jeudi, août 13

Le football est un art. Ou, du moins, il est censé l’être. Mais dimanche dernier, certains ont cru que la finale de la Coupe du monde était un concours de bousculades, de provocations et de mauvais coups.

 

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À ce rythme-là, il ne manquait plus qu’un arbitre équipé d’une sirène de police et d’un carnet judiciaire.

 

Le fair-play est pourtant l’une des plus belles inventions du sport. Il enseigne qu’on peut être féroce dans la compétition sans être brutal dans les gestes, qu’on peut avoir faim de victoire sans dévorer les chevilles de son adversaire.

 

Hélas, tout le monde ne semble pas avoir reçu le mémo.

 

L’affiche était pourtant royale : Espagne-Argentine. Deux géants du football mondial. Deux écoles de jeu. Deux peuples qui respirent le ballon rond.

 

Les amoureux du football s’attendaient à un concert symphonique. Ils ont parfois eu droit à un vacarme de casseroles.

 

L’Espagne est venue avec son violon : circulation du ballon, passes courtes, maîtrise technique, mouvements collectifs.

 

L’Argentine, elle, est arrivée avec une boîte à outils où les marteaux semblaient plus nombreux que les crampons.

 

Au lieu de faire parler son immense talent, l’Albiceleste a préféré multiplier les fautes, les contestations et les intimidations.

 

Son projet de jeu semblait tenir en une seule phrase : « Si nous ne pouvons pas les empêcher de jouer avec le ballon, empêchons-les de jouer tout court. »

 

Le paradoxe est cruel. Une nation qui a offert au monde Maradona, Messi, Riquelme, Kempes ou Aimar n’avait nul besoin de transformer une finale de Coupe du monde en séance de guérilla footballistique.

 

Lorsqu’on possède un tel patrimoine technique, on ne devrait pas chercher la victoire dans les couloirs de la provocation.

 

Pendant près de tout le match, l’Espagne a monopolisé le ballon, construit les occasions et proposé du jeu. Il ne lui a manqué qu’un soupçon de réalisme devant le but.

 

Sans cette maladresse offensive, la finale aurait probablement rendu son verdict bien avant les prolongations.

 

Et puis le football, ce vieux juge qui finit toujours par rendre son arrêt, a parlé.

 

Ceux qui espéraient survivre jusqu’aux tirs au but ont finalement été terrassés par un but assassin dans les prolongations.

 

Comme si le football lui-même refusait que son plus beau trophée soit remporté par une équipe ayant passé davantage de temps à casser le rythme qu’à construire des actions.

 

Le plus triste reste cependant l’image laissée. Carton rouge pendant le match, nouvelle expulsion après le coup de sifflet final, contestations permanentes…

 

Une finale de Coupe du monde mérite mieux qu’un festival d’énervement collectif.

 

Quant à Lionel Messi, l’un des plus grands artistes que ce sport ait connus, il méritait une sortie à la hauteur de sa légende.

 

Les génies devraient quitter la scène sous les applaudissements, pas au milieu d’une foire d’empoigne.

 

Le football est un langage universel. Les enfants du monde entier regardent les finales pour apprendre comment jouent les champions.

 

Espérons qu’ils retiendront les passes espagnoles plutôt que les mauvais gestes argentins.

 

Au fond, le football peut tout pardonner, sauf une chose : qu’on lui vole son âme.

 

Et lorsque les crampons servent davantage à distribuer des coups qu’à caresser le ballon, il ne s’agit plus seulement d’anti-jeu.

 

On entre, effectivement, dans une forme de délinquance footballistique.

 

Dieu est fidèle.

 

Une contribution de Jean Claude Coulibaly

 

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