Quel est le coût social de la campagne de démolition des habitations qui a court et met tout Abidjan en émoi ?
Rien qu’à Port-Bouët, la destruction des quartiers Petit Bassam, Toviato, Zimbabwe, Vridi Canal… a jeté sous la pluie et à la merci des pillards, plus de 100.000 personnes, selon les autorités municipales.
Avant Port-Bouët, les Bulldozers ont écrasé des maisons sur 10 ha au quartier campement de Koumassi. Officiellement, c’est un quidam du nom de Alloui Brou Jacques qui aurait déplacé des escouades de policiers et mobilisé des Bulldozers pour accomplir sa sale besogne. Officiellement seulement. Chacun sait que cet individu qui ne paye pas de mine ne peut s’offrir en plein cœur d’Abidjan, un domaine de…34 hectares !
Les mêmes scènes se sont déroulées dans pratiquement tous les quartiers et communes de la mégapole Abidjan. Le quartier Gesco de Yopougon, les mille et un quartiers précaires de Cocody, etc. Tous ont reçu la visite des engins de chantier. ACD ou pas, titres de propriété ou pas, la destruction des maisons d’habitation et autres petits commerces ne fait pas de tri !
À chaque fois, le modus operandi se répète. Des bulldozers aveugles escortés par des agents des forces de l’ordre surprennent les populations et écrasent tout sur leur passage. Sans crier gare. Sans pitié. Des sacrifices de vies entières, des documents administratifs, tout est écrasé et enseveli sous des gravats. Sans ménagement. Sans qu’il ne soit donné aux pauvres victimes, le luxe d’évacuer leurs biens.
Combien sont-elles aujourd’hui à Abidjan, les victimes de l’opération « d’assainissement » au pas de charge de la ville d’Abidjan ? Certainement des centaines de milliers !
Cette opération d’assainissement engagée par le District autonome d’Abidjan avec à sa tête le ministre gouverneur Cissé Bacongo prend l’allure d’une gentrification qui ne dit pas son nom. Les bidonvilles et leurs populations qui font tâches sur la face lisse de la capitale économique sont dégagés sans ménagement. Qu’ils aillent exposer leur misère ailleurs !
Sur un plateau de télévision très proche du régime d’Abidjan, on a entendu un chroniqueur dire que ces gueux qui ne sont pas fait pour Abidjan regagnent leurs hameaux d’où ils n’auraient jamais dû sortir. Joli !
La question de l’entame de cette réflexion demeure. Quel est le coût social de cette opération de destruction tous azimuts des lieux de vie de milliers de populations, dans une période de cherté insupportable de la vie où celles-ci arrivent à peine à survivre ?
Apparemment, le gouvernorat du District autonome d’Abidjan ne s’embarrasse pas de telles questions. Le gouvernement dont il est l’émanation, non plus d’ailleurs.
Amédée Koffi, alors ministre de l’Equipement et de l’Entretien routier et aujourd’hui, ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité n’avait-il pas déclaré sans souciller en 2024 que le gouvernement n’avait que faire de l’Indice de développement humain (Idh) du Programme des Nations unies pour le Développement (Pnud) ? Il ne croyait pas si bien dire !
La destruction systématique des habitations et leurs contenus, des petits commerces qui permettent aux populations les plus démunies de survivre et de tous les autres lieux de vie précipite ces dizaines de milliers de pauvres gens dans les tréfonds de la misère. Ils payent ainsi un lourd tribut à la gentrification hideuse qui se cache derrière cette opération.
Théodore Sinzé
