Invité sur le plateau de RTI 3, dans le cadre d’une émission consacrée à la promotion du sport, Idriss DIALLO, candidat unique à sa propre succession à la présidence de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), a défendu son bilan et présenté sa vision pour la poursuite de son mandat à la tête de l’instance dirigeante du football ivoirien.
Si la gestion de la FIF et les résultats obtenus ces dernières années constituent l’un des principaux enjeux de cette élection, une autre question mérite aujourd’hui une attention particulière, la désaffection du public pour le championnat national.
Depuis plusieurs décennies, le championnat ivoirien peine en effet à mobiliser les supporters. Les tribunes sont souvent clairsemées et l’engouement populaire qui entourait autrefois les rencontres de football semble avoir progressivement disparu. Cette situation pose la question de l’attractivité du championnat et, plus largement, de l’avenir du football local.
Des infrastructures modernes, mais des stades encore peu fréquentés
La CAN 2023, organisée en Côte d’Ivoire, a permis au pays de se doter d’infrastructures sportives modernes et de stades répondant aux normes internationales. Ces investissements constituent une véritable opportunité pour le développement du football ivoirien.
Il appartient désormais à la FIF et à l’ensemble des acteurs du football de réfléchir à une stratégie permettant de ramener massivement les supporters dans les stades.
Pour y parvenir, les différents acteurs du football, dirigeants de clubs, collectivités territoriales, joueurs, encadreurs, sponsors et supporters devraient être pleinement associés à la réflexion sur l’avenir du championnat national.
Et si les collectivités décentralisées à savoir les Mairies et les Conseils Régionaux devenaient de véritables pôles de football ?
Une piste pourrait consister à travailler davantage avec les Conseils régionaux afin de favoriser la création et le développement de clubs ou d’équipes représentant les différentes régions du pays.
La Côte d’Ivoire compte 31 régions. Pourquoi ne pas s’appuyer davantage sur cet ancrage territorial pour développer une véritable politique de proximité autour du football ?
La mise en place d’une compétition ou d’un classement réunissant des équipes régionales pourrait permettre à certaines rencontres de se disputer devant leur public, dans les différentes régions du pays.
Une telle approche pourrait contribuer à créer un sentiment d’appartenance et à inciter les populations locales à venir soutenir leur équipe.
Redonner aux clubs les moyens de leurs ambitions
La question des moyens financiers accordés aux clubs doit également être posée.
Les présidents de clubs pourraient être davantage accompagnés afin de disposer de ressources suffisantes pour recruter des joueurs de qualité et bâtir des équipes compétitives.
Le football ivoirien a connu, dans les années 1980 et 1990, une période où certains clubs suscitaient un véritable engouement populaire.
Les noms de Simplice ZINSOU et de Roger Ouégnin, notamment, restent associés à cette époque où les rivalités entre grandes équipes contribuaient fortement à l’animation du football national.
Aujourd’hui, il est nécessaire de réfléchir aux moyens de recréer cette passion autour du championnat ivoirien.
S’inspirer des expériences européennes
La FIF pourrait également envisager des partenariats ou des programmes d’immersion auprès de fédérations européennes afin d’étudier les mécanismes qui permettent à certains championnats de mobiliser régulièrement des milliers de supporters dans les stades.
Marketing sportif, billetterie, animation des tribunes, communication des clubs, formation des jeunes, droits télévisés et développement du sponsoring sont autant de leviers qui pourraient être étudiés et adaptés aux réalités ivoiriennes.
Repenser le football ivoirien
La Côte d’Ivoire dispose par ailleurs de nombreux centres de formation et d’un vivier important de jeunes talents.
Il existe donc des bases solides pour construire une politique ambitieuse de développement du football local.
Au-delà de l’élection à la présidence de la FIF, c’est donc une réflexion globale sur l’avenir du football ivoirien qui mérite d’être engagée.
Pourquoi ne pas également œuvrer au retour de grandes affiches capables de susciter l’enthousiasme populaire, à l’image du mythique derby ASEC–Africa, qui a marqué l’histoire du football ivoirien ?
La question est désormais posée aux dirigeants et à l’ensemble des acteurs du football, comment redonner au championnat national son attractivité, remplir les stades et faire renaître la passion du football ivoirien ?
Adou Évariste Journaliste et Analyste Politique
