Selon le compatriote qui me parla de lui en mars 2026, Bertin Bénié rentra à Abidjan après l’obtention de son doctorat en photogrammétrie et télédétection.
D’abord, il eut du mal à entrer aux Grands travaux dirigés à l’époque par Antoine Cesareo. Ensuite, on lui proposa comme salaire mensuel 80.000 F CFA. Que peut-on faire ou bien comment vivre avec un tel salaire ? Bertin comprit vite qu’il ne s’en sortirait pas s’il restait en Côte d’Ivoire. Alors, il décida de retourner au Canada. La mort dans l’âme, certainement.
Combien de chercheurs, d’ingénieurs, de médecins et d’universitaires africains vivent aujourd’hui à l’étranger faute de conditions favorables pour travailler dans leur pays d’origine ? Combien d’entre eux auraient souhaité transmettre leur savoir et leur expérience à leur nation si celle-ci leur avait offert les moyens de le faire ?
Loin de constituer un simple problème individuel, la fuite des cerveaux est devenue l’un des défis majeurs du développement africain. Lorsqu’un pays investit dans l’éducation de ses enfants mais ne parvient pas à créer les conditions nécessaires à leur retour, il perd une partie précieuse de son capital humain. À l’inverse, les nations qui réussissent à attirer et à retenir leurs meilleurs talents se donnent les moyens d’innover, de progresser et de préparer l’avenir.
Le décès de Bertin Bénié laisse un sentiment de tristesse et d’inachevé.
Notre frère est parti discrètement, comme vivent souvent les grands savants. Mais son histoire mérite d’être racontée. Elle rappelle que l’excellence africaine existe, qu’elle est reconnue à travers le monde et qu’elle ne demande qu’à être davantage valorisée sur son propre continent.
Peut-être le plus bel hommage que nous puissions rendre à Gozé Bertin Bénié consiste-t-il à tirer les leçons de son parcours: croire davantage dans les capacités des Africains et créer les conditions permettant à nos meilleurs talents de contribuer au développement de leur pays. Car une nation qui ignore ses élites finit toujours par s’appauvrir, tandis qu’une nation qui les valorise construit les fondations de son avenir.
Jean-Claude Djéréké
