Depuis l’indépendance des États africains et l’avènement du multipartisme sur le continent, les campagnes électorales placent très souvent l’argent au cœur du jeu politique.
Dans de nombreux cas, les moyens financiers semblent primer sur les projets de société censés convaincre les électeurs par la pertinence des programmes et la prise en compte de leurs préoccupations.
Les idéaux politiques peinent ainsi à s’imposer dans le débat public. Les électeurs, de leur côté, profitent parfois des périodes électorales pour exiger un soutien financier des candidats. Beaucoup justifient cette attitude par le fait que, selon eux, une fois élus, certains responsables politiques ne respectent ni leurs engagements ni leurs promesses et se font rares auprès des populations.
En Europe, en revanche, les projets de société, les orientations idéologiques et les stratégies de communication jouent un rôle central dans la conquête du pouvoir. Plusieurs chefs d’État ont accédé aux plus hautes fonctions sans disposer de fortunes personnelles importantes, misant davantage sur l’adhésion populaire et la mobilisation citoyenne.
Le financement participatif des campagnes électorales constitue d’ailleurs un modèle dont pourraient s’inspirer certains pays africains.
Un ancien ministre ivoirien confiait à un visiteur que ses charges mensuelles, en raison des nombreuses sollicitations sociales, dépassaient largement son salaire officiel. Cette réalité illustre une pression sociale forte, où l’élu est perçu comme un soutien financier permanent. Dans ce contexte, certains responsables politiques multiplient les postes et les positions de pouvoir afin de faire face aux attentes de leurs militants et de leurs bases.
Lors de la crise politico-militaire de 2002, l’ancien président Laurent GBAGBO déclarait : « Si j’avais su que l’argent pouvait acheter les hommes, je n’aurais pas investi autant dans les armes. »
Cette phrase, au-delà de son contexte, traduit une perception largement répandue, l’argent constitue en Afrique un moyen puissant d’influence et de conquête.
La moralité publique, l’idéal politique et la probité semblent parfois relégués au second plan, au profit de l’enrichissement personnel et de pratiques telles que le blanchiment d’argent ou l’accumulation excessive de fonctions.
Dans des sociétés en quête de repères, la politique devrait pourtant demeurer un espace d’expression des aspirations collectives.
Le père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, rappelait que « la politique, c’est être au service de la société ».
Cette conception exige éthique, responsabilité et exemplarité.
Dans plusieurs pays européens, les présidents de la République ne peuvent se permettre certains excès en raison de la vigilance de l’opinion publique et du rôle des Institutions chargées de veiller au respect strict des lois. En Afrique, en revanche, le contrôle citoyen et institutionnel demeure parfois insuffisant, ce qui favorise des situations où certains responsables politiques s’enrichissent au détriment des populations, dans une relative indifférence.
La question demeure donc centrale, comment réhabiliter l’éthique en politique et replacer les projets de société au cœur du débat démocratique africain ?
Par Adou Évariste Journaliste et Analyste politique
