Le Sénégal est aujourd’hui l’un des principaux pays leaders de l’UEMOA, derrière la Côte d’Ivoire. Depuis quelques semaines, le gouvernement sénégalais a conclu un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du règlement de la dette du pays, estimée à plus de 42 milliards de dollars.
Cet accord place le Sénégal sous un programme d’ajustement structurel (PAS), impliquant notamment un suivi régulier de la situation économique et financière du pays par les experts du FMI.
Ces derniers devraient procéder périodiquement à des évaluations afin de vérifier la mise en œuvre des réformes et le respect des engagements pris par les autorités sénégalaises.
Cette nouvelle situation pourrait mettre le gouvernement et l’actuel président de la République face à d’importants défis. En effet, le chef de l’État a présenté aux Sénégalais, lors de la campagne présidentielle, un projet de société ambitieux destiné à transformer en profondeur l’économie et les conditions de vie des populations. Or, la mise en œuvre de certaines mesures d’ajustement pourrait limiter les marges de manœuvre budgétaires nécessaires à la réalisation de ces engagements.
Le peuple sénégalais, réputé particulièrement exigeant, jugera avant tout les dirigeants sur les résultats obtenus.
La question est donc de savoir comment concilier les exigences du FMI et celles des autres bailleurs de fonds avec les ambitions de développement affichées par les autorités sénégalaises.
Dans ce contexte, le FMI, les partenaires financiers du Sénégal ainsi que les différents créanciers du pays gagneraient à envisager des mécanismes permettant d’alléger, de rééchelonner ou, lorsque cela est possible, de réduire une partie de la dette sénégalaise.
L’objectif ne devrait pas être de fragiliser davantage une économie déjà confrontée à de nombreux défis, mais plutôt de créer les conditions nécessaires à une croissance durable et inclusive. Certaines mesures d’ajustement, lorsqu’elles entraînent une réduction trop importante des investissements publics ou des dépenses essentielles, peuvent ralentir le développement et affecter directement les populations.
Le programme « Sénégal 2050 », qui constitue une vision à long terme du développement du pays, pourrait ainsi connaître des retards dans sa mise en œuvre si les contraintes budgétaires deviennent trop importantes. Plusieurs secteurs essentiels au bien-être des populations pourraient en subir les conséquences.
Il apparaît donc nécessaire de trouver un équilibre entre les exigences de bonne gouvernance, la gestion rationnelle des finances publiques et la nécessité de poursuivre les investissements indispensables au développement économique et social.
Les programmes d’ajustement structurel ne devraient pas être conçus comme de simples mécanismes de redressement financier. Ils doivent également tenir compte des réalités économiques et sociales propres aux pays concernés et préserver leurs capacités à investir dans leur avenir.
Il faut surtout éviter de fragiliser davantage les économies africaines, souvent confrontées à des contraintes structurelles importantes. Le FMI et l’ensemble des partenaires financiers internationaux devraient accompagner les pays africains dans leur développement plutôt que de contribuer, directement ou indirectement, à limiter leurs capacités d’action.
Le Sénégal se trouve ainsi à la croisée des chemins, respecter ses engagements financiers internationaux tout en poursuivant les ambitions de transformation économique et sociale portées par le projet « Sénégal 2050 ».
La réussite de ce défi dépendra de la capacité des autorités sénégalaises et de leurs partenaires à trouver un compromis entre discipline financière, souveraineté économique et développement durable.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
