Bondoukou, 26 octobre 2026 – Soko veut briller pour son grand jour. C’est le pari du concours « Belle Cité », lancé le samedi 24 octobre 2026 par le préfet de la région du Gontougo, préfet du département de Bondoukou, Kouadio Gbongbo André, dans ce village touristique situé à quelques kilomètres de Bondoukou.
Pendant près d’un mois, du 24 octobre au 19 novembre, les sept quartiers de Soko s’affronteront à coups de balais, de brouettes et d’idées novatrices pour offrir le visage le plus propre, le plus sain et le plus accueillant, à la veille de la 4e édition du Gbiwalogo Festival, prévue du 20 au 22 novembre 2026.
Le top départ a été donné par une opération coup de poing : femmes, jeunes, chefs communautaires et autorités ont investi rues et cours pour traquer plastiques et herbes envahissantes.
Plus qu’un concours, une question de santé publique
L’initiative portée par le commissaire général Jean-Pierre Kouassi ne se limite pas à la cosmétique urbaine. Elle veut ancrer une nouvelle citoyenneté.
« Rendre son milieu sain, c’est un acte de civisme, mais c’est pour nous-mêmes déjà. C’est un problème de santé », a martelé le préfet Kouadio Gbongbo André. Un message clair : un environnement insalubre est un foyer de paludisme, de maladies diarrhéiques et d’infections, particulièrement pour les enfants.
« On ne vient pas présenter quelque chose qui est beau avec les déchets », renchérit Jean-Pierre Kouassi. « L’objectif est de donner à Soko une fière allure et d’en faire un village moderne et accueillant ».
Le principe est simple : chaque quartier doit entretenir, désherber et embellir son espace de vie. Un jury indépendant, composé de bénévoles, de personnes ressources et de spécialistes de l’environnement, évaluera l’impact réel. Les meilleurs quartiers et les citoyens les plus engagés seront primés le jour de l’ouverture du festival.
L’enjeu est direct pour les populations :
Sanitaire : Moins de déchets, moins de vecteurs de maladies. Economique : Soko est connu pour ses singes sacrés, patrimoine touristique unique du Gontougo. Un village propre retient le visiteur, qui consomme, dort et achète. Social : Le concours renforce la cohésion et la fierté d’appartenance, avec les femmes et les jeunes en première ligne, comme lors de la mobilisation du 1er septembre dernier pour valoriser l’événement culturel.
*Gbiwalogo : De la fête culturelle au projet de développement durable*
Si le « Belle Cité » d’aujourd’hui est axé sur la salubrité, le concept n’est pas nouveau dans l’histoire du Gbiwalogo, qui signifie en langue locale Koulango « le grand jour » ou « le jour de festivités ».
Créé par le Réseau des jeunes entrepreneurs pour l’épanouissement du Gontougo (REJEG), le festival a changé d’échelle en quatre ans :
2023 – L’acte fondateur : Première édition du 20 au 22 décembre à Bondoukou, sous le thème « Jeune entrepreneur du Gontougo face aux défis du développement ». L’idée : faire de la culture un tremplin pour l’emploi.
2024 – L’esthétique urbaine : Deuxième édition du 19 au 21 décembre, sur le thème de l’entrepreneuriat jeune comme levier contre le chômage, l’extrémisme violent et l’immigration clandestine. Le « Challenge Belle Cité » consistait alors à transformer Bondoukou en galerie à ciel ouvert. Plus de 200 artistes, dont une centaine d’étudiants de l’Université de Bondoukou, avaient peint des fresques historiques sur les murs, de l’axe musée à l’escadron de gendarmerie.
2025 – La maturité citoyenne : Troisième édition en septembre à Bondoukou, affirmée comme plateforme de cohésion sociale et d’engagement citoyen, revendiquant son caractère apolitique.
2026 – Le tournant durable : C’est l’édition de la transformation. Placée sous le thème « Engagement et Résilience, piliers d’un développement véritable et harmonieux dans le Gontougo », elle veut, selon son commissaire général, « impulser un développement participatif et durable » et dépasser le simple divertissement.
Le choix de Soko est stratégique. Les enquêtes du REJEG ont montré que les producteurs locaux dépendent à 80% de l’anacarde, avec des revenus concentrés sur trois mois. La 4e édition entend promouvoir des chaînes de valeur de contre-saison, tomate et piment, pour assurer une sécurité alimentaire et des Activités Génératrices de Revenus (AGR) toute l’année.
Autre annonce forte de cette édition : la création d’un village artisanal permanent à Soko, sur un terrain offert par la chefferie, construit en matériaux recyclés avec des pigments naturels. L’objectif est d’offrir aux touristes venus voir les singes sacrés un lieu pour découvrir la sculpture, la poterie et repartir avec un souvenir made in Gontougo.
Le programme a été lancé dès juillet, avec un lancement officiel le 14 août et un colloque régional les 25 et 26 août sur le thème « Agir pour le Gontougo, inventer demain aujourd’hui », réunissant cadres et experts.
En lançant « Belle Cité » à Soko, le Gbiwalogo Festival ne nettoie pas seulement un village. Il prépare le terrain pour prouver qu’un festival peut rendre une communauté plus saine, plus solidaire et plus riche.
Rosemonde Desouza correspondante régionale
