L’arrestation suivie de l’inculpation de Katinan Koné indique clairement que tous les dirigeants de l’opposition ivoirienne sont des prisonniers en sursis.
D’abord poursuivi sur plainte du Rassemblement pour la démocratie et la paix (Rhdp) pour diffamation, publication d’informations fausses et injures publiques, le Procureur de la République a abandonné ces charges pour de nouveaux chefs d’accusation liés aux mouvements de contestation du 4e mandat d’Alassane Ouattara, lors de la présidentielle d’octobre 2025.
Justin Koné Katinan, vice-président du PPA-CI de Laurent Gbagbo et ex-ministre, est visé par au moins neuf chefs d’accusation, dont « _actes terroristes_ », « _attentat contre l’autorité de l’Etat_ » et « _participation à un mouvement insurrectionnel »._
Son avocate, Me Roselyne Serikpa, dénonce une poursuite « _irrégulière et illégale_ », en totale violation du Code pénal.
Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-ci) parle d’un « traquenard judiciaire_ » et d’une « dérive grave qui vise à criminaliser toute parole politique de l’opposition » .
Mais l’affaire Katinan n’est que la pointe visible d’un système de répression méthodique. En novembre 2025, Soumaïla Bredoumy, porte-parole du PDCI et député, a été écroué sous 18 chefs d’inculpation, dont « actes terroristes » et « assassinat » .
L’ancien ministre de la Défense Lida Kouassi et un ambassadeur à la retraite figurent parmi les onze cadres de l’opposition inculpés pour complot contre l’État.
Il n’est guère besoin de sortir des cuisses de Jupiter pour constater qu’aujourd’hui, ces chefs d’accusation sont devenus un générique qui peut être déployé pour frapper tout opposant politique à tout moment. On a appris qu’en même temps que Katinan Koné, les policiers avaient reçu également mandat de mettre le grappin sur Laurent Gbagbo lui-même. À la porte de sa résidence, pour une raison qu’on ignore, ils n’ont plus exécuté l’ordre.
Le verrouillage de l’expression politique est d’abord électoral. En septembre 2025, le Conseil constitutionnel a définitivement exclu Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, les deux principales figures de l’opposition, privant le scrutin de toute compétition réelle. Alassane Ouattara a ainsi été réélu avec 89,77 % des voix, dans un scrutin boudé par la moitié des électeurs.
Quand l’épée de Damoclès frappe en dehors de toute compétition électorale comme il l’a fait avec Koné Katinan, c’est une sorte de crash-test pour éprouver la résistance de l’opposition en vue des joutes à venir et les grands enjeux politiques subséquents.
La répression ne s’arrête pas aux cadres. Amnesty International documente l’arrestation de 1.658 personnes lors des manifestations d’octobre 2025, dont des femmes enceintes détenues sans fondement. Plus de 80 personnes ont été condamnées à trois ans d’emprisonnement, souvent sans avocat.
Les autorités ont interdit toute manifestation, érigeant l’interdiction en norme.
Ce qui se joue en ce moment en Côte d’Ivoire dépasse le sort d’un homme. C’est la criminalisation de toute opposition politique, l’enterrement de l’alternance démocratique et la transformation d’un État de droit en instrument de conservation du pouvoir.
La communauté internationale doit mesurer l’urgence : sans pression ferme, la dérive autoritaire ivoirienne menace durablement la stabilité de toute l’Afrique de l’Ouest.
Théodore Sinzé
