Sans surprise, Alassane Ouattara se lance dans la course à la présidence de la République de Côte d’Ivoire pour, tenez-vous bien, un 4e mandat sans discontinuer. Ce qui est contraire à l’essence des Constitutions successives ivoiriennes. Ces lignes ne visent aucunement à dire si la décision du président ivoirien entre ou pas dans la circulation juridique. Nous ne nous connaissons pas des qualités de juriste pour nous hasarder sur un terrain qui n’est pas notre milieu naturel. Ayant été bercé par des théories logarithmiques, notre véritable milieu naturel, raisonnons par l’absurde. Et admettons comme hypothèse de départ que Alassane Ouattara ne saurait rempiler pour un quatrième mandat. Pour ce faire, remontons l’histoire récente de la Côte d’Ivoire pour trouver le fameux « appel de Daoukro », en 2014, en vue d’une candidature unique de Ouattara à l’élection présidentielle de 2015. L’idylle entre Ouattara et l’ancien président du PDCI-RDA, Aimé Henri Konan Bédié, décédé brutalement le 1er Août 2023, autour de l’alternance au pouvoir en 2020, a conduit Bédié, à risquer un changement de Constitution, pourvu le verrou de 75 ans saute dans la Constitution . L’alerte de certains députés PDCI qui ont proposé à leur chef une modification constitutionnelle autour du défunt article 35, accusé par ses détracteurs, y compris Ouattara, de stratifier les citoyens en plusieurs couches, les Ivoiriens de souche multiséculaire et les Ivoiriens de seconde zone (les expressions ne sont pas de nous). Henri Konan Bédié a fait fi de l’alerte de ces députés Pdci qui soupçonnaient déjà Ouattara de faire le lit à une éternisation au pouvoir en faisant un changement de Constitution. Obnubilé par son propre retour au pouvoir, après en être chassé par des militaires le 24 décembre 1999, l’ex-bouddha de Daoukro a ordonné aux députés PDCI de voter le texte qui sera par la suite soumis au référendum. Ouattara qui a bien préparé son coup s’est démené pour imposer des bulletins multiples au lieu et place du bulletin unique dans le code électoral. La suite, on la connait. Le « oui » l’a emporté au référendum constitutionnel, visiblement au moyen d’un bourrage des urnes. Henri Konan Bédié qui a flairé sur le tard la manipulation de son allié s’est retiré de la coalition RHDP, version 18 Mai 2005, à Paris. On peut aujourd’hui vitrifier Ouattara pour cause de 4e mandat. Mais on ferait preuve de mauvaise foi au carré si on n’accuse pas Henri Konan Bédié, à titre posthume d’avoir prêté le flanc à ce qui se joue en ce moment sur les bords de la lagune Ebrié. Autrement dit la courte vue de Bédié et du PDCI apporte de l’eau au moulin des partisans de Ouattara qui n’ont pas la fine bouche pour revendiquer un deuxième mandat de la 3e République. Pour notre part, nous pensons que l’opposition ivoirienne doit recentrer son combat sur l’élimination arbitraire de ses leaders dans cette course. Cela est d’autant plus vrai que l’actuel président ivoirien est le prototype même de l’arrangement politique. Il a fallu papillonner de capitale en capitale pour trouver une issue à ses ennuis judiciaires qui l’empêchaient d’être candidat à une élection présidentielle. On est en droit d’attendre de lui, le même sacrifice que d’autres ont consenti à son égard.
Tché Bi Tché
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