Le mardi 1er septembre dernier, une partie de l’opposition ivoirienne s’est réunie au siège du PPA-CI, à l’initiative de cette formation politique.
Le PDCI-RDA, présenté comme le leader de l’opposition ivoirienne à l’issue des élections législatives de décembre 2025, n’a toutefois pas pris part à cette rencontre.
Au-delà de cette absence, la classe politique ivoirienne, particulièrement les formations de l’opposition, gagnerait à fédérer ses énergies autour d’un enjeu majeur, l’ossature et le fonctionnement de la future Institution électorale que la Côte d’Ivoire entend mettre en place pour organiser les prochains scrutins.
L’opposition face à la nécessité d’une proposition commune
L’ensemble des forces de l’opposition aurait intérêt à unir ses forces et ses arguments afin de formuler une proposition concrète au pouvoir exécutif.
Une position commune permettrait de donner davantage de poids aux revendications de l’opposition dans les discussions relatives à la future Institution électorale. Cette unité pourrait également constituer un levier politique pour obtenir du pouvoir exécutif la prise en compte des principales préoccupations exprimées par les différents partis de l’opposition.
L’objectif devrait être de parvenir à une Institution électorale suffisamment consensuelle pour rassurer l’ensemble de la classe politique, sans distinction entre l’opposition et le RHDP, mais également l’opinion publique nationale.
Les discussions entre le pouvoir exécutif et l’opposition sont donc observées avec une attention particulière par les Ivoiriens. Au-delà des intérêts partisans, c’est la préservation de la démocratie, de la stabilité politique et de la paix sociale qui est en jeu.
Une Institution électorale qui inspire confiance
Si l’opposition parvient à parler d’une seule voix, elle pourrait également bénéficier du soutien de partenaires techniques et internationaux ainsi que de certaines chancelleries, qui pourraient encourager le dialogue entre les différents acteurs et plaider en faveur d’une meilleure prise en compte des préoccupations exprimées.
Pour la consolidation de la démocratie ivoirienne, la future Institution électorale ne doit pas devenir une source de division dès sa création.
Elle doit, au contraire, être conçue de manière à inspirer confiance à l’ensemble des acteurs politiques et aux citoyens.
Les controverses et les crises qui ont entouré, au fil des années, le fonctionnement de la Commission électorale indépendante (CEI) doivent servir de leçons.
L’enjeu n’est pas de reproduire les tensions du passé, mais de construire un nouveau cadre électoral capable de rassurer durablement les Ivoiriens.
2028 et 2030, deux rendez-vous majeurs
Les prochaines échéances électorales, notamment les élections locales de 2028 et l’élection présidentielle de 2030, seront scrutées avec une attention particulière par l’opinion publique nationale et internationale.
La neutralité, l’indépendance, la transparence et la crédibilité de la nouvelle Institution électorale seront nécessairement au cœur des attentes.
La classe politique ivoirienne, dans son ensemble, a donc une responsabilité historique : créer les conditions d’une Institution électorale indépendante, crédible et rassurante, dont les décisions et le fonctionnement ne puissent être perçus comme favorisant un camp au détriment d’un autre.
Les Ivoiriens attendent de leurs dirigeants qu’ils tirent les leçons des décennies de crises électorales et qu’ils mettent tout en œuvre pour éviter la répétition des violences liées aux scrutins.
La réforme de l’Institution électorale ne devrait donc pas être perçue comme une simple bataille entre le pouvoir et l’opposition. Elle doit être considérée comme une question d’intérêt national.
L’objectif ultime doit être de faire des élections un moment de compétition démocratique, et non une source de divisions, de violences ou de crise.
La construction d’une Institution électorale véritablement crédible pourrait ainsi constituer l’un des fondements de la consolidation de la paix, de la stabilité et du développement humain en Côte d’Ivoire.
PDCI-RDA et PPA-CI : dépasser les divergences pour peser sur les discussions
Dans cette perspective, le PDCI-RDA et le PPA-CI gagneraient à solder leur passif et à dépasser les divergences nées notamment de la participation du PDCI-RDA aux élections législatives de décembre 2025.
Ne dit-on pas que « à cœur vaillant, rien n’est impossible » ? En politique, le dialogue et le dépassement des clivages peuvent parfois permettre de construire des convergences autour de l’essentiel.
La démocratie repose également sur le rapport de forces et sur la capacité des différents acteurs à défendre collectivement leurs propositions lors des négociations politiques. Dans le contexte actuel, une opposition davantage unie pourrait disposer d’un poids plus important dans les échanges avec le pouvoir exécutif sur la réforme de l’Institution électorale.
Le PDCI-RDA, en tant que parti historique et doyen de la vie politique ivoirienne, pourrait prendre l’initiative d’un rapprochement avec les autres formations politiques de l’opposition, notamment le FPI et le PPA-CI, afin de rechercher des points de convergence.
Cette démarche serait d’autant plus importante au moment où le PDCI-RDA célèbre ses 80 ans d’existence à travers le pays. Fort de son histoire et de son poids politique, le parti pourrait contribuer à créer une dynamique collective autour d’une revendication commune, la mise en place d’une Institution électorale indépendante, crédible, transparente et consensuelle.
L’enjeu ne serait donc pas de faire « plier » un camp politique, mais de faire entendre une voix politique suffisamment forte pour que les préoccupations de l’opposition soient pleinement prises en compte dans la construction du futur dispositif électoral.
Au-delà des intérêts des partis, c’est la crédibilité des prochaines élections et, par conséquent, la stabilité de la Côte d’Ivoire qui sont en jeu.
Adou Evariste
Journaliste et Analyste Politique
