La Société des Mines d’Assafo-Dibibango, filiale d’Endeavour Mining, a procédé à la remise officielle des maisons témoins destinées à la relocalisation des villages d’Assafo et de Dibibango. Une étape décisive qui ouvre trois semaines de consultation avec les familles avant le lancement des travaux.
Iguela, Tanda – C’est sur les terres d’Iguela que s’est tenue la cérémonie de remise des maisons témoins. Le choix du site n’est pas anodin. Le village accueille sur ses terres une partie des populations d’Assafo appelées à se déplacer dans le cadre du projet minier Assafo-Dibibango. Une hospitalité saluée par l’ensemble des intervenants.
Représentant M. Ouattara Kassoum, directeur général de la SMAD, M. Tie Bi Traye, Directeur des Ressources Humaines, a voulu replacer l’événement dans une perspective historique.
« Kossou nous a appris ce qu’il ne faut pas faire »
« Mes premiers mots sont pour le chef d’Iguela, ses notables et toute sa communauté », a-t-il déclaré en ouverture. Rappelant que la première pierre de ces maisons témoins a été posée le 17 juillet dernier, il a souligné : « Aujourd’hui, elles sont debout. Avant de vous inviter à y entrer, je voudrais parler de ce qui nous réunit vraiment : la manière dont on déplace un village ».
Pour illustrer son propos, le représentant de la SMAD est revenu sur l’histoire des grands déplacements en Côte d’Ivoire, notamment la construction des barrages de Kossou et Taabo. « À Kossou, plus de 75 000 personnes ont quitté une centaine de villages. On les a installées dans de petites maisons en alliés, pensées pour une famille réduite, alors que leur vie s’organisait autour de la grande cour. On les a installées sur des terres d’autrui, sans régler les droits coutumiers. Des cimetières sont restés sous les eaux, sans le rite demandé par les anciens. Certaines de ces blessures ne sont toujours pas fermées ».
Ces erreurs, a-t-il affirmé, ont servi de leçons. L’État s’est doté d’un Code minier et de règles sur l’indemnisation et les droits coutumiers. « Les normes internationales que nous appliquons posent un principe simple : une famille déplacée ne doit pas sortir appauvrie de son déplacement. Le projet d’Assafo-Dibibango ne sera une réussite que s’il ne refait pas les mêmes erreurs ».
Reconstruction, pas recasement
Répondant directement aux inquiétudes exprimées ces dernières semaines dans les villages et dans la presse, M. Tie Bi Traye les a qualifiées de « légitimes ».
« On nous dit que Dibibango est un village moderne, bâti en trois générations avec l’argent de l’anacarde. C’est vrai. C’est pour cela que nous parlons de reconstruction, pas de recasement. On nous dit qu’il n’est pas un ménage. C’est vrai aussi ».
Sur la méthode, il a insisté sur le dialogue de proximité : chaque mois, un groupe de travail réunit les autorités, au moins cinq représentants désignés librement par chaque village affecté et le collectif des cadres. Des réunions sont tenues dans les villages, animées par M. Yao Obed, social manager. « Nos parents ne devront plus prendre des messages concernant la mine depuis Abidjan. Les équipes de la Social Performance d’Endeavour sont présentes à Tanda et se déplaceront vers eux ».
Le plan de réinstallation d’Assafo, fruit de ces échanges, est presque achevé. Celui de Dibibango suivra dans les prochains jours avec la chefferie.
Sur les points sensibles, il a été catégorique :
« Aucun site n’est imposé contre la coutume. Le dialogue a été établi avec les hautes autorités du royaume Brong. Aucune tombe ne sera déplacée sans les familles et sans les rites demandés par les anciens. Les hautes autorités Brong et Koulango ont assuré de leur implication active ».
Concernant les plantations, l’indemnisation suit les barèmes fixés par l’État, présentés et négociés avec les représentants des communautés. Mais, a-t-il précisé : « Un chèque ne remplace pas un verger qui nourrit une famille pendant 30 ans. C’est pourquoi l’indemnisation n’est pas un solde de tout compte. C’est un programme de restauration des moyens d’existence et il sera construit avec vous ».
Tanda-Vision et concessions familiales
Le DRH a également présenté Tanda-Vision, programme de développement économique cher à Endeavour. Il couvrira l’éducation, la santé, la formation, l’emploi, l’entrepreneuriat et le contenu local. Des actions à impact rapide ont déjà été menées, dont une caravane santé ayant touché plus de 3000 personnes avec plus de 1600 prestations.
Venant aux maisons témoins, il a expliqué leur raison d’être : « Parce qu’un plan sur papier ne se juge pas comme une maison dans laquelle on entre ». Trois modèles d’une à trois pièces ont été construits à l’identique de ce qui sera bâti, avec les mêmes matériaux et finitions. À côté, sont présentés des plans de maisons plus grandes et surtout des maisons en bandes regroupées en concession familiale. « La cour est reconstruite comme une cour. La maison du chef de cour est autour des logements des autres membres de la famille pour refléter l’existant. La famille reste ensemble ».
Le calendrier
À partir du lundi de novembre et pendant trois semaines, les maisons seront ouvertes à toutes les personnes affectées d’Assafo et de Dibibango. « Venez en famille. Rentrez dans chaque pièce. Posez vos questions », a lancé M. Tie Bi Traye, interpellant particulièrement les femmes : « Ce sont vous qui faites vivre la maison, la cuisine et la cour. Votre avis est indispensable ».
Après la synthèse des avis et leur restitution village par village, suivra la validation des plans et des lotissements. Les premiers aménagements pourraient démarrer fin novembre 2026 pour une livraison des nouveaux villages vers fin 2027, avec écoles et logements d’enseignants, eau potable, électricité, marchés et lieux de culte.
Et de renouveler l’engagement cardinal : « Personne, je ne dis bien personne, ne quittera sa maison avant que la nouvelle soit achevée et remise ». Concluant : « Le 17 juillet, nous avons posé une pierre. Aujourd’hui, nous ouvrons des portes. Demain, ce sont vos villages que nous bâtirons avec vous ».
Autorités et populations : confiance et vigilance
Le député de Tanda, Inouss Kounda, a salué une étape concrète touchant à la vie des parents. « Quitter un tel lieu est une épreuve qui mérite écoute, respect et accompagnement ». Il a invité à mettre à profit le dialogue pour examiner la qualité, la sécurité et l’adaptation des logements aux réalités familiales, tout en plaidant pour l’accès à l’eau, à l’électricité, aux écoles, aux soins, et pour que les opportunités d’emploi et de formation bénéficient aux jeunes et aux femmes.
Le préfet du département de Tanda, Yaya Coulibaly, a qualifié la cérémonie d’étape très importante. Il a rendu un hommage appuyé au chef d’Iguela pour « son sens élevé de la fraternité et de l’hospitalité ». Rappelant que derrière chaque réinstallation il y a des familles et une histoire, il a invité les populations à participer activement et de manière constructive, et Endeavour à poursuivre le dialogue et le respect des engagements.
Au nom du chef d’Iguela et des villages impactés, Koffi Kra a traduit l’état d’esprit des communautés : « Nous sommes venus voir, écouter et comprendre. Nous voulons que cette maison soit solide, digne et à l’image de ce que nous sommes ».
Les futurs bénéficiaires, tout en saluant la qualité des constructions, ont relevé quelques ajustements. Djato Kouakou Nicolas, président des jeunes de Dibibango, trouve les salons un peu petits et la cuisine à améliorer. Ouattara Ali, président des jeunes, estime que si c’est ce type de maisons qui est construit, « ce serait mon plus grand souhait ». Poudassier Rougier, président des jeunes d’Assafo, note des imperfections : carrelage de douche ne touchant pas le plafond, absence de lavabo en cuisine et de placards.
Pour Nanan Kouakou Kreme, chef du village de Dibibango, l’événement est singulier : « Les maisons témoins, c’est la joie. Mais la cause est une situation difficile pour les populations déplacées. L’essentiel est de pouvoir rebondir. Et ne pas rester à terre parce qu’on est tombé ».
Rosemonde Desouza correspondante régionale
