Bien sûr que l’élimination des Éléphants en seizièmes de finale de la Coupe du monde me fait mal. Comme tout Ivoirien attaché à son équipe nationale, j’aurais aimé voir notre sélection poursuivre son aventure et écrire une nouvelle page de l’histoire du football ivoirien. Mais, pour être honnête, je n’en suis pas surpris. Dans une précédente publication, j’avais déjà exprimé mes inquiétudes face à une attitude qui me semblait dangereuse : la célébration excessive de la qualification pour les seizièmes de finale comme si l’objectif ultime avait déjà été atteint.
Cette euphorie n’avait pas lieu d’être. Une qualification pour le tour suivant n’est pas une consécration pour une équipe qui ambitionne de rivaliser avec les meilleures nations du football mondial. Elle devait plutôt être considérée comme une occasion de se remettre au travail, d’analyser les insuffisances observées durant les matchs précédents et de préparer les prochaines batailles avec davantage de concentration.
Dans une grande compétition, les détails font la différence. Les équipes qui vont loin ne sont pas celles qui se contentent de célébrer leurs succès, mais celles qui savent immédiatement se remettre en question. Après chaque match, il faut regarder ce qui n’a pas fonctionné, corriger les erreurs et progresser.
À ce sujet, certaines questions restent sans réponse. Pourquoi les Éléphants tentent-ils si rarement des frappes lointaines alors que des joueurs comme Kylian Mbappé savent exploiter cette arme avec efficacité ? Pourquoi avons-nous autant de difficultés à protéger un avantage au score ? Pourquoi les changements ne sont-ils pas toujours effectués au bon moment lorsque l’équipe montre des signes de fatigue ou de déséquilibre ? Ce sont des aspects tactiques qui, dans une Coupe du monde, peuvent coûter très cher.
Il faut aussi reconnaître un problème de mentalité collective. Nous avons parfois tendance à célébrer trop vite. L’exemple du match entre l’ASEC Mimosas et Orlando Pirates d’Afrique du Sud en 1995 est encore dans les mémoires. La veille de la rencontre, certains supporters avaient déjà commencé à fêter la victoire comme si elle était acquise. Pourtant, le match n’était pas joué. Le lendemain, les Sud-Africains créèrent la surprise en battant les Mimosas. Cette expérience aurait dû nous servir de leçon.
Malheureusement, le même scénario semble s’être reproduit. Nous avons commencé à célébrer une qualification pour les seizièmes de finale alors qu’il restait encore beaucoup de chemin à parcourir. Or, une Coupe du monde ne se gagne pas avec des célébrations prématurées. Elle se gagne avec de la discipline, de la rigueur, de la concentration et une faim permanente de victoire.
La Côte d’Ivoire possède des joueurs de qualité, capables de rivaliser avec les meilleurs. Mais une grande équipe ne se construit pas uniquement avec de bons joueurs. Elle se construit avec une organisation solide, une solidarité permanente, une intelligence collective et une capacité à se battre ensemble dans les moments difficiles.
Les grandes nations du football l’ont compris depuis longtemps. Elles ne misent pas seulement sur les individualités. Elles construisent des systèmes, une mentalité et une culture de la victoire. C’est cette étape que les Éléphants doivent encore franchir.
Cette élimination doit donc être une occasion de réflexion et non seulement de déception. Il faut tirer les leçons de cette aventure, corriger les faiblesses et continuer à croire en notre potentiel. Certains réclament même la démission du président de la FIF accusé d’aimer se faire remarquer et de n’avoir pas fait grand-chose pour qu’émergent de grands joueurs sur place.
La Côte d’Ivoire a les moyens d’aller loin, mais elle doit apprendre une chose essentielle : dans le football, comme dans la vie, il ne faut jamais célébrer avant d’avoir gagné. L’ambition doit rester grande, mais elle doit toujours être accompagnée de travail, d’humilité et d’exigence.
Jean-Claude Djéréké
