Considérée comme le premier lieu de culte musulman érigé à Bondoukou, la mosquée de 1616 n’est plus qu’un minaret de banco. Mais ce vestige, au cœur du quartier KoKo, reste le symbole le plus puissant de l’implantation ancienne de l’Islam dans tout le Zanzan.
Bpndoukou, 15 Août 2026 – Il ne paye pas de mine. Un cône de terre ocre, érodé par 409 saisons des pluies, dressé entre deux maisons aux façades délavées. Et pourtant, c’est ici que tout a commencé.
Au quartier KoKo, cœur historique de Bondoukou, se dresse le pilier central de la toute première mosquée de la ville, datant de l’an 1616. Un monument simple, mais classé par le Ministère de la Culture comme un site touristique majeur de la région du Gontougo, qui attire chercheurs et étudiants en architecture.
La ville où Samory a découvert l’Islam
Bondoukou n’est pas une ville musulmane comme les autres. Surnommée « la ville aux mille mosquées », elle est la seule localité où Samory Touré, dans sa conquête des territoires animistes, a découvert une religion musulmane déjà fortement implantée.
Cette implantation précoce, dès le début du XVIIe siècle, est l’œuvre des Dioula, ces grands commerçants-clercs venus du Mandé. Ils font alors de Bondoukou, carrefour de la kola et de l’or, un foyer d’érudition islamique. La mosquée de 1616 en est l’acte de naissance.
Construite en style soudano-sahélien – banco, bois de rônier et torons – à l’image des grandes mosquées de Djenné ou de Kong, elle a été le centre spirituel, intellectuel et social de la cité pendant plus de deux siècles, avant la construction des autres grandes mosquées dont celle de Sorobango au XVIIIe siècle.
Il ne reste qu’un pilier, mais toute une mémoire
Du bâtiment originel, il ne reste plus que le mihrab-minaret. Une tour pyramidale massive, témoin silencieux. Une plaque y est désormais accrochée pour les visiteurs : « 1ère Mosquée de Bondoukou – Bâtie en 1616 ».
Pour les Koulango, les Bron et les Dioula qui font Bondoukou, ce n’est pas une ruine. C’est la preuve que le vivre-ensemble religieux ivoirien plonge ses racines à plus de quatre siècles. L’histoire de la création de la ville elle-même remonterait à 1043, la mosquée de 1616 en est donc le repère islamique le plus ancien.
Un cri pour la sauvegarde
Aujourd’hui, le monument est fragile. Rongé par les intempéries, il tient par la foi de ceux qui le protègent. A l’heure où le Conseil Régional du Gontougo recense ses monuments historiques, des résidences de Binger (1888) aux mosquées anciennes, la question de sa réhabilitation et de sa protection au patrimoine mondial de l’UNESCO se pose avec urgence.
Sauver la mosquée de 1616, ce n’est pas sauver une mosquée. C’est sauver l’âme de Bondoukou.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
