La question du renouvellement générationnel à la tête des Institutions de la République et aux hautes fonctions de l’Administration publique mérite une attention particulière. Alors que certaines personnalités, ayant atteint l’âge légal de la retraite, sont maintenues en fonction par décrets présidentiels, il serait souhaitable de saisir cette opportunité pour promouvoir de nouveaux talents et favoriser l’émergence d’une jeunesse compétente, dynamique et porteuse de nouvelles ambitions pour la Côte d’Ivoire.
Notre pays regorge de jeunes cadres aux compétences avérées, dotés d’un réel potentiel de leadership et capables d’apporter une plus-value significative à la conduite des affaires publiques.
La promotion de cette jeunesse constitue un enjeu majeur pour assurer la continuité de l’action publique, impulser une nouvelle dynamique administrative et accompagner efficacement le développement national.
À un certain stade de la vie professionnelle, il faut également savoir passer le relais. Les responsabilités publiques, qu’elles soient administratives, politiques ou institutionnelles, ne constituent pas des propriétés personnelles. Elles représentent des missions temporaires exercées au service de la Nation.
Nul n’est indispensable à un poste. Chacun vient apporter sa contribution à l’édifice national, à l’image des instruments d’un orchestre qui, jouant ensemble, produisent une harmonie.
Le mérite et le respect des grades administratifs
Au-delà de la problématique du maintien de certaines personnalités à de hautes fonctions par décret présidentiel, une autre question mérite d’être examinée avec la même rigueur, celle de la promotion des fonctionnaires et du respect des grades au sein de l’Administration publique.
En effet, certaines nominations au sein des Institutions de la République et des structures étatiques semblent privilégier des personnes ne disposant pas toujours du grade administratif correspondant aux exigences des postes concernés, au détriment de fonctionnaires titulaires du grade A4, pourtant reconnus pour leur expérience et leurs compétences professionnelles.
Cette situation, lorsqu’elle est avérée, soulève une véritable question d’équité et de justice administrative. Il est difficilement compréhensible qu’un fonctionnaire ayant atteint un grade supérieur puisse être écarté au profit d’un agent contractuel ou d’un fonctionnaire ne disposant pas du grade correspondant aux exigences du poste, sans que des critères objectifs, transparents et clairement établis ne justifient une telle décision.
Il appartient donc au ministère d’État, ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l’Administration, de veiller davantage au respect des règles encadrant les nominations et les promotions au sein de l’Administration publique.
La valorisation du mérite, de l’ancienneté, des compétences et des grades doit constituer un principe fondamental dans la gestion des ressources humaines de l’État.
Il ne s’agit nullement de remettre en cause le pouvoir de nomination des autorités compétentes, mais plutôt de promouvoir une administration fondée sur l’équité, la transparence et la reconnaissance des compétences.
La modernisation de l’Administration publique passe également par la fin des pratiques susceptibles de créer des frustrations et un sentiment d’injustice chez les agents de l’État.
Renouveler également le corps diplomatique
Cette exigence de renouvellement générationnel concerne également le corps diplomatique ivoirien. Les diplomates de carrière ayant consacré de nombreuses années au service de la diplomatie nationale et qui attendent légitimement d’accéder à des responsabilités au sein des représentations diplomatiques de la Côte d’Ivoire à l’étranger doivent pouvoir bénéficier de véritables perspectives de promotion.
Il est donc important de favoriser une meilleure gestion des carrières diplomatiques, en tenant compte de l’expérience, de l’ancienneté, du mérite et des exigences propres à la fonction diplomatique.
Le maintien prolongé de certaines personnalités au-delà de l’âge légal de départ à la retraite, notamment celles ayant dépassé 65 ans, mérite également une réflexion approfondie. Les dérogations éventuelles ne devraient pas devenir un mécanisme systématique, au risque de freiner l’avancement des jeunes cadres et de limiter les perspectives de promotion des diplomates de carrière.
En définitive, chacun doit pouvoir occuper une fonction correspondant à ses compétences, à son expérience et aux exigences réglementaires du poste.
Le respect des grades dans les processus de nomination et de promotion, conjugué à une véritable politique de renouvellement générationnel, contribuera à renforcer la motivation des fonctionnaires, à consolider la justice administrative et à améliorer la performance de l’État au service des populations.
La Côte d’Ivoire a besoin d’une Administration publique moderne, équitable et performante, qui sache reconnaître l’expérience des aînés tout en faisant confiance aux nouvelles générations. Savoir passer le relais constitue aussi un acte de responsabilité et de grandeur dans la gestion des affaires publiques.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
