Malgré une répression sans précédent, l’orpaillage illégal continue de prospérer en Côte d’Ivoire, révélant les limites d’une approche uniquement sécuritaire face à un phénomène aux ramifications économiques, sociales et environnementales.
Les autorités ivoiriennes ont démantelé depuis 2021, plus de 8 500 sites clandestins et déféré 4 474 individus, dont 65 % d’étrangers. Les saisies s’élèvent à plus de 960 millions de FCFA et environ 136 kg d’or. Pourtant, le Conseil national de sécurité constate la « _persistance, voire l’extension_ » de l’activité, un paradoxe qui interroge sur l’efficacité réelle de la stratégie actuelle.
*Des intérêts financiers colossaux*
Le phénomène dépasse largement le cadre des simples chercheurs d’or. Selon l’ONG SWISSAID (organisation suisse de coopération au développement) la production artisanale non déclarée en Côte d’Ivoire est estimée entre 30 et 40 tonnes par an, principalement exportée clandestinement via le Burkina Faso et le Mali. Avec un cours de l’or avoisinant les 4 370 dollars l’once, ces volumes représenteraient théoriquement entre 4,2 et 5,6 milliards de dollars (environ 2.520 milliards FCFA et 3.360 milliards FCFA) de métal précieux. Une étude menée entre 2022 et 2025 dans la région de la Nawa révèle que les gains sont captés par un petit nombre : propriétaires de machines, responsables de sites et financiers, tandis que les travailleurs restent dans une précarité chronique.
*Un cadre juridique renforcé mais contourné*
Face à l’ampleur du phénomène, la Côte d’Ivoire a modifié son code minier en mars 2022. L’ordonnance n°2022-239 durcit considérablement les sanctions : les peines d’emprisonnement vont désormais de 2 à 5 ans, avec des amendes de 50 à 100 millions de FCFA. La confiscation des matériels peut être prononcée « _en l’absence de toute poursuite, sur réquisition du ministère public_ », et la transaction est désormais exclue pour l’orpaillage illégal. Le Groupement Spécial de Lutte contre l’Orpaillage Illégal (GSLOI) a été créé pour coordonner les opérations, avec un Procureur de la République compétent sur tout le territoire national . Pourtant, l’orpaillage illégal continue de s’étendre.
*Des complicités locales et une dimension régionale*
La persistance du phénomène s’explique par un système de complicités bien ancré. Des responsables coutumiers, des élus locaux et même des agents des forces de l’ordre sont accusés de faciliter l’activité contre rémunération. Des témoignages rapportent des contrôles où des arrangements financiers permettent aux exploitants de poursuivre leur activité. L’or ivoirien franchit les frontières, se mêle à la production des pays voisins et alimente des circuits régionaux, parfois terroristes, avant de rejoindre des places financières comme Dubaï.
*Des conséquences désastreuses*
L’orpaillage illégal est un désastre écologique et social. L’utilisation massive de mercure et de cyanure empoisonne les sols et les cours d’eau, menaçant l’agriculture, pilier de l’économie ivoirienne . Les sites sont des lieux de promiscuité, de violence et d’exploitation sexuelle, où des enfants sont parfois mis à contribution dès l’âge de six ans .
Face à ce constat, la solution ne peut être uniquement répressive. Un partenariat lancé en 2025 avec la Banque mondiale et le World Gold Council vise à créer des chaînes d’approvisionnement légales et traçables. L’avenir de la lutte dépendra de la capacité de la Côte d’Ivoire à conjuguer répression, dialogue avec les communautés locales et coopération régionale pour endiguer ce fléau aux dimensions transnationales.
TS
