Depuis l’indépendance des États africains et leur adhésion aux organisations continentales et internationales, la question des cotisations demeure un défi majeur.
Pour plusieurs pays membres, honorer régulièrement leurs contributions annuelles n’a jamais été chose aisée.
Ces difficultés financières fragilisent leur leadership politique et affectent parfois leur souveraineté nationale au sein de ces Institutions, où la capacité contributive conditionne souvent l’influence et le poids décisionnel.
Dans l’espace francophone, et plus particulièrement au sein de la CEDEAO, la Côte d’Ivoire a longtemps été considérée comme un bon élève.
Le père de la Côte d’Ivoire moderne, Félix Houphouët-Boigny, grâce à son leadership politique, s’acquittait non seulement des cotisations de son pays, mais également de celles de certains États voisins.
Cette marque de solidarité et d’humanisme n’était cependant pas dénuée d’arrière-pensées stratégiques. En contrepartie, le président Houphouët-Boigny exerçait une influence notable sur ses homologues, ce qui lui permettait de contenir ou de prévenir certaines actions susceptibles de nuire à la sécurité de la Côte d’Ivoire ou de fragiliser son régime. L’histoire montre, en effet, que les rébellions et les tentatives de déstabilisation trouvent souvent leur origine à l’extérieur des frontières nationales, notamment dans les pays voisins.
Les successeurs du président Houphouët-Boigny ont, dans une certaine mesure, perpétué cette pratique. L’ancien Président Laurent Gbagbo déclarait d’ailleurs que « la Présidence de la République ivoirienne est la caisse de solidarité sociale de l’Afrique de l’Ouest ». Au-delà du paiement des cotisations, le Président Houphouët-Boigny allait jusqu’à contribuer, à certaines périodes, au versement des salaires de fonctionnaires de pays voisins.
Lors de la création de l’Union Africaine, le guide libyen a également honoré les dettes de plusieurs États membres afin de leur permettre d’intégrer cette nouvelle Organisation continentale, pour un montant estimé à plusieurs milliards de francs CFA.
La souveraineté nationale a, de toute évidence, un prix.
L’actuel siège de l’Union Africaine, construit par la Chine, n’est pas anodin.
Il illustre la montée en puissance et la forte présence chinoise sur le continent africain depuis plusieurs années.
Au-delà de cette présence visible, parfois jugée encombrante, les entreprises chinoises sont régulièrement critiquées pour le traitement réservé à la main-d’œuvre locale lors de la réalisation des infrastructures qu’elles financent.
En effet, lorsqu’une aide ou une subvention est accordée par la Chine, celle-ci est généralement assortie de la recommandation, voire de l’imposition, d’une entreprise chinoise pour l’exécution du projet.
Or, l’expertise déployée laisse parfois à désirer, de nombreuses infrastructures réalisées sur le continent nécessitant des réhabilitations précoces. Comme le dit l’adage, « la main qui donne impose souvent des conditions difficiles à refuser », celle qui reçoit se retrouve presque toujours en position de faiblesse.
Pour la mise en œuvre de ses politiques, l’Union Africaine peine à mobiliser des ressources financières suffisantes. C’est dans ce contexte qu’elle bénéficie de subventions de l’Union Européenne. Cette dépendance financière explique parfois l’incompréhension des populations face aux positions politiques adoptées par les chefs d’État africains réunis lors des sommets de l’Union Africaine.
En réalité, l’argent impose le respect.
Les discours sur la souveraineté, le leadership ou l’indépendance politique restent souvent sans effet concret pour les populations, car, comme le rappelle un proverbe bien connu, « ventre affamé n’a point d’oreilles ».
Il apparaît donc souhaitable, voire indispensable, de repenser les mécanismes de financement des Institutions internationales. Cela permettrait aux pays en difficulté d’honorer leurs cotisations, de retrouver leur fierté nationale lors des votes et des prises de décisions majeures, et surtout de mieux défendre les intérêts de leurs citoyens face aux enjeux mondiaux.
Une bonne gouvernance, une pratique démocratique saine et l’alternance politique constituent des leviers essentiels pour parvenir à un développement durable, capable de générer les ressources nécessaires à l’autonomie financière des États.
Face au véritable « ramadan financier » que traversent de nombreux pays, il est impératif que ceux-ci mettent tout en œuvre pour favoriser une réelle création de richesses, condition indispensable à une souveraineté effective, assumée et contributive au financement des Institutions africaines et internationales.
Par Adou Évariste, Journaliste et Analyste politique
