Dr. Koné Klotoum épse Coulibaly est Médecin endocrinologue, diabétologue nutritionniste. Diplômée en gestion de projet et de management des services de santé, . Elle exercice depuis 2013 à la direction de la formation et de la recherche en santé. Elle est également Coordinatrice d l’ONG « performance et bien- être » qui prend en charge des personnes souffrant de maladies chroniques. Dans cet entretien qu’elle nous a accordé, elle donne des astuces pour vivres avec ces maladies et conseille des techniques pour les éviter.

L’hypertension artérielle est-elle une maladie métabolique ?
L’hypertension artérielle, en tant que telle, n’est pas une maladie métabolique. Les maladies métaboliques sont des maladies qui sont liées au fonctionnement de l’organisme, notamment au niveau des problèmes de calcium.
L’hypertension artérielle est une maladie chronique dont on ne trouve pas dans la plupart des cas, l’étiologie. Mais elle est due à l’élévation de la pression artérielle au-delà de 140 et 90 millimètres de mercure. Donc ce sont les chiffres qui donnent le diagnostic. il faut avoir fait la prise de tension par 02 fois en différents jours d’écart. En effet, on peut prendre la tension un jour où la personne est stressée et puis croire que c’est sa tension normale qui est élevée : erreur. Alors il faut faire un contrôle un autre jour où la personne est plus détendue pour en avoir la certitude.
Quelles sont les causes de cette maladie et comment se manifeste-t-elle ?
Dans la plupart des cas, 90% des hypertensions, sont appelés hypertensions essentielles. Et dans les 10% restants, ce sont des hypertensions secondaires à certaines maladies.
Est-ce qu’on peut totalement guérir de la maladie ?
C’est ce qui en fait une maladie chronique. Ceux qui peuvent guérir de l’hypertension, ce sont ceux qui font l’hypertension secondaire à une certaine pathologie.
Quand la pathologie causale est traitée, normalement, tout rentre dans l’ordre. Mais les hypertensions essentielles doivent suivre des traitements à vie.
Quelles sont alors les astuces et comment vivre longtemps avec la maladie ?
Il faut déjà commencer par suivre son traitement. Faire le maximum possible pour éviter le stress. Il faut aussi suivre le régime qui accompagne le traitement. Et la pratique du sport nous permet toujours d’éviter le surpoids qui va venir créer d’autres soucis avec les vaisseaux. Parce que si on a un surpoids, une obésité, on augmente la graisse dans l’organisme et c’est cette graisse-là qui vient obstruer les vaisseaux pour compliquer les problèmes de l’hypertension. Donc il faut arriver à maîtriser son poids.
Dans le cas de l’hypertension, il faut réduire l’apport sodé dans l’alimentation. On ne dit pas d’arrêter totalement car on a besoin de sang salé. Il ne faut pas en apporter en surplus parce que ça augmente les problèmes au niveau du rein. Déjà que l’hypertension, à long terme, va endommager le rein, il ne faut pas précipiter les choses.
Pour quelqu’un qui est paralysé d’un côté comment intervient la complication et comment fait-il pour vivre avec la maladie ?
La personne est déjà passée au stade de complication. C’est une personne qui a fait un accident cardio vasculaire (avc) avec un déficit de demi corps. Cela peut survenir quand la personne ne prend pas correctement ses médicaments, ne suit pas correctement son traitement ou a subi un choc émotionnel. La complication intervient quand l’hypertension a duré un certain temps et quand elle n’est pas équilibrée, c’est-à-dire que ses chiffres tensionnels ne sont pas maîtrisés, et il fait de grandes poussées et se retrouve à 20 ou 21.En général, il va forcément faire des complications. Très souvent ce sont des choses qui arrivent subitement.
Il y a deux types d’AVC. Il y a l’AVC ischémique qui est dû à l’obstruction complète d’un vaisseau. Et le territoire du cerveau alimenté par ce vaisseau prend un coup. Tous les nerfs qui dérivent du côté de ce cerveau prennent un coup. Et il y a l’AVC hémorragique qui est dû toujours au vaisseau mais là il y a rupture du vaisseau et le sang coule dans une partie du cerveau qu’il endommage en l’inondant. Dans tous les cas il s’agit d’un problème de vaisseaux.
Celui qui est dans cette complication comment s’y prend-il ?
En général quand la personne fait l’AVC on l’envoie à l’hôpital : l’urgence est ainsi levée. Quand on a réussi à maîtriser le problème au niveau du cerveau et qu’il est conscient, il doit suivre des séances de rééducation. Et la rééducation est coûteuse, vu nos maigres revenus.
Pour les personnes qui ne font pas la maladie, que faire pour l’éviter ?
L’hypertension est un facteur de risque cardio-vasculaire au même titre que la plupart des maladies métaboliques. Donc Il faut éviter d’être obèse parce que c’est de là que commencent tous les problèmes. Et l’obésité est due généralement à l’excès de nourriture. C’est culturel chez nous puisque nous mangeons beaucoup.
Je conseillerais aux gens de suivre un peu le régime du diabétique pour des gens qui ne font pas de sport. Le régime du diabétique n’est pas très différent de celui prescrit à une personne sédentaire. Quand on est conscient qu’on ne fait pas de sport, il faut vraiment réduire les apports nutritionnels. Déjà adulte, on n’a plus besoin de grandir, donc l’excès de nourriture devient de la graisse. Dans l’organisme la forme de stockage de l’énergie, c’est la graisse. Et puis trouver le temps quand même de se détendre un peu parce qu’on a une vie très stressante. Avoir une vie sobre, c’est à dire éviter le tabac et l’alcool le plus possible. Chez nous, les femmes ne fument pas beaucoup. Dieu merci
Tout excès nuit. C’est largement suffisant de se contenter de 03 verres de vin dans la journée.
Un hypertendu peut-il consommer l’alcool ?
Quelqu’un qui a l’hypertension doit s’abstenir de boire, c’est l’idéal. Mais s’il ne peut pas vraiment, il peut se limiter à une quantité restreinte. Sinon l’idéal, c’est qu’il arrête carrément l’alcool et le tabac.
Comment identifier alors un diabétique ?
Les divers signes qui attestent que l’on est diabétique, c’est quand vous mangez, vous buvez et urinez beaucoup, vous urinez beaucoup et quand vous perdez du poids. Arrivé à ce stade, vous faites une complication aigüe. Vous êtes ainsi à plusieurs années de diabète. Mais comme il n’y pas de signes, les gens s’en préoccupent peu.
Il y a également le cas de certains hommes qui, n’arrivant pas à être en bonne érection, courent maintenant à l’hôpital. Voilà également un signe de diabète qui entraîne le dysfonctionnement de l’organisme. Celui qui est hypertendu ne connaît pas ce problème.
Les maladies chroniques s’accompagnent de facteurs psychologiques qui entrainent des complications. C’est pourquoi certaines personnes ont du mal à accepter qu’ils soient amputés d’un de leurs membres. A ce niveau, le véritable problème n’est pas la maladie mais plutôt l’acceptation de la situation. Parce que la situation d’un diabétique change complètement ses habitudes alimentaires : prendre régulièrement ses médicaments, faire du sport ; cela fait beaucoup de contraintes vraiment difficiles à supporter.
Est-ce que les médecins sont suffisamment outillés pour soigner les hypertendus ?
Oui parce que nous avons d’excellents médecins qui sont très sollicités à l’extérieur. Notons que le ministère de la santé fait beaucoup d’effort pour que les médecins soient outillés pour être en phase avec la technologie. Notons également l’ouverture de la spécialité d’ endocrinologie-diabétologie. Il y a des cliniques du diabète un peu partout en Côte d’Ivoire : Abengourou, Yamoussoukro, etc. afin de rapprocher le plus possible, les spécialistes des populations pour une large sensibilisation quant aux risques liés à cette maladie. Les médecins généralistes peuvent apporter les premiers soins de l’hypertension. C’est quand il y a des urgences hypertensives que souvent l’on adresse le patient en cardiologie. C’est pourquoi pour le commun des mortels, dès qu’on le diagnostic hypertendu, le patient court à l’Institut de cardiologie. Pourtant toutes les hypertensions ne sont pas d’origine cardiaque.
Il y a l’hypertension qui est liée à la cardiopathie quand ce patient fait une urgence. Il vient de faire une complication, c’est peut-être une hémiplégie qu’il vient de faire et il tombe. Comme on le dit couramment la tension l’a fait tomber et on le conduit à l’Institut de cardiologie. Là-bas, l’urgence est levée et il continue son traitement. Donc c’est pour les urgences normalement qu’on doit aller à l’Institut de cardiologie.
Y a- t- il un lien entre le diabète et l’hypertension artérielle ?
On dit communément que diabète et hypertension, c’est Monsieur et Madame. Parce que généralement, ils ont les mêmes facteurs de risques. Ce qui fait que quand vous avez l’une des deux maladies, c’est que vous avez les mêmes facteurs de risque pour développer l’autre. Donc ça fait que généralement, si l’un s’est déclenché, forcément l’autre est sous-jacent.
Cela veut dire que vous êtes dans le même canevas.
Comment éviter le diabète autrement pour celui qui n’e l’a pas ?
Le diabète est lié à notre mode de vie qu’il faut changer. Il faut revoir notre façon de manger ; on dit de manger équilibré. il faut réduire la consommation d’alcool, faire du sport et éviter d’être obèse. Il faut tout doucement, manger un peu de tout en petite quantité car chaque nourriture à ses constituants. Pour ceux qui ont une prédisposition génétique, ils n’ont pas le choix, C’est sûr qu’avec l’âge, ils feront la maladie. Tout comme les femmes enceintes qui font le diabète encore appelé diabète gestationnaire.
Docteur, est-ce que le diabète est lié à une plaie au pied ?
La plaie au pied est une complication du diabète. En fait chez le diabétique, il y a des complications au niveau des nerfs donc le diabétique sent moins la douleur par rapport à une personne ordinaire. De ce fait, il peut se blesser et ne pas se rendre compte car ses nerfs ne sont pas aussi fonctionnels que ceux d’une personne ordinaire. L’hypertension est aussi un facteur d’hypercholestérol quand on a des soucis au niveau du vaisseau, on appelle ça le pied artéritique. Ce sont les facteurs qui aggravent le pied diabétique chez le malade. S’il n’a pas de soucis de vaisseau ça veut dire qu’il n’a pas de problème de cholestérol mais plutôt des soucis de nerf. Dès qu’il a eu sa blessure et qu’il est vite allé à l’hôpital, il ne sera pas amputé de sa jambe. Mais quand vous avez un souci de vaisseau qui est déjà endommagé, avec le problème de cholestérol et que la partie n’est plus viable, quand il y a une plaie à cet endroit ça progresse rapidement en plus du problème de sucre. Cela rend difficile la cicatrisation et aggrave la situation.
Quand les deux maladies s’associent, que se passe-t-il chez le patient ?
Il y a danger. Une personne qui a les deux maladies qui compliquent sur tous les organes nobles, ça devient deux fois difficile à gérer. Et puis les contraintes pour le patient aussi doublent parce que déjà il y a le régime hyposodé pour l’hypertension et le régime hypocalorique pour le diabète qu’il doit suivre. C’est beaucoup contraignant.
Dans ce cas que doit faire ce patient ?
Ce patient doit déjà accepter sa condition. C’est souvent ça le problème. Les gens ont du mal à l’accepter et le prennent souvent comme une calamité. Pourquoi c’est à moi que cela arrive. Le problème psychologique est très important parce que quand vous créez l’anxiété vous-mêmes, c’est sûr que le corps ne va pas supporter.
Mais quand vous vous dites que je peux surmonter cette épreuve, quelles que soient les contraintes, je peux gérer mes deux maladies, être équilibré et avoir une vie comme tout le monde, vous verrez que ce sera plus facile.
Quelles sont les dispositions à prendre au plan nutritionnel et médical ?
Nous pouvons consommer tout ce que nous mangeons habituellement. Quand on dit que quelqu’un est Hypo, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas consommer de sel du tout. L’on peut manger du sel mais en très petite quantité.
Chez les diabétiques quand on demande de ne pas manger de sucre, on fait référence au sucre rapide utilisé dans les pâtisseries. Sinon les féculents que nous consommons, contiennent du sucre. En toute chose, il ne faut pas abuser. Même la bière que consomment nos enfants, ils arguent qu’il n’y a pas de sucre ; c’est faux, même si la bière ne semble pas sucrée. La plupart de ce que nous mangeons contient du sucre lent ou du sucre rapide. Mais nous sommes tenus d’en manger en petite quantité.
Vous connaissez les bols que les diabétiques prennent pour servir leur nourriture. C’est une petite quantité, mais ils vivent avec. C’est dire qu’on peut manger comme ça et vivre. Si vous dites aux gens de changer leurs habitudes alimentaires, ils vont vous fuir et ne viendront plus à l’hôpital pour les consultations ; déjà que les médicaments et les examens coûtent chers et que désormais pour s’alimenter il faut qu’il aille dans les grandes surfaces, ils vont vous fuir. C’est ce qui les conduit souvent chez les tradipraticiens pour nous revenir après dans un état comateux. Maintenant, s’il peut faire des efforts pour varier un peu, c’est bon.
Les Asiatiques consomment très souvent le riz mais ils ne sont pas les populations les plus atteints par le diabète. Quand vous êtes trop stricts sur le régime c’est clair que le patient va vous fuit. Pourtant ce n’est pas l’objectif. Si quelqu’un mange un poulet entier, il doit passer à demi et après le quart puis un petit morceau et il sera rassasié.
Au plan médical, commençons par mettre dans nos habitudes de faire un minimum de bilan. N’attendons pas d’être malade. Si on peut faire la glycémie une fois l’année et contrôler sa tension deux fois l’année c’est bon. Mais quand on a des valeurs limites, il faut refaire un deuxième contrôle. Par exemple si j’ai fait ma glycémie et que je me retrouve entre 1,1 et 1,26 et je vais m’asseoir à la maison pour dire que le diabète c’est quand c’est au-dessus de 1,26. Non c’est maintenant qu’on peut commencer à te sauver. Ce sont des valeurs limites ce qu’on appelle le prédiabète. C’est sur ces personnes-là qu’il faut axer le travail. Et s’il n’avait pas fait sa glycémie, il ne saurait pas qu’il est à ce stade et qu’il doit déjà commencer à changer ses habitudes alimentaires. Et c’est 5 ans après qu’il viendra à l’hôpital parce qu’il y a les complications.
Quand les examens sont faits régulièrement, vous aurez une idée de ce à quoi vous devrez faire attention. Si quelqu’un fait son examen qu’il est déjà à 2 grammes, nous l’orientons vers le service des diabétiques.
photo diabeto bon
Un diabétique ou hypertendu peut–il être guéri par un tradipraticien ?
Je ne leur conseille pas cette voie. Car on ne guérit pas des maladies chroniques. Mais les gens y vont pour deux raisons. La première, les tradipraticiens leur donne l’illusion de guérir de ces maladies ; et la deuxième raison ce n’est pas coûteux. Or en général, ces patients nous reviennent comateux ou souffrant d’AVC. Ils reviennent toujours en tableaux catastrophiques. Et comme souvent on ne fait même pas d’autopsie, certains se tapent une insuffisance rénale. Quand les parents voient qu’il est carrément affaibli, ils l’envoient au village disant qu’il va mourir tranquillement. Et là et on n’a plus de retour.
En réalité on ne sait même pas la dose ou la substance qu’ils consomment chez les tradipraticiens. Pour quelqu’un qui a une tare avec des organes nobles affaiblis, tu vas prendre des médicaments dont on ne sait pas la posologie, le principe actif et où cela va te conduire. Parfois celui même qui fait son médicament ne sait pas si ça va vraiment guérir le patient. Sinon si certains font la preuve de l’efficacité de leurs molécules, ce sera un honneur pour nous. C’est la science ivoirienne qui serait au-devant. On aurait un scientifique qui aurait trouvé un médicament qui fait baver le monde.
Avez-vous un appel à lancer à l’endroit de malades et non malades ?
A l’hôpital, on recommande un code de conduite aux hypertendus. S’ils peuvent faire l’effort de suivre ça et prendre régulièrement leurs médicaments, je pense qu’ils vivront longtemps et pourront-ils vieillir avec leur maladie. Il y a des personnes âgées de 80 ans qui sont hypertendues. Elles vous diront qu’elles sont hypertendues depuis 30 ans maintenant.
Les personnes qui acceptent de suivre correctement leur régime et prennent normalement leurs médicaments vivent encore de nombreuses années avec leur mal.
C’est aussi valable pour les diabétiques. Seulement dans le cas du diabète ; ce sont les profanes qu’il faut encourager. Aujourd’hui les pharmacies nous aident. Il faut rapidement des tests de glycémie pour que les gens aient envie de connaître leur taux de glycémie. Et c’est avantageux de le connaître assez tôt en vue de prévenir plutôt que d‘attendre un avc ou de faire une assytosicose. La glycémie n’est pas coûteuse. C’est peut-être 1000F ou 2000F en fonction des structures.
In la nouvelle Alliance
