La Côte d’Ivoire dispose de plusieurs cadres de représentation de la jeunesse. Parmi eux, le Conseil national de la jeunesse de Côte d’Ivoire (CNJCI) et la Fédération nationale des unions de jeunesse communale de Côte d’Ivoire (FENUJECI) occupent une place importante. Mais face à la multiplication des structures, une question mérite d’être posée, la jeunesse ivoirienne a-t-elle réellement besoin de deux organisations nationales pour porter sa voix auprès des pouvoirs publics ?
La question n’est pas de remettre en cause le travail des responsables de ces organisations. Elle est plutôt de s’interroger sur la cohérence du dispositif institutionnel mis en place pour représenter les jeunes et sur l’utilisation des ressources publiques qui leur sont consacrées.
Deux structures, des missions qui se chevauchent ?
La FENUJECI s’appuie sur les Unions de jeunesse communale. Au niveau local, les organisations de jeunesse des quartiers et des villages d’une même commune peuvent se retrouver au sein d’une union communale. Les responsables de ces organisations participent ensuite à la désignation du président communal de la jeunesse.
Ce dernier est appelé à représenter l’ensemble de la jeunesse de sa commune, indépendamment des appartenances politiques.
Le principe est donc celui d’une représentation de proximité, ancrée dans les réalités locales.
À l’échelle nationale, le CNJCI a vocation à constituer un cadre de représentation et de participation des jeunes auprès des pouvoirs publics.
Sur le papier, la complémentarité peut paraître évidente, la FENUJECI serait davantage tournée vers le niveau communal et le CNJCI vers le niveau national.
Mais dans la pratique, où commence la compétence de l’un et où s’arrête celle de l’autre ?
C’est précisément cette question qui mérite aujourd’hui un débat de fond.
Deux circuits de financement pour une même jeunesse
L’une des principales interrogations concerne également le financement.
Lorsque plusieurs structures bénéficient de ressources publiques pour intervenir dans un même domaine, il devient légitime de s’interroger sur la complémentarité de leurs actions, leurs résultats et leurs mécanismes d’évaluation.
Les collectivités territoriales peuvent accompagner les organisations de jeunesse présentes sur leur territoire, tandis que le ministère chargé de la Jeunesse intervient également dans l’encadrement et l’accompagnement des structures nationales.
Dès lors, une question simple mérite d’être posée, combien l’État et les collectivités consacrent-ils chaque année aux différentes structures de représentation de la jeunesse et pour quels résultats ?
Il ne s’agit pas de contester la nécessité de financer les initiatives de jeunesse.
Au contraire. Les jeunes ont besoin d’accompagnement, de formation, d’insertion professionnelle, d’accès au financement et d’espaces de participation citoyenne.
Mais chaque franc public consacré à la jeunesse doit pouvoir être associé à des objectifs précis, des résultats mesurables et une véritable reddition des comptes.
Que dit réellement la Charte africaine de la jeunesse ?
La Charte africaine de la jeunesse constitue également un élément important dans cette réflexion.
La Côte d’Ivoire étant partie à cet instrument continental, la question de la représentation institutionnelle des jeunes mérite d’être examinée à la lumière de ses principes.
L’idée d’un Conseil national de la jeunesse vise notamment à permettre une meilleure participation des jeunes aux processus de décision et à favoriser leur dialogue avec les pouvoirs publics.
Dès lors, la coexistence durable de plusieurs cadres nationaux de représentation pose une question de lisibilité.
Qui est finalement le véritable interlocuteur national de la jeunesse ivoirienne ?
Lorsqu’un ministre, une institution publique, un partenaire au développement ou une organisation internationale souhaite consulter « la jeunesse ivoirienne », vers quelle structure doit-il prioritairement se tourner ?
La réponse devrait être claire, connue de tous et institutionnellement incontestable.
Faut-il fusionner ou simplement clarifier les rôles ?
La solution n’est peut-être pas nécessairement une fusion immédiate du CNJCI et de la FENUJECI.
Une première étape pourrait consister à procéder à un audit institutionnel et financier des différentes structures de jeunesse, missions, textes fondateurs, sources de financement, nombre d’adhérents, activités réalisées, résultats obtenus et mécanismes de contrôle.
Cet audit permettrait de déterminer si les deux organisations sont réellement complémentaires ou si certaines de leurs missions se superposent.
Si les chevauchements sont confirmés, une réforme pourrait être envisagée.
Pourquoi ne pas réfléchir à un modèle dans lequel les Unions de jeunesse communale constitueraient la véritable base territoriale d’une représentation nationale unique de la jeunesse ?
Les communes continueraient ainsi à disposer de leurs structures locales, tandis qu’au niveau national, une organisation unique pourrait porter les préoccupations de l’ensemble des jeunes auprès du Gouvernement, du Parlement, des collectivités territoriales et des partenaires au développement.
Une seule voix, mais une jeunesse plurielle
La jeunesse ivoirienne n’est pas homogène. Elle rassemble des étudiants, des entrepreneurs, des agriculteurs, des artisans, des jeunes travailleurs, des demandeurs d’emploi, des membres d’associations, des jeunes des villes et ceux des zones rurales.
Cette diversité doit être préservée.
Mais diversité ne signifie pas nécessairement dispersion.
La Côte d’Ivoire gagnerait à disposer d’un mécanisme de représentation suffisamment inclusif pour que toutes les catégories de jeunes puissent s’exprimer, tout en permettant aux pouvoirs publics d’avoir un interlocuteur national clairement identifié.
L’enjeu n’est donc pas de savoir quelle organisation doit disparaître au profit de l’autre.
L’enjeu est de construire un système plus cohérent, plus transparent et plus efficace.
À l’heure où les préoccupations de la jeunesse sont nombreuses, emploi, formation, entrepreneuriat, logement, participation citoyenne, accès au financement et responsabilités dans la gestion publique les jeunes ont surtout besoin que leurs représentants soient capables de parler d’une voix forte et crédible.
CNJCI, FENUJECI, deux structures, deux fonctionnements, deux sources de financement, mais une seule jeunesse.
Il est peut-être temps d’ouvrir le débat sur la nécessité d’une représentation plus unifiée, plus transparente et surtout plus efficace de la jeunesse ivoirienne.
Adou Evariste Journaliste et Analyste Politique
