Interview/ Pasteur Ediémou Blin Jacob (Président de l’Eglise du Christianisme céleste de Côte d’Ivoire): « Mon Conseil à Gbagbo »

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Dans cette interview, le pasteur Ediémou Blin Jacob, président de l’église du Christianisme céleste de Côte d’Ivoire, analyse l’actualité socio-politique et retrace son parcours professionnel et cultuel.

En 2016, Grand-Bassam, au Sud, aujourd’hui Kafolo, au Nord, y a-t-il un message spirituel derrière ces deux attaques djihadistes ?

C’est pour dire simplement devant Dieu qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a pas le Nord et le Sud. Il y a une seule Côte d’Ivoire. Il n’a jamais existé un Nord musulman et un Sud Chrétien. C’est un Dieu unique.

Allez-y !

Il faut que le pouvoir prenne des précautions. Parce qu’au moment où la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso montent une opération conjointe contre les djihadistes, c’est là qu’ils nous attaquent. Notre armée doit être vigilante et prudente. Si nous sommes attaqués par surprise, c’est que nos renseignements n’ont pas quelque part bien fonctionné. Il faut nous organiser pour ne pas être surpris à l’avenir. 

Certaines conditions qui maintenaient Laurent Gbagbo en Belgique ont été révoquées par la CPI. Il a aujourd’hui la liberté de circuler, et même de venir en Côte d’Ivoire, parce que la Côte d’Ivoire est membre de la CPI. Que pensez d’une décision de rentrer dans son pays ?

En notre qualité de patriote spirituel, nous posons la question : comment Gbagbo est allé là-bas ? Ce sont eux qui ont demandé. Je veux parler de la communauté internationale. Elle ne peut pas dire que Gbagbo est libéré sans au préalable venir dans son pays négocier son retour. Pourquoi les gens veulent que nous nous battions lorsqu’on tend vers la paix ? On sait comment Gbagbo est parti. Qu’ils viennent préparer son retour.

Votre message au chef de l’Etat dont l’avis compte…

Bien sûr, le pays est gouverné. On ne peut pas faire sortir Gbagbo et lui dire «  chez toi ». C’est Dieu qui règne. Et toute autorité émane de lui. Et il donne le règne à qui il veut. Au moment où Dieu a donné le règne à quelqu’un, nous signons tous : « Tout ce que Dieu fait est bon ». Dans notre église, le prophète nous a enseigné que personne ne peut aller contre une autorité que Dieu a établie. Celui qui va contre une autorité établie par Dieu, c’est qu’il ne veut pas que Dieu l’établisse comme chef. Moi Ediémou, je ne peux pas dire au Président Alassane quoi que ce soit. Mais, comme Gbagbo et moi faisons partie du groupe des « Caïmans » du Lycée classique, je dis au président Gbagbo que, vu la situation dans laquelle nous nous trouvons, puisque le président Alassane a fait sauter le verrou d’âge, qui était de 75 ans, dans la Constitution, qui lui permet d’être à nouveau président un jour s’il le souhaite, remercions Dieu pour ça, qu’il ménage sa vie. S’il veut venir, de chercher l’intelligence spirituelle pour arriver après les élections. S’il arrive après les élections, par la grâce de Dieu, après 5 ans, il peut se rétablir pour cinq ans encore si Dieu le veut. Mais venir avant les élections suscitera des palabres. Qu’il ne cherche plus de palabres avec le président Ouattara. Tout le monde attend son arrivée. Qu’il vienne dans le bonheur, c’est le conseil que je lui donne. S’il veut venir dans la précipitation, c’est son point de vue. Il connait celui qui parle. Je le dis de bon cœur. Les gens veulent qu’il vienne maintenant. Moi je lui demande de laisser tout passer. Qu’il vienne après. Pour que son arrivée soit une arrivée de paix. Et non une arrivée de désordre et de palabre. Que Dieu veille sur lui où il se trouve comme il l’a toujours fait. Et qu’il se souvienne, avant son départ, ce que nous nous sommes dit, et qu’il n’a pas respecté.

Révérend, avec les pluies diluviennes, on a assisté à éboulement meurtrier à Anyama. Les années passent, le mal demeure. Que faut-il faire ? 

Si on est malade, qu’au bout la mort intervient, ça peut se comprendre. Etre enterré vivant, c’est dur. Nous présentons nos condoléances aux familles. Nous compatissons sincèrement à leurs peines. Nous demandons à Dieu de veiller sur les morts. Il faut que l’Etat regarde de près tout habitation à risque. Quand on les chasse, ils se plaignent. Quand la pluie arrive, il y a des malheurs. Nous sentons ce mal.  Il faut déguerpir pour sauver des vies.

Votre parcours professionnel porterait l’empreinte du Président Houphouët-Boigny. Est-ce vrai ?

Si vous le voulez. Mais je préfère que mon parcours professionnel puisse porter l’empreinte du seigneur Jésus-Christ. C’est vrai que les enfants Thiam m’ont fait découvrir leur maman Marietou Saw. Et par Marietou Saw, Dia Houphouët-Boigny, jusqu’au Président de la République. De Thiam Daouda à Nanan Houphouët-Boigny.

Comment Houphouët a pu entrer dans votre vie professionnelle ?

Depuis le collège d’orientation du Plateau, j’ai fait la connaissance des enfants Thiam. Après le Lycée classique d’Abidjan, j’ai passé le concours direct des agents des postes et télécommunications. Je suis sorti major de l’école des agents des postes et télécommunications. Après avoir exercé, j’ai décidé de passer le concours des contrôleurs des postes et télécommunications. On m’a dit que j’étais éliminé. Mon élimination porte sur la matière professionnelle, sur le métier que j’ai appris. Je suis allé voir Daouda Thiam et son petit frère Thiam Boubacar.  Daouda m’a conduit chez le Président Houphouët. Le président m’a reçu. Je lui ai brièvement exposé mon problème. Il m’a rassuré que tout allait être régularisé. Il m’a remis la somme de 500 000 Fcfa. C’était ma première fois de recevoir un tel montant. Vous comprenez ma joie. Dans l’euphorie je me suis jeté dans ses bras. Quelque temps après, le ministre des postes et télécommunications, Cissoko Souleymane m’a appelé. Et de fil en aiguille, nous avons su que j’ai été éliminé par un inspecteur qui ne m’aimait pas. J’avais la moyenne dans cette matière. Nanan a tranché pour dire que je suis admis. Mais, après un moment de réflexion, j’ai dit au président que les gens me moqueraient si je passe de cette façon. Ils diront que je ne vaux rien et que c’est grâce à son aide que je suis admis. Je lui ai dit que j’allais reprendre le concours. Il était content. L’année d’après, j’ai été admis. Nanan était heureux.

Vous avez entre-temps embrassé une carrière cultuelle à l’église du Christianisme céleste. Nanan a dû encore intervenir. Que s’est-il passé ?

En 1976, nous avons construit cette paroisse (là où le pasteur Ediémou fait ses prières à Vridi, ndlr). En 1977, le prophète me demande de ne plus travailler. Je lui rétorque que c’est une première. Je lui demande le nom de celui qui l’a déjà fait dans l’église. Il m’a répondu : « personne ». Et que je devais commencer. J’ai accepté le principe. C’est en juillet 1978 que j’ai eu la force de le faire.  J’ai qui mes postes de Contrôleur et d’attaché de cabinet. On m’a traité de ‘’fou’’.

Disons au passage que, j’étais sacristain à l’église catholique de Grand-Bassam. J’y ai servi les premiers prêtres. Mgr Kouassi René, Cardinal Yago… Je quitte l’église catholique pour l’église du Christianisme céleste. Oshoffa fait de moi évangéliste. Et je porte la soutane des prêtres. Ça ne plait pas à beaucoup. Entretemps, l’église est fermée au Bénin (1981-1982). Le prophète me dit de faire en Côte d’Ivoire tout ce que le Bénin avait l’habitude de faire. Avec l’aide du Saint Esprit, j’ai pris l’engagement de le faire.  On a fait la fête de moisson, couplée avec l’inauguration du temple. C’est le ministre d’Etat, Auguste Denise, qui a inauguré la paroisse. C’était une première. Et la télévision nationale était là.

Après cela, la beauté de l’église, à l’ouverture du journal, avec Auguste Denise, coupant le ruban, cela a fait naitre la jalousie.

En 1982, l’église étant toujours fermée au Bénin, nous avons eu écho que nos frères catholiques demandent à ce que l’on ferme la paroisse.

Vraiment ?

Je suis un pur produit du catholicisme. Je me suis retiré de l’église catholique pour sauver mon âme. Car je buvais dans la coupe du diable. Voilà pourquoi je suis au Christianisme céleste. Paul a dit aux Hébreux, chapitre 10 verset 39, « Nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme ». L’habit des prêtres que nous portions et le fait que l’église soit fermée au Bénin ont poussé les gens à nous accuser de secte, espérant qu’on fermerait notre église. Bien sûr, nous avons réfuté le terme de secte, insistant que nous sommes bel et bien une religion.   C’est ainsi qu’on m’a soufflé que nous allions débattre à la télévision. Si on ne se débrouillait pas pour démontrer nous sommes une religion, notre église serait fermée. Au lieu que Nanan ferme automatiquement, il a demandé aux catholiques de démontrer que nous sommes une secte. On nous a mis face à face Catholique-Christianisme céleste. Je suis allé consulter le prophète. Après la prière, il m’a dit ce sur quoi les questions porteraient.  Après le face à face, il y a eu une conférence nationale. On m’a rassuré que notre église ne serait pas fermée. C’est plus tard que Nanan a déclaré : « Je ne fermerai aucune église, même l’église d’Ediémou ». Voilà pourquoi depuis, je dors en pensant à Nanan, je rêve ‘’Nanan’’. Le clou, Dieu a voulu que nous ayons une radio « La Voix d’Oshoffa » à Yamoussoukro, fréquence 100.900 MHZ.

Vous dites que vous ne recevez rien de l’Etat comme subvention. C’est cela ?

Je confirme que nous ne recevons pas de subvention de l’Etat.

Et les 146 millions de Fcfa  du Président Gbagbo à l’église du Christianisme ?

Les 146 millions de Fcfa ? C’est une aide que le président Gbagbo avait apportée à l’église. Mais nous n’avons pas pu retirer l’argent. Pourtant, le ministre des Finances d’alors, Charles Koffi Diby, paix de Dieu sur son âme, et l’ex-DG des Cultes, Yao Noël, nous ont confirmé que l’argent était disponible. Et que les versements se feraient  en deux tranches. Malheureusement, ça n’a jamais été fait.

Continuez…

Si le président Alassane me donne de l’argent, c’est son argent de souveraineté. L’Etat de Côte d’Ivoire que j’aime tant ne m’a jamais donné une subvention. L’état que j’ai servi sans avoir eu de retraite.

Révérend, l’argent provenant du fond de souveraineté, c’est l’argent de la Côte d’Ivoire…

Oui. Mais c’est pour sa fonction de président. C’est l’argent de la Côte d’Ivoire, mais on lui donne en fonction du travail qu’il fait.

C’est justement pour aider ses concitoyens qu’on met cet argent à  sa disposition…

(Rire).  Il n’est pas obligé de me donner. C’est Dieu qui le pousse à m’aider. Je n’avais plus de voiture. J’ai une nièce, Christine Dadié, qui a vu le président, et le président m’a donné une voiture. Ce n’est pas l’Etat. C’est le président. Je dis merci à ma nièce. Mais la gloire est à Dieu. Et des bénédictions de remerciements au président Alassane. Je ne peux pas oublier ce que le président Alassane a fait pour moi. Mais depuis 1978, j’ai arrêté de travailler. Je suis président du forum national des confessions religieuses. Je vois encore Koudouss, la nuit quand nous allions à Bouaké, à Korhogo, à Man. Dieu nous a protégés durant tous ces voyages. Avec ce que le président Houphouët a fait pour moi, avec ce que le président Gbagbo a fait et que le diable a tout bloqué, Dieu fera pour qu’on récupère les 146 millions de Fcfa. Le président Ouattara est là. On vient d’avoir une radio. C’est sous nos yeux que tous les autres ont eu leurs radios. Je demande au président Ouattara que la Côte d’Ivoire me donne aussi une subvention. Je ne veux pas d’honneurs et des hommages à titre posthume. Pendant que je suis encore en vie,  nous voulons aussi de l’argent pour construire notre église, pour avoir notre radio.

Votre mot de fin ?

Dans la nuit du 12 au 13 juin, l’ange de Dieu nous disait, « regroupez vous, regroupez-vous parce que le mal arrive ».  On dit qu’il y a une seule Côte d’Ivoire. Soyez à un seul endroit. Et quand l’ange de Dieu a fait le carré, il a demandé qu’on vienne là-dedans. Beaucoup n’arrivaient pas. On avait 5 secondes pour le faire. Pour atteindre le carré afin que le mal ne nous atteigne pas. Pour finir, l’ange de Dieu a dit « au commencement c’était la paix. Le diable a mis le désordre. Dieu a mis le déluge. Dieu a pris Noé pour faire une seule langue sur la terre. Les gens étaient unis pour aller contre Dieu. Dieu a envoyé les religions pour naitre de nouveau. Pour vivre comme des frères. Nanan nous a donné la paix comme notre seconde religion.  Pratiquons la paix. Je le répète encore, si on ne s’assoit pas pour faire notre modèle d’élection, on aura toujours des problèmes. Aux Etats-Unis, en fin de compte, il y a 2 candidats. Ici, pourquoi ne pas faire trois grands partis, au plus quatre. Chaque parti fera 5 ans au pouvoir. On fera la rotation. Trouvez un moyen parce qu’on doit vivre en paix dans ce pays. Nous ne voulons pas nous battre. A la place de la haine, mettons l’amour. Dieu aime la Côte d’Ivoire. Jésus aime la Côte d’Ivoire. Il faut que nous nous aimions malgré tout. Acceptons-nous les uns les autres. La mort arrive. Dans l’amour, la mort ne peut rien. Il faut que la mort de 2020 soit pour Satan, pour les sorciers, pour les méchants. Que la Côte d’Ivoire retrouve 2021 en paix.

Interview réalisée par Yeshua Amashua

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