Un atelier de trois jours s’est ouvert ce mardi 29 juillet 2026 dans la salle de conférence de la mairie de Doropo, dans le cadre du Projet d’Appui aux Communautés Transfrontalières vulnérabilisées par l’Insécurité et la Fragilité (ACTIF). Objectif : faire des animateurs radio, journalistes et influenceurs de véritables artisans de paix.

Organisée par l’Association des Eleveurs de Bovins de la Région du Bounkani (AEBRB), membre du consortium Acting For Life, cette formation s’inscrit dans le cadre du projet ACTIF. Financé à 100% par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères de la République Française à hauteur de 2 millions d’euros, le projet ACTIF est mis en œuvre depuis le 1er septembre 2025 pour une durée de 18 mois.
Il intervient dans les zones frontalières nord de quatre pays côtiers : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin.
Répondre à une fragilité transfrontalière
Face à ce tableau, les femmes et les jeunes paient le plus lourd tribut. Pour le consortium, la réponse passe par la sécurisation de la mobilité pastorale, la valorisation de pratiques agropastorales durables et une gouvernance concertée des ressources naturelles.
Faire des médias des « journalistes de paix »
L’atelier de Doropo est l’une des activités phares du premier résultat. Il réunit une quinzaine de professionnels des médias – animateurs et journalistes des radios locales du Bounkani et du Gontougo, influenceurs du Réseau d’Action des Jeunes pour la Paix (RAJP) et journalistes de la presse écrite.
Pendant trois jours, ils seront formés par des consultants à la production de contenus médiatiques sensibles aux conflits, à travers des exposés théoriques, des études de cas et des travaux de groupe. L’enjeu : produire et diffuser en langues locales, via radios et réseaux sociaux, 5 supports de communication de qualité sur la gestion des conflits, la cohésion sociale et la filière bétail.
Lors de la cérémonie d’ouverture, le Maire résident de Doropo, Bondassogo Jean Ouattara, a donné le ton :
« Je voudrais souhaiter la bienvenue à tous à cet atelier de renforcement en vue de créer davantage la paix et la cohésion sociale entre nos communautés. (…) Sans la paix, aucun développement n’est possible. Je vous encourage à faire de cet atelier un outil qui va vous permettre d’être des véritables influenceurs, des véritables journalistes de paix. »
Prenant la parole au nom de l’AEBRB, son coordonnateur, Soro N. Daouda, a rappelé le rôle stratégique des médias :
« La paix ne se construit pas uniquement par des actions des autorités administratives. Elle se bâtit également à travers une information responsable, équilibrée et porteuse de vérité. (…) Une information vérifiée, impartiale et diffusée avec discernement peut apaiser les tensions, prévenir les violences et sauver des vies. A l’inverse, la désinformation, les discours de haine, les rumeurs peuvent fragiliser durablement le tissu social. L’agro-pastoralisme et la mobilité du bétail sont trop souvent assimilés à tort à des facteurs d’instabilité, alors qu’ils constituent avant tout des activités économiques essentielles et des leviers de développement. »
Représentant le Préfet du Département de Doropo, le Sous-préfet Keipo Dogbo Aimé a salué l’initiative et interpellé les participants sur leur responsabilité :
« Nous sommes dans une zone transfrontalière où les menaces sont réelles. Je salue les efforts du gouvernement qui déploie chaque jour des moyens pour sécuriser cette zone. Sécuriser la zone, c’est sécuriser les hommes et le bétail. Le bétail est source de bien-être, de prospérité économique et alimentaire, mais il peut aussi être source de conflits. Votre rôle est d’apporter la paix autour du bétail. Une seule parole mal placée peut faire le tour du monde. Soyez des lutteurs qui sèment la bonne graine de l’amour et de la cohésion sociale. »
Le Sous-préfet n’a pas manqué de relever, avec humour, l’absence de femmes parmi les participants : « Messieurs les animateurs, journalistes, influenceurs des réseaux sociaux, malheureusement tous des hommes », une interpellation qui rappelle l’un des axes forts du projet ACTIF : l’inclusion des femmes et des jeunes dans les dispositifs de gouvernance et de prévention.
L’atelier s’achèvera jeudi par l’adoption de messages clés de sensibilisation et la production des premiers contenus qui seront diffusés sur les radios partenaires du Bounkani et du Gontougo.
Rosemonde Desouza. Correspondante régionale