Le décès du père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, Félix Houphouët-Boigny, marque un tournant décisif dans la vie politique et démocratique du pays. Cette période voit notamment la création du Rassemblement des Républicains (RDR) par feu DJENI KOBINA Kouamé Georges, chef de file d’un mouvement politique issu du PDCI-RDA.
Dès la création du RDR, DJENI KOBINA Kouamé Georges se rapproche du Front populaire ivoirien (FPI), dirigé par Laurent GBAGBO, actuel Président du PPA-CI.
Les deux personnalités créent le Front Républicain afin de mener le combat pour la démocratie et la liberté d’expression en Côte d’Ivoire.
Après le décès inattendu de DJENI KOBINA Kouamé Georges, l’alliance entre les deux partis s’interrompt, en raison du non-respect de certains accords politiques, dans un contexte marqué par le coup d’État militaire de décembre 1999 dirigé par le Général Robert GUÉÏ.
À la suite de l’élection du Président de l’Assemblée Nationale, le professeur Mamadou KOULIBALY, le FPI, alors au pouvoir mais sans majorité absolue, tisse une alliance politique et stratégique avec le PDCI-RDA afin de consolider sa position. Selon certaines indiscrétions, Laurent GBAGBO aurait plaidé auprès de l’ex-Président Henri Konan BEDIE afin d’obtenir un soutien pour le vote des projets de loi, dans le but de mettre en œuvre le projet de société présenté lors de l’élection présidentielle d’octobre 2000.
Cette collaboration conduit Laurent Dona Fologo, alors Président du Conseil Economique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC), à qualifier la participation du PDCI-RDA au premier gouvernement dirigé par Pascal AFFI N’Guessan avec dix ministres issus de ses rangs « d’opposition participative ».
Après le déclenchement de la crise politico-militaire de 2002, plusieurs sommets sont organisés afin de rechercher des solutions de paix.
La France, sous la présidence de Jacques CHIRAC, s’implique activement dans la médiation.
Deux étapes marquent alors un rapprochement stratégique entre Henri Konan BEDIE et Alassane OUATTARA, longtemps opposés depuis le décès d’Houphouët-Boigny.
Lors des négociations liées aux revendications de la rébellion, la presse nationale et internationale évoque la proximité croissante entre les deux leaders.
La signature de l’Accord politique de Linas-Marcoussis à l’Élysée consacre cette dynamique.
Un tête-à-tête aurait eu lieu entre les deux anciens collaborateurs d’Houphouët-Boigny.
Jacques CHIRAC les aurait exhortés à faire la paix, affirmant que, pour qu’un disciple d’Houphouët-Boigny revienne au pouvoir, l’union était indispensable, rappelant que « la politique est la saine appréciation des réalités du moment ».
Dès lors, lors des différentes rencontres à Accra et ailleurs sur le continent africain, les deux leaders affichent leur rapprochement afin de matérialiser cette volonté d’unité.
La mise en place des fondements du RHDP prend forme à travers plusieurs réunions au siège du PDCI-RDA. Henri Konan BEDIE
en assume le leadership politique dans la bataille pour l’organisation d’un scrutin inclusif et apaisé.
Le PDCI-RDA s’engage pleinement jusqu’au second tour de l’élection présidentielle d’octobre 2010, où Henri Konan BEDIE appelle à voter pour son ancien rival, Alassane OUATTARA, afin de clore une décennie de crise.
La lutte pour la reconnaissance des résultats s’avère cependant complexe.
Une partie de la direction du RHDP se réfugie à l’Hôtel du Golf afin de défendre le respect du vote des Ivoiriens.
En politique, rien n’est figé.
À plusieurs reprises, lors d’élections présidentielles en France, la droite et la gauche ont su s’unir pour faire barrage à une victoire de l’extrême droite à la présidentielle, au nom de la défense des valeurs républicaines.
Aujourd’hui, le PDCI-RDA et le RHDP pourraient se retrouver si les conditions d’une alternance démocratique et pacifique sont réunies, dans le respect de la mémoire de Félix Houphouët-Boigny et de Jacques CHIRAC.
Sous les leaderships actuels de Cheick Tidjane THIAM et d’Alassane OUATTARA, une nouvelle dynamique pourrait émerger si l’intérêt national prime sur les divergences.
De nombreux cadres issus des deux formations, ainsi que des partenaires internationaux, appellent à la stabilité politique et au développement durable de la Côte d’Ivoire.
Après plusieurs décennies d’expérimentation du multipartisme, certains plaident pour une structuration plus claire de la vie politique ivoirienne autour de deux grands blocs idéologiques :
un pôle de droite, rassemblé autour du RHDP et des formations partageant l’houphouëtisme,
un pôle de gauche, d’inspiration socialiste, fédéré autour du leadership politique de Laurent GBAGBO.
En politique, on ne dit jamais « jamais », car, comme le rappelait le père de la nation ivoirienne, « la politique est la saine appréciation des réalités du moment ».
Elle n’est pas une science figée, elle obéit à des règles et à des dynamiques que seuls les initiés maîtrisent pleinement.
Le rapprochement stratégique et politique entre le PDCI-RDA d’Henri Konan BEDIE et le RDR d’Alassane OUATTARA, qui aboutit à la création du RHDP en 2005 en France, constitue un tournant majeur.
Cette alliance, saluée par de nombreux militants des deux partis, est perçue comme l’expression d’une majorité significative de l’époque.
L’ex-Premier Ministre français Dominique de Villepin déclarait alors que « la majorité silencieuse souffre en Côte d’Ivoire ».
Ce rapprochement contribuera par la suite à la reconnaissance, par une large partie de la communauté internationale, de la victoire d’Alassane OUATTARA candidat soutenu par le RHDP et d’autres formations politiques lors de l’élection présidentielle d’octobre 2010.
Par Adou Évariste, journaliste, Analyste politique
