La Chine et la Turquie renforcent progressivement leur présence sur le continent africain.
Derrière cette offensive économique se dessinent des intérêts stratégiques qui interrogent sur la place que les pays africains entendent occuper dans cette nouvelle compétition mondiale.
L’Afrique attire de plus en plus les grandes puissances économiques. Après plusieurs décennies de présence dominante des partenaires européens et américains dans de nombreux secteurs, de nouveaux acteurs ont progressivement pris une place importante dans les économies africaines. Parmi eux, la Chine et la Turquie occupent désormais une position particulièrement visible.
Dans plusieurs pays africains, les entreprises chinoises et turques interviennent dans les infrastructures, le BTP, les transports, l’industrie, l’énergie, le commerce et d’autres secteurs économiques. Cette présence est souvent accompagnée d’une diplomatie économique active, portée par ces gouvernements.
Une Afrique riche en opportunités
Qu’est-ce qui explique cet intérêt croissant pour le continent africain ?
L’Afrique dispose d’importantes ressources naturelles, d’une population jeune, d’un marché de consommation en développement et de besoins considérables en infrastructures. Autant d’éléments qui constituent des opportunités pour les investisseurs étrangers.
La Chine a, au cours des dernières décennies, considérablement développé ses échanges avec les pays africains.
La multiplication des projets d’infrastructures, des investissements et des mécanismes de coopération témoigne de cette volonté de renforcer les relations économiques avec le continent.
La construction du siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, réalisée avec le soutien de la Chine, demeure l’un des symboles les plus visibles de cette coopération.
La Turquie n’est pas en reste. Ankara a progressivement renforcé ses relations diplomatiques et commerciales avec de nombreux pays africains. Les entreprises turques sont aujourd’hui présentes dans plusieurs secteurs et bénéficient d’une diplomatie économique qui s’appuie notamment sur les visites officielles, les forums d’affaires et les accords de coopération.
Quand la diplomatie accompagne le business
La particularité de ces deux puissances réside également dans le lien étroit entre diplomatie et intérêts économiques.
Les déplacements de hauts responsables chinois et turcs en Afrique sont régulièrement accompagnés de rencontres avec des dirigeants politiques, des opérateurs économiques et des investisseurs. Ces rendez-vous permettent de discuter de projets d’infrastructures, d’accords commerciaux, d’investissements et de coopération.
Cette stratégie donne aux entreprises chinoises et turques une visibilité importante sur les marchés africains.
La multiplication des forums économiques et des rencontres d’affaires contribue également à rapprocher les entrepreneurs africains de leurs homologues chinois et turcs.
Une influence qui dépasse l’économie
La présence chinoise et turque en Afrique ne se limite cependant pas au commerce.
Elle s’étend également à l’éducation, à la culture et à la formation. L’apprentissage du chinois s’est développé dans plusieurs pays africains. Des étudiants africains bénéficient également de programmes de bourses pour poursuivre leurs études en Chine.
La Turquie développe, elle aussi, des programmes de coopération universitaire et culturelle avec plusieurs pays du continent.
Cette dimension éducative et culturelle permet de construire des relations qui peuvent s’inscrire dans la durée et contribuer à renforcer la connaissance mutuelle entre les sociétés.
Des interrogations sur les retombées pour les populations locales
Cette présence étrangère croissante soulève toutefois des interrogations légitimes dans certains pays.
Lorsque des entreprises étrangères occupent une place importante dans des secteurs stratégiques, la question des retombées pour les économies locales devient essentielle. Quelle place est accordée aux entreprises africaines ? Combien d’emplois durables sont créés pour les populations locales ? Quel transfert de compétences est assuré ? Quelle part de la valeur créée reste dans les économies africaines ?
Des critiques ont également été formulées, selon les pays et les entreprises concernées, au sujet des conditions de travail de certains employés africains.
Ces préoccupations doivent être examinées au regard des législations nationales et des normes internationales du travail, sans pour autant généraliser à l’ensemble des entreprises chinoises ou turques.
L’Afrique doit-elle simplement être un marché ?
C’est probablement l’une des principales questions que pose cette nouvelle compétition économique.
L’Afrique ne peut pas uniquement être considérée comme un vaste marché destiné à accueillir les produits et les capitaux étrangers.
Les investissements internationaux peuvent contribuer au développement du continent, mais leur impact dépend aussi des conditions négociées par les États africains.
La diversification des partenaires économiques peut offrir aux pays africains de nouvelles possibilités de financement, d’investissement, de transfert de technologies et de développement des infrastructures.
Mais les gouvernements africains doivent également veiller à défendre leurs intérêts économiques, à renforcer les entreprises locales, à favoriser le transfert de compétences et à garantir des conditions de travail conformes aux normes en vigueur.
Une nouvelle bataille économique autour de l’Afrique
La montée en puissance de la Chine et de la Turquie illustre finalement une transformation du paysage économique et diplomatique africain.
L’époque où les relations économiques du continent étaient principalement structurées autour d’un nombre limité de partenaires semble laisser progressivement place à un environnement plus concurrentiel, dans lequel plusieurs puissances cherchent à développer leur influence et leurs échanges avec les États africains.
Pour l’Afrique, l’enjeu n’est donc pas nécessairement de choisir entre la Chine, la Turquie ou d’autres partenaires internationaux.
Il consiste surtout à faire de cette concurrence un levier au service de ses propres intérêts.
L’Afrique possède les ressources, les marchés et le potentiel humain.
Reste désormais aux États africains à négocier des partenariats capables de transformer cette attractivité internationale en véritable valeur ajoutée pour leurs économies et leurs populations.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
