Un atelier de 2 jours réunit sous-préfets, services techniques et FDS pour désamorcer les tensions agropastorales dans les départements de Bondoukou, Sandégué et Transua.

Organisée à l’intention d’une vingtaine de participants clés de la région du Gontougo, cette formation cible les circonscriptions où la cohabitation devient explosive : les départements de Bondoukou, Sandégué et Transua. Autour de la table, ceux qui sont en première ligne : les sous-préfets, les responsables des Services Techniques Déconcentrés (STD) et les Forces de Défense et de Sécurité (FDS).
L’initiative s’inscrit dans le cadre du Projet d’Appui aux Communautés Transfrontalières vulnérabilisées par l’Insécurité et la Fragilité dans les zones frontalières du nord de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin (ACTIF).
Financé à hauteur de 2 millions d’euros par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du Ministère français de l’Europe et des Affaires Étrangères et coordonné par le consortium Acting For Life, le projet est mis en œuvre localement par l’Association des Éleveurs de Bétails de la Région du Bounkani (AEBRB), sous la coordination de M. Soro Daouda.
Réapprendre les règles pour mieux juger
L’objectif est sans ambiguïté : outiller ceux qui tranchent les litiges au quotidien. Il ne s’agit plus de régler les conflits à l’émotion, mais sur la base du droit.
Au menu de ces 48 heures, une relecture approfondie de l’arsenal juridique. Après la projection d’un film choc sur les enjeux de la mobilité pastorale, les experts du Ministère des Ressources Animales et Halieutiques (MIRAH) ont décortiqué les textes.
La Directrice Régionale du MIRAH du Gontougo, la Docteure Toily Bénédicte, a présenté la loi fondamentale N°2016-413 du 15 juin 2016 relative à la transhumance. M. Kouassi Kobénan, Directeur Départemental du MIRAH de Transua, a, lui, exposé la loi N°2021-796 du 08 décembre 2021. La Décision A/DEC.5/10/98 de la CEDEAO sur la transhumance sous-régionale, le décret 96-432 du 3 juin 1996 et le décret N°2024-1007 du 20 décembre 2023 ainsi qu’un arrêté interministériel ont également été passés au peigne fin.
Le cri d’alarme du Préfet : « Les couloirs de transhumance ont été abandonnés »
En ouvrant les travaux, le Préfet de la région du Gontougo, Préfet du département de Bondoukou, Kouadio Gbongbo André, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, le désordre actuel est le fruit d’un abandon.
« Vous faites œuvre de pionniers en vulgarisant ces textes. Dans le passé, il y avait des couloirs de transhumance qui étaient bien élaborés. Malheureusement, tout cela est laissé pour compte. Aujourd’hui, ce n’est pas étonnant de voir des animaux se promener un peu partout », a-t-il regretté.
Le Préfet a aussi pointé du doigt un autre danger, sanitaire et sécuritaire : l’entrée incontrôlée de bétail venu de l’extérieur, notamment de la zone AES, alors que les efforts de vaccination sont soutenus en Côte d’Ivoire. Il a appelé à une conciliation d’envergure : « Autant l’éleveur vend son bétail pour avoir de l’argent, autant le paysan vend sa récolte pour en avoir. La conciliation doit être de grande envergure. »
Gontougo, nouveau front de la pression pastorale
Pourquoi un tel focus sur le Gontougo ? La réponse est donnée par Soro Daouda, coordinateur de l’AEBRB.
« Le constat sur le terrain est clair. Avec la crise au Burkina Faso, nous avons assisté à un déplacement massif de populations avec leur cheptel. Ces animaux qui étaient contenus dans le Bounkani ont commencé à converger vers le Gontougo, notamment vers les départements connexes. Ce déplacement engendre mécaniquement des tensions », explique-t-il.
Pour lui, l’atelier vise à éviter les jugements partisans : « On ne peut pas dire que l’agriculteur a raison parce qu’il ne se déplace pas. Il faut trancher sur la base des textes pour préserver la cohésion. »
Un constat partagé par la Directrice Régionale du MIRAH : « Ce qui doit changer, c’est le niveau de connaissance de ces textes. Il faut aussi des infrastructures : pistes de transhumance, barrages, aires de pâturage. Mais surtout, il faut une prise de conscience des communautés. »
L’arme fatale : les Comités Villageois de Conciliation
Véritables tribunaux de proximité, ces CVC seront présidés au village par le chef de village, entouré du chef de terre, des responsables locaux des agriculteurs et des éleveurs, du président des jeunes et de la présidente des femmes. Ils rendront compte au sous-préfet, qui préside la commission au niveau sous-préfectoral, puis au Préfet au niveau départemental.
« C’est le maillon qui manque pour avoir une transhumance apaisée et réduire durablement les conflits », conclut la Docteure Toily Bénédicte.
Pendant deux jours, Bondoukou devient ainsi le laboratoire d’une paix agropastorale que tout le nord-est de la Côte d’Ivoire espère durable.
Rosemonde Desouza correspondante régionale