Interview / Wafa, styliste modéliste : « Les gens n’ont plus d’argent pour faire les grands mariages »

0 1 966

En Côte d’Ivoire, lorsqu’on parle de Wafa, cela renvoie à la mode, à l’excellence. Selon vous qu’est ce qui fait la différence entre vous et les autres acteurs de ce secteur?

Vous savez  chacun est fort dans son domaine. En ce qui nous concerne, nous mettons  beaucoup en avant la valeur dans le travail, la finition, la bonne couture, l’originalité, la rapidité, le service après-vente,. Mais aussi on fait des évènements mais avec la covid19, on a arrêté un peu. Ensuite  on a notre site internet .Mais  en fait la mode WAFA c’est la créativité, la proximité dans le travail. En outre parce que nous avons nos boutiques qui créent aussi le rapprochement entre nos clients et nos produits. Aussi avec nos équipes, on arrive à remonter deux boutiques. Cela dit ça bouge un peu.

Le constat, c’est les dames d’un certain  niveau social qui consomment les produits Wafa .Qu’est ce qu’elles apprécient de vous ?

Cela veut dire que Wafa est toujours avec les clients. Lorsque le travail est là, je me mets à la tâche. Bien sûr il y a des assistants qui me donnent la main mais je suis en contact directe avec les clientes. Et selon les cérémonies, la morphologie et la taille je leur donne des conseils et c’est tout cela qui compte et qui fait que ces dames sont attachées à mes produits.

Est ce qu’il y a  des moments où Wafa a été confrontée à des plaintes de clients pour produits ratés?

Oui, il peut avoir cela puisque c’est sur mesure. Mais lorsque les gens réagissent, on a juste ce qu’ils veulent et ça passe après. En revanche, il n’y a  jamais eu une cliente qui est venue vers nous pour nous dire qu’on a raté sa robe. Il  y a les essayages qui permettent d’ajuster. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas  des accidents mais on rattrape et elle repart contente. Vous savez, pour nous ce n’est pas seulement le prix à payer qui est important .Mais plutôt la  joie de  la satisfaction que la cliente ressent lorsqu’elle repart

A ce niveau, la tâche ne doit pas être aisée pour vous?

Non, la couture n’est pas du tout facile, il faut la passion pour la réaliser. Cela il faut beaucoup d’attention et de patience pour comprendre les clients qui viennent vers vous afin de réaliser son vœu.

Quelle est la source d’inspiration de Wafa lorsqu’elle  est devant la demande d’un client?

Alors, nous avons besoin de sa forme et le teint de la cliente. Mais on lui demande d’abord le genre de cérémonie où elle souhaiterait porter le vêtement. Du coup cela nous donne une idée de ce qu’on va faire. Donc l’occasion nous inspire, ses envies et j’ajoute ma touche afin que cela soit quelque chose que moi-même je dois aimer aussi. Parce que si je n’aime pas  ce que je fais cela peut impacter négativement sur l’habit.  Et  c’est sûr que je ne ferai pas un bon travail. En plus, il y a la mode internationale à travers les revues et magazines ou soit par internet. On utilise les sites qui parlent de la mode internationale pour susciter notre inspiration, il y a aussi les grands stylises qui sont d’actualités qui enrichissent nos connaissances.

Comment se font les commandes ?

Nous avons ici deux styles de travail. Il y a sur mesure  mais on travaille beaucoup avec les prêt-à-porter avec nos boutiques. Je fais ma collection qu’on publie sur nos sites et les clients regardent et font leurs commandes. Donc on fait la commande et sur mesure.

Avec l’avènement de la covid19, comment  Wafa a géré cette situation ?

Je vous dis que cela n’a pas été facile du tout. D’abord on s’est confiné et fermé les boutiques et on ne reçoit pas du tout. Mais lorsque la situation s’est allégée, on a instauré les mesures barrières dictées  par le ministère de la santé et de l’hygiène publique. On a acheté beaucoup de cache nez. Et lorsque les activités ont  effectivement repris, on a commencé à travailler comme avant

A quel niveau la crise a impacté vos activités ?

Vous savez, on a arrêté le travail et mes collaborateurs sont rentrés chez eux, cela a bloqué les activités. Pourtant les dépenses sont toujours restés les mêmes. Il y a le loyer ) des boutiques (malgré la fermeture des boutiques, nous devons payer leurs loyers), les problèmes de santé à régler, de nourriture. Il faut donc réduire les dépenses pour pouvoir survivre.

A combien pouvez-vous estimer ces dépenses?

Vous voyez par exemple le loyer de notre boutique à cap sud, c’était fermé mais on doit payer et on l’a fait. C’était chaud.  Même cette année on a décidé de ne pas voyager à cause de la maladie à Coronavirus. Il faut dire que cette maladie a été méchante. On parle même d’une forme de Covid19 qu’on appelle variant Delta, on espère qu’elle ne va pas arriver ici.

Depuis que tout a commencé à aller, quelle est la fréquence de votre clientèle à votre atelier ?

Oui, il y a nos clients qui avaient des difficultés  à arriver ici  parce qu’ils étaient aussi touchés par la présence de cette maladie. Les sociétés sont liées hein ! Si cela ne va pas chez eux, ils ne vont pas venir acheter chez nous et vice versa. Moi j’ai une amie, elle est en France mais l’Etat lui donne 10 mille dollars par mois pour qu’elle manger et vive. Il ne paye  pas l’impôt et l’Etat s’occupe d’elle. Ce qui n’était pas le cas ici où on était obligé de payer tout malgré cette situation difficile. Mais ça va maintenant, Dieu merci.

Est-ce qu’au-delà de cette situation, vous prévoyez des activités ?

Nous avions  produit des robes de mariée mais jusqu’à présents ces robes sont encore là. Les gens n’ont plus d’argent pour faire les grands mariages. Ils  se contentent de petits mariages. C’est à dire des mariages à 4. Pour dire, on ne loue plus ou paye plus les robes comme cela se faisait aisément .Mais j’ai essayé de diversifier la production avec des produits facile à acheter.  Nous n’avons jamais vendu des habits de 10.000 à 15000 fCFA dans nos magasins mais  on est obligé de faire de petits articles comme des sacs et chapeaux pour pouvoir tenir le mieux.

Interview réalisée par Renaud 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

1 × quatre =

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com