Tanda, 25 juillet 2026. Il est 8 heures. Et Tanda refuse déjà de contenir sa joie.
Depuis la petite route qui mène à l’église, on l’entend avant de la voir. Le roulement sourd des tambours Attoumgblan, les chants en koulango et en Bron qui s’entrechoquent, les fanfares qui peinent à se frayer un chemin dans une foule compacte, bariolée de pagnes à l’effigie d’une petite sainte au visage d’enfant : Thérèse.
Ce samedi, Tanda ne célèbre pas une simple messe. Tanda célèbre sa propre histoire. 90 ans. Le jubilé de granit de la Paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. La première. La matrice de tout le Diocèse de Bondoukou.
10H : L’heure des patriarches
Sous la grande bâche, l’air est brûlant et électrique. Quand la procession d’entrée s’ébranle, un frisson parcourt l’assemblée. En tête, deux hommes en blanc et violet. Deux évêques. Monseigneur Bruno Essoh Yedoh, le pasteur de Bondoukou, préside. Mais à ses côtés, c’est tout Tanda qui voit son fils revenir : Monseigneur Alain Clément Amiézi, Évêque d’Odienné. L’enfant du village, devenu prince de l’Église, est de retour à la maison. L’homélie est un voyage dans le temps.
« Ici, tout a commencé », martèle l’Évêque de Bondoukou.
Nous sommes en 1935. La Haute-Volta n’est pas loin, la colonie est encore jeune. Un missionnaire à la barbe rousse, le Père Jean Jacoby, de la Société des Missions Africaines (SMA), s’arrête à Tanda. Il n’a qu’une croix en bois et une foi à déplacer les montagnes. Il plante cette croix dans la terre latéritique. Ce geste simple ouvre la porte de l’évangélisation pour tout le Nord-Est ivoirien. De cette croix naîtra Bondoukou.
Dans les bancs, on se serre. Les vieilles mamans, chapelet à la main, hochent la tête. Elles ont connu les chapelles en banco.
Et la moisson a été abondante. Tanda n’est pas une paroisse comme les autres, c’est une terre qui donne des prêtres.
Au premier rang, la preuve vivante. Il y a lui : Monseigneur Benoît Kouassi Kouman. Le patriarche. Le premier de tous. 49 ans de sacerdoce. Doyen du clergé, distingué par le Pape François lui-même comme Chapelain de Sa Sainteté. Il est là, frêle mais le regard vif, saluant de la main les fidèles qui l’ovationnent debout. À côté de lui, son héritier spirituel, Mgr Amiézi. Le passé et le présent de l’Église du Gontougo, côte à côte. L’instant politique et le cœur qui parle. Le sacré cède un instant au solennel. Le protocole annonce le représentant du Haut Patron.
Le Vénérable Sénateur Kossonou Kouassi Ignace s’avance, porteur du message du Ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani, Conseiller spécial à la Présidence, Président du Conseil Régional du Gontougo.
Il ne vient pas les mains vides. L’annonce tombe, claire, sonore dans les haut-parleurs : Plus de 3 millions de Francs CFA en espèces et 200 chaises neuves pour soutenir la paroisse jubilante.
L’applaudimètre explose. C’est le Président du Conseil paroissial, Taki Baye, la voix nouée par l’émotion, qui bégaye un merci au nom de tous.
Sur le parvis, tout le Tanda officiel est là, en communion. Le Préfet Coulibaly Yaya, garant de l’État, l’Honorable Député Kouanda Inoussou, le Vénérable Sénateur Yao Kouman Moïse, le Maire Koné Amadou. Le Gontougo politique et administratif au pied de la croix de 1935. 15 heures. La messe est finie depuis longtemps. Mais personne ne veut partir. Les groupes de prière posent devant l’autel. Les jeunes rejouent la scène de l’arrivée du Père Jacoby. Les anciens, à l’ombre d’un manguier, racontent encore.
90 ans après, la petite croix en bois est devenue une cathédrale de foi. Et Tanda, la mère, se tient toujours debout.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
