Alors que les familles de Koumassi-Campement dorment encore dans la boue sous la pluie, un opérateur privé vient d’annoncer fièrement qu’il est le propriétaire légal de ces 34 hectares dont les 10 d’où nos parents ont été chassés.
Selon la Municipalité, les bulldozers ont agi pour exécuter une décision de justice privée
Ce dénouement scandaleux soulève des questions et des anomalies fondamentales :
Le conflit d’intérêts flagrant
L’opérateur affirme avoir acquis cette immense parcelle à l’époque où il était lui-même Adjoint au Maire, chargé du domaine et «à ce titre» (c’est sa propre déclaration).
Est-ce normal au regard de la loi ?
N’y a-t-il pas ici un délit d’initié flagrant et un conflit d’intérêts majeur ? Peut-on être le gardien des terres d’une commune et en devenir le premier propriétaire privé ?
La responsabilité de l’administration
Si ce terrain appartenait à un particulier, pourquoi les attestations villageoises ou de concession ont-elles été régulièrement signées et validées par l’autorité municipale (le Maire) au fil des ans ?
L’incohérence fiscale
Pourquoi les services fiscaux et municipaux ont-ils continué, pendant des décennies, à prélever les impôts et les taxes sur ces habitations ?
L’État et la Mairie ne peuvent pas encaisser l’argent de pauvres citoyens pour légitimer leur présence, puis envoyer des bulldozers en disant qu’ils sont des occupants illégaux.
L’anomalie du calendrier
Comment une décision de justice privée peut-elle être exécutée avec la force publique en pleine saison des pluies et en pleine période d’examens scolaires ?
Où est passée l’autorité de l’État pour protéger les plus vulnérables contre l’urgence d’un seul particulier ?
Le symbole politique du cadre coupé au montage
Regardez attentivement les détails de cette déclaration médiatique. En arrière-plan de la vidéo originale, trône fièrement les portraits officiels des autorités. Quel symbole saisissant et contradictoire !
Cet opérateur s’entoure des emblèmes de la République pour s’offrir une légitimité, pendant que les bulldozers détruisent la vie des pauvres citoyens.
Ce positionnement visuel trahit un piège de complicité administrative évident.
Voir le visage des autorités derrière un homme qui revendique la destruction de 10 hectares de logements populaires (40 000 citoyens) en pleine tempête est politiquement désastreux.
On comprend mieux pourquoi certains s’empressent aujourd’hui de recadrer l’image et de couper ce portrait au montage pour étouffer le scandale.
La Mairie décline toute responsabilité.
Mais qui a signé les autorisations de démolition ? L’État ne peut pas prêter ses bulldozers pour détruire des vies, prêter sa force publique pour des intérêts privés, et se laver les mains ensuite. On ne protège pas les citoyens en détruisant leur dignité sur l’autel d’intérêts financiers. La force publique doit servir le bien commun, pas la brutalité sociale.
Nous demandons la suspension immédiate des démolitions et une enquête indépendante transparente sur les conditions d’acquisition de ce domaine de 34 hectares.
Konan Kouadio Siméon (KKS)
Président d’Initiatives Pour La Paix
