jeudi, août 13

Érigée depuis le 15 janvier 1997 et toujours logée dans un domicile privé inadapté, la sous-préfecture de Tabagne est en passe de connaître sa mue. Sous l’impulsion d’un fils du village, Yeboua KouaKou Kouman Benoît dit Blé Goude, la mobilisation est générale pour bâtir de ses propres mains la sous-préfecture et la résidence du sous-préfet.

 

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TABAGNE – C’est une histoire qui a valeur de symbole. Celle d’une communauté qui refuse d’attendre et qui décide d’être actrice de son développement. À Tabagne, l’Etat sera construit par les citoyens eux-mêmes.

 

Comme bon nombre de circonscriptions administratives créées en Côte d’Ivoire le 15 janvier 1997, la sous-préfecture de Tabagne, aujourd’hui dirigée par M. Sanogo Daouda, n’a jamais disposé de locaux dignes de ce nom. Depuis près de trois décennies, l’administration est hébergée dans une maison privée, louée à cet effet, sans répondre aux exigences d’une administration moderne.

 

Un tableau qui a inspiré l’un des fils du village. Candidat indépendant lors des dernières élections législatives, Yeboua KouaKou Kouman Benoît, alias Blé Goude, avait fait de la construction de la nouvelle sous-préfecture son cheval de bataille. Une promesse de campagne qu’il a décidé de tenir, victoire ou non dans les urnes.

« Pendant la campagne législative, c’est là que j’ai lancé mon projet. J’ai demandé au chef du village et à sa notabilité de nous donner un espace. L’espace-là, c’était déjà prévu. C’est feu le ministre Alphonse Yao Kouman, dans le lotissement du village, qui avait prévu une réserve administrative. Il l’a prévue sur au moins neuf hectares. Quand j’ai soulevé ce problème, le chef du village nous a indiqué là-bas pour dire que c’est là-bas qu’on doit construire la sous-préfecture », raconte l’initiateur.

Avec la bénédiction du Prince de Tabagne, Nanan Kossonou Kouadio, et de la chefferie traditionnelle, l’appel est lancé. Et la mayonnaise prend.

 

Une chaîne de solidarité

 

Loin d’être un slogan, la mobilisation se chiffre. En tant qu’initiateur, Blé Goude ouvre le bal avec 10 tonnes de ciment. Son exemple fait école chez les élus et cadres de la région.

 

L’honorable Moussa Diabaté répond avec 10 voyages de sable et 4 tonnes de ciment. L’honorable Sawrou Oscar apporte une contribution financière de 500 000 F CFA. Les honorables Abou Ficher et Ismaël Coulibaly offrent chacun 2 tonnes de ciment.

 

Mais le plus remarquable reste la participation des populations. Quartier par quartier, les habitants cotisent. 1 000 francs, 5 000 francs, 10 000 francs selon les moyens. La collecte, organisée au sein même du village, est confiée à Fidji Ibrahim, président de la jeunesse de Tabagne.

« En tout cas, les gens sont motivés. Le ciment et le sable reçus ont permis de faire des briques. Avec 8 tonnes de ciment, c’est ce qu’on a déjà coupé. Maintenant, on voulait faire les fondations. Même, on a eu des personnes qui disent qu’elles vont construire toute la sous-préfecture, y compris les bureaux. Il y a des gens qui sont motivés, qui sont prêts pour ça », se réjouit Yeboua KouaKou Kouman Benoît.

Les premières briques sont déjà moulées, les fondations en ligne de mire. Le rêve commence à prendre forme.

 

Le grain de sable et le dialogue

 

Cette belle dynamique a cependant connu un coup de frein. Certains cadres du village, estimant que la réserve administrative de 9 hectares devait servir à un autre projet, s’opposent à l’emplacement choisi. Ils projetteraient d’y ériger une garderie d’enfants.

 

Une opposition qui a suscité l’incompréhension au sein de la population.

« Il y a des cadres qui s’imposent pour dire qu’ils vont venir construire une garderie d’enfants là. Pourtant, c’est la sous-préfecture qui est importante. C’est ce que la population voulait. Actuellement où je vous parle, la population réclame la sous-préfecture par rapport à la garderie d’enfants. Un projet noble que nous ne refusons pas. Mais le projet de la sous-préfecture est déjà lancé et les moyens continuent d’être mobilisés », déplore l’initiateur.

Pour les villageois, la priorité est claire : doter Tabagne d’une administration digne, comprenant la sous-préfecture et le logement du sous-préfet. La garderie, bien que noble, pourra trouver sa place ailleurs sur l’immense réserve.

 

Aux dernières nouvelles, l’espoir est permis. Le dialogue, cette arme des forts, a été privilégié. L’obstacle semble en voie d’être levé, laissant la place à la raison communautaire.

 

Au-delà des briques et du ciment, Tabagne donne une leçon de civisme. Elle démontre que l’Etat, c’est chaque citoyen là où il se trouve, et qu’il n’est point besoin d’occuper un poste de responsabilité pour jouer son rôle dans la construction nationale.

 

Au moment où nous quittons la cité du Prince, sous une pluie fine , le croissement des crapauds nous rappelle que la pluie n’est pas loin. Les paysans, eux, regardent le ciel avec optimisme. La pluviométrie est bonne. Elle augure d’une bonne récolte pour cette population dont l’agriculture reste l’activité principale, pilier du développement de la Côte d’Ivoire moderne.

 

Rosemonde Desouza correspondante régionale

 

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