Le Projet d’Adressage du District d’Abidjan (PADA) constitue une initiative à saluer.
Il contribue non seulement à moderniser l’adressage dans la capitale économique ivoirienne, mais également à rendre hommage à des personnalités qui, par leur contribution, ont marqué l’histoire et participé au développement de la Côte d’Ivoire.
À travers l’attribution de noms de rues, d’avenues et de boulevards à certaines figures nationales, le PADA permet ainsi de préserver la mémoire collective et de transmettre aux générations futures le souvenir de personnalités ayant joué un rôle important dans la construction du pays.
Le projet devrait également faciliter l’orientation des citoyens et des visiteurs grâce aux outils numériques de géolocalisation, notamment Google Maps ou Yango, à l’image de ce qui se fait dans plusieurs pays développés.
Toutefois, malgré l’importance de cette initiative, plusieurs interrogations méritent d’être posées, notamment sur les critères qui président au choix des personnalités dont les noms sont attribués aux différentes voies du District d’Abidjan.
Sur quelle base une personnalité est-elle retenue pour donner son nom à une rue, une avenue ou un boulevard ? Quels sont les critères permettant de déterminer le type de voie auquel son nom sera attribué ? Existe-t-il une commission ou un mécanisme officiel chargé d’étudier et de valider ces propositions ?
Ces questions sont d’autant plus importantes que le PADA touche directement à la mémoire collective et à l’histoire de la Côte d’Ivoire.
Il apparaît donc nécessaire que les populations disposent de davantage d’informations sur les différentes étapes du processus ainsi que sur les critères retenus.
Un besoin de communication auprès des citoyens
L’un des principaux défis demeure aujourd’hui la communication autour du projet. Beaucoup de citoyens semblent encore peu informés des objectifs, des mécanismes et des critères qui encadrent l’attribution des noms aux différentes voies.
Une communication plus soutenue permettrait de mieux faire comprendre le bien-fondé des choix opérés et d’éviter les incompréhensions ou les interrogations légitimes qui peuvent naître au sein de l’opinion publique.
Une autre question mérite également d’être examinée, celle du lien entre la personnalité honorée et le lieu auquel son nom est attribué.
Dans certains cas, des personnalités se voient attribuer le nom d’une rue ou d’une avenue dans des quartiers avec lesquels elles n’auraient pas nécessairement eu de lien particulier, notamment en termes de résidence, d’activité professionnelle ou d’engagement.
Or, lorsqu’une personnalité est honorée à travers une voie publique, il pourrait être pertinent, lorsque cela est possible, de privilégier un lieu ayant un rapport avec son parcours, son œuvre ou son histoire.
Associer les familles à la démarche
Dans cette perspective, une meilleure implication des familles des personnalités dont la mémoire est honorée pourrait également contribuer à renforcer la portée symbolique du projet.
Informer les ayants-droit, recueillir certains éléments biographiques et historiques et, lorsque cela est pertinent, les associer à la démarche permettrait de mieux valoriser la mémoire des personnalités concernées.
Le PADA est donc une initiative importante qui mérite d’être encouragée. Mais pour renforcer son acceptabilité et sa portée historique, il serait souhaitable que ses promoteurs communiquent davantage sur les critères de sélection, le processus de décision et la logique qui préside à l’attribution des noms des rues, avenues et boulevards.
L’adressage ne doit pas être perçu uniquement comme une opération technique ou administrative. Il constitue également un véritable outil de mémoire, de transmission de l’histoire nationale et de valorisation des hommes et des femmes qui ont contribué, chacun à sa manière, à bâtir la Côte d’Ivoire.
Mieux expliquer les choix opérés, associer davantage les citoyens et les familles concernées et documenter l’histoire des personnalités honorées permettraient de donner au PADA une dimension mémorielle encore plus forte.
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
