Reportage/ Zouan Hounien (ouest de la côte d’ivoire) : la ville natale de Mabri Toikeusse croule sous le poids des ordures

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Du 23 mars au 30 avril 2021, un séjour à Zouan-Hounien, une localité située dans le grand Ouest ivoirien, dans la région du Tonkpi, a permis , au cours d’un reportage, de toucher du doigt les défis que la mairie de Zouan-Hounien peine à relever. Entre autres, l’insalubrité et le manque d’entretien de la cité font grogner la population.

 

Pour une fois, il fallait sortir du brouhaha citadin d’Abidjan pour respirer l’air frais de la campagne. A Bin-Houyé, une ville dans l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, le bitume, par endroits dégradé ou en cours de réparation, prend fin. Le tronçon Bin-Houyé – Zouan-Hounien est en terre sans asphalte. Mais pourquoi cet axe n’a pas été bitumé ? L’histoire remonte à l’époque du premier président de Côte d’Ivoire, dit-on. Des trous plus ou moins profonds ou larges imposent le ralentissement aux usagers. Selon les riverains, en période de pluies, la voie est couverte de boue argileuse très glissante. Pendant la saison sèche, la poussière envahit tout le secteur. Pour eux, c’est une lapalissade de parler d’accidents de moto-taxis, principaux moyens de transport de la zone.  » Il ne se passe pas de jour sans qu’un moto-taxi ne tombe avec ses passagers ou marchandises. On enregistre souvent des cas graves. « , témoigne une dame, la cinquantaine à peine entamée, assise devant son étal de condiments.

 

A quelques encablures de Zouan-Hounien, déjà, à partir d’un collège privé de la place, les herbes, les ordures et la route se disputent l’espace. La voie se rétrécit.

L’on peut aisément se faire une idée de ce que le centre ville réserve en termes de salubrité urbaine.

 

Akwaba Zouan-Hounien

 

Bienvenue à Zouan-Hounien, principale ville de la zone d’exploitation d’or à Ity et villages environnants. Mais pourquoi la cité présente-t-elle un panorama peu reluisant nonobstant son appellation de ville minière, pourrait-t-on se demander. En effet, à Topeuville, un quartier de la ville, sur le côté de la route principale qui traverse Zouan-Hounien en partance pour Danané se dresse une brigade de gendarmerie. En face, l’église catholique. Comme si l’on partait au quartier Yacouba, une voie bitumée à la hâte conduit à la résidence du préfet du département. A quelques mètres, se trouve la chefferie traditionnelle centrale qui fait aussi office de tribunal coutumier. De ce qui précède, ce périmètre entoure le quartier résidentiel où logent ou travaillent les autorités administratives, militaires,  religieuses et coutumière de Zouan-Hounien. Et pourtant, un pan de la clôture de la caserne des maréchaussées fait face à une broussaille où s’invite aussi un dépotoir en gestation à l’entrée de la demeure du préfet. De l’avis d’un passant, vu les attaques récurrentes des positions des militaires ivoiriens, une caserne ne devait pas être abandonnée dans les broussailles. Des quidams mal intentionnés peuvent s’en inspirer. Un autre, pour sa part, préconise que les gendarmeries, les commissariats, les bureaux des Eaux et Forêts et des Douanes, surtout ceux dans les zones frontalières, soient équipés de vidéos de surveillance à distance pour veiller aux grains sur tout ce qui se passe à l’extérieur et à l’intérieur des camps.

Direction centre ville de Zouan-Hounien.

 

Le grand dépotoir de Zouan-

Hounien qui fait polémique

 

Le dégoût est à son comble ! Le grand dépotoir de Zouan-Hounien est là, dégueulasse, comme semblent le dire les piétons, les automobilistes, les moto-taxis…Mines froissées, le nez et la bouche fermés, tous se précipitent pour traverser un tant soit peu  » l’enfer ordurier  ». Des ordures fraîches s’entassent sur les anciennes. Des fruits et des légumes en putréfaction, des sachets noirs, bleus et autres couleurs jonchent partout. Une eau noirâtre et nauséabonde stagne. Dans le bas-fond, un moulin déverse ses sons de riz qui s’amoncellent.

 

Vives réactions du voisinage

Contre le dépotoir central

 

Les commerces aux alentours s’en plaignent.  » Nous travaillons ici toute la journée. Nous respirons les odeurs fortes qui proviennent du dépotoir. »,  » Notre activité est incompatible avec la saleté et le manque d’hygiène. Nous vendons de la viande et du poisson. Ces tas d’ordures nous gênent énormément. » Voici en substance et en quelques mots, les expressions de mécontentement dû au désagrément que cause le grand dépotoir de Zouan-Hounien.

La mairie ne s’en soucie guère et s’en moque apparemment. De jour comme de nuit, les ordures ménagères se jettent au  » cœur  » de Zouan-Hounien  ».

 

Tous demandent la délocalisation du grand dépotoir vers un autre site

 

Au cours d’un micro-trottoir, unanimement, la population interrogée; femmes, hommes, même les ménages qui jettent les ordures, demandent au maire Dopeu Roger Zrakpa, de supprimer ce présent dépotoir  » au cœur de la ville  » et le délocaliser ailleurs. Du reste, il faut supprimer les dépotoirs situés tout au long de la voie bitumée, celui aussi d’un collège privé proche, vers l’hôpital général de Zouan-Hounien, plaident des élèves et quelques jeunes, non sans mettre en garde :  » si rien n’est fait, un jour, débordés par les ordures, nous les déverserons dans les rues et dans la cour de la mairie. » Pendant ce temps, des travaux de réhabilitation des bureaux d’un groupe de sécurité avancent à grands pas. Les nouveaux locataires accepteront-ils le voisinage d’une poubelle qui fait grogner toute la ville ?

Un élève en classe de première D, indique la présence d’un autre débarras au quartier Campus. Chemin faisant, au quartier Glileu, un tas d’ordures ménagères expose toute sa laideur. Pire, le dépotoir gagne du terrain dans la cour de l’école primaire publique du nom du même quartier. Évidemment, le personnel enseignant de l’établissement primaire en question dit ne plus savoir à quel saint se vouer.  » Des actions ont été menées auprès des autorités pour que cesse le dépôt d’ordures dans l’enceinte de l’école. Mais rien n’y fit. Ni le chef du village, ni l’inspection de l’enseignement primaire, le Coges et la mairie, n’ont pu trouver de solution. Les riverains continuent d’y déverser leurs rejets. », se désolent les instituteurs du groupe scolaire Glileu. Au Lycée moderne Koui Mamadou de Zouan-Hounien, c’est le même décor de malpropreté. Une butte gigantesque d’immondices co-habite avec le cours secondaire. Les élèves et les professeurs sont vent debout :  » que la mairie débarrasse ces tas d’ordures du Lycée. Mieux vaudra que cette poubelle soit délocalisée ailleurs. » Les habitants du quartier Campus abondent dans le même sens et accusent la mairie. A les entendre, ne pouvant pas garder leurs ordures dans leurs maisons, contre leur gré, ils improvisent un dépotoir. Quand la mairie met du temps à enlever les détritus, ils les brûlent. La fumée, la mauvaise odeur qui s’en dégage, le paysage, loin d’être pittoresque, dégradent leur cadre de vie.

 

Tirs groupés sur la mairie de Zouan-Hounien

 

La population de Zouan-Hounien, dans l’ensemble et en silence, ne décolère pas. D’un quartier à un autre, c’est le même cri de fin de mandat du présent conseil municipal sous la houlette du maire Roger Zrakpa. Et pour cause,  » la mairie ne fait rien pour la population  »,  » les ordures traînent par terre partout  »,  » aucune initiative sérieuse du maire n’est visible  ». Des adversaires politiques s’en mêlent. Selon eux, pour l’heure, ils laissent l’équipe de Zrakpa travailler à sa façon. Deux mandats à ne rien faire pour Zouan-Hounien, pensent-ils,  » ça suffit  ». Il dénote des comportements et des lapsus que les échéances à venir seront âpres. Ces chants de cygnes annoncent la mort d’un cadavre.

 

Des quartiers dans les broussailles

 

Gouèssesso, trois colatiers, sous quartiers de Kangbeuville, sont abandonnés dans les broussailles. Pareil au quartier La paix et Plateau de Zouan-Hounien. Une ménagère s’offusque :  » il n’y a pas de route. Les voitures n’ont pas accès au quartier. Nous chargeons nos bagages sur la tête. » Sur la même aire, en direction de  » la route de la mine  », jusqu’au quartier Boribana, se signalent des décharges dont se plaignent des tenanciers de maquis, bars et restaurants.  » Ces ordures chassent nos clients. » A Habitat, Gomé Tého, un résident du quartier, parmi tant d’autres, se plaint d’une présence massive et gênante de mouches et de moustiques. Il attribue cette occurrence anormale de bestioles au manque de propreté de la commune de Zouan-Hounien. Et pourtant,

 

 » La mairie a reçu des moyens pour

assainir la ville  »

 

Selon une affiche lue au tableau d’affichages, à la préfecture de Zouan-Hounien, le 20 janvier 2021, une Société qui exploite la mine d’or d’Ity, au cours d’une cérémonie publique, a remis une benne et des matériels de salubrité à la mairie. Étant entendu que ces outils servent pour la propreté de la commune.  Mais, qu’à cela ne tienne. Des immondices, pêle-mêle, traînent toujours dans la cité. Comme un mauvais ouvrier qui accuse ses outils, des agents de la mairie commis à la tâche, s’en prennent au manque de batterie dans le camion.  » Les gens ont volé la batterie de la benne de ramassage. Elle est garée. C’est pourquoi on ne peut pas enlever les ordures.  » Foutaises  », scandent des administrés.  » Comment la mairie peut-elle expliquer qu’une voiture qui coûte des millions de francs CFA lui soit offerte gracieusement et que pour une batterie d’à peine quelques milliers de  francs CFA, la roue cesse de tourner . »

 

 » Des centaines de millions dans la caisse de la mairie  »

 

Selon un sachant et habitué des réunions du conseil municipal de Zouan-Hounien, les Sociétés minières qui exploitent le gisement d’or du département de Zouan-Hounien, par an, versent des centaines de millions à la mairie, au titre de leurs contributions au développement de la commune et partant du département. Si tel est le cas, des travailleurs  » à la mine  », filles et fils de Zouan-Hounien, se disent peinés et révoltés. Pour eux, Zouan-Hounien devait avoir fière allure d’une ville en plein essor. Cependant, vu l’état comateux dans lequel sombre la commune, ils se demandent si les élus du peuple travaillent au bénéfice du peuple.

D’une opinion à une autre, c’est le même constat. Au dire de la société civile, des leaders politiques, jeunes et adultes, commerces et fonctionnaires, Zouan-Hounien mérite mieux que de croupir dans les ordures et les broussailles qui reprennent leur droit sur la voirie abandonnée. Certains exigent un audit financier en fin de mandat et éventuellement une poursuite judiciaire si des malversations sont avérées. D’autres, plus pressés, envisagent une convocation du maire Dopeu Zrakpa à s’expliquer devant l’Assemblée nationale.

Par souci d’équilibre d’information, si les autorités administratives préfectorales ont accepté de donner leur avis, la mairie, par contre, a refusé de se prononcer sur la gestion des affaires de la commune. Pendant ce temps, Zouan-Hounien,la ville natale du ministre Toikeusse Mabri Abdallah, président du conseil régional du Tonkpi,   ville minière, fait piètre mine.

 

 

Kpess Kasa Kibaru

 

 

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