentations locales.
Le ministère de tutelle doit donner une nouvelle impulsion
La responsabilité du ministère en charge de la Famille, de la Femme et de l’Enfant est particulièrement importante dans cette perspective.
Une réflexion pourrait être engagée sur le fonctionnement du PECI, ses ressources, son encadrement administratif, la formation de ses membres et la régularité de ses activités.
Si des ressources publiques sont effectivement affectées au fonctionnement de cette organisation, leur utilisation et l’impact des activités réalisées doivent pouvoir être évalués dans le respect des règles de gestion publique.
Il ne s’agit donc pas seulement de réclamer davantage de moyens, mais de réfléchir à un mécanisme permettant au PECI d’avoir des activités régulières, visibles et utiles aux enfants.
Le 16 juin et le 20 novembre, deux rendez-vous à valoriser
Le calendrier international offre déjà des occasions importantes de donner davantage de visibilité aux droits de l’enfant.
Le 16 juin, Journée de l’enfant africain, constitue un moment privilégié pour rappeler les droits et les aspirations des enfants du continent.
Le 20 novembre, Journée mondiale de l’enfance, est également consacré à la promotion des droits de l’enfant.
Ces deux rendez-vous pourraient être davantage investis par le ministère de tutelle et le Parlement des Enfants à travers des débats, des conférences, des campagnes de sensibilisation, des activités culturelles et éducatives ainsi que des rencontres entre enfants et décideurs.
Le PECI pourrait également être associé, dans les cadres appropriés, aux initiatives publiques et institutionnelles consacrées aux droits, à la protection et au bien-être des enfants.
Pourquoi ne pas créer un véritable encadrement permanent ?
L’une des pistes de réflexion pourrait consister à mettre en place un dispositif permanent d’encadrement du Bureau National du PECI.
Un encadreur disposant d’une expérience dans l’accompagnement des enfants et la coordination d’activités pourrait assurer le suivi administratif et organisationnel de la structure.
Le recrutement d’un ancien membre expérimenté du Bureau national pourrait également être étudié, dans le respect des procédures administratives et des textes qui régissent l’organisation.
Son rôle pourrait notamment consister à accompagner les jeunes parlementaires, coordonner les activités, assurer le lien avec les sections régionales, préparer les programmes annuels et contribuer à la visibilité du PECI.
Une interpellation pour l’avenir
Le Parlement des Enfants ne devrait pas être uniquement une structure qui apparaît à l’occasion de quelques cérémonies officielles.
Il devrait pouvoir fonctionner comme un véritable espace d’apprentissage de la citoyenneté et de participation des enfants.
À l’heure où la Côte d’Ivoire cherche à consolider la cohésion sociale, le vivre-ensemble et la culture citoyenne, la formation des générations futures constitue un enjeu majeur.
Il appartient donc au ministère de tutelle d’examiner les conditions d’une véritable relance du PECI.
Redonner vie au Parlement des Enfants, ce n’est pas seulement réactiver une structure administrative. C’est permettre à une génération d’enfants d’apprendre à prendre la parole, à écouter, à dialoguer et à participer à la construction de la société.
La voix des enfants mérite d’être entendue. Encore faut-il leur offrir un cadre institutionnel vivant, structuré et durable pour pouvoir la faire entendre.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
